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Entretien avec Omar Farkhani, président de l’Ordre national des architectes

“Il y a une perte considérable au niveau de la qualité architecturale au Maroc”




Entretien avec Omar Farkhani, président de l’Ordre national des architectes
Fraîchement élu
président de l’Union méditerranéenne des architectes (UMAR), Omar Farkhani,
président de l’Ordre national des
architectes, nous
explique les enjeux
d’un secteur
en pleine mutation :
l’architecture. Il revient sur la question du patrimoine
architectural
national et son
identité face aux défis de la mondialisation.   Entretien.

Comment évaluez-vous l’évolution du patrimoine architectural national par rapport à l’identité architecturale nationale?

Si on se réfère au patrimoine urbain qu’on appelle traditionnel, nous avons énormément perdu en termes de qualité. Les formes urbaines, les espaces domestiques qu’on trouve dans les médinas, sont d’une telle qualité que si on les compare à ce qu’on produit aujourd’hui, on remarquera qu’il y a une perte. Et je dirais que cette perte s’explique dans le sens où on est passé d’un mode de production socio-économique et culturelle à une société à caractère contemporain, moderne. Dans cette nouvelle société, l’architecte est une figure jeune. Car, le plus vieil architecte dans le sens moderne est décédé il y a quelques années alors que le plus vieil architecte contemporain espagnol est décédé il y a quatre siècles. Et ne l’espace de quelques années, par le fait de la concurrence, il y a une amélioration considérable de la qualité de ce cadre de travail. Et l’architecte n’est pas le seul responsable de cette réalité. Les premiers responsables sont les investisseurs, les commandeurs, les donneurs d’ordres. Si ceux-ci n’ont pas une certaine culture architecturale, ils ne pourront pas comprendre la valeur ajoutée de l’architecte. La tendance, c’est de venir voir l’architecte pour discuter avec lui en termes de mètres carrés couverts plutôt qu’en termes de proportion, de qualité ou d’art. La qualité c’est une affaire de l’ensemble de la société  et de tous les intervenants.

Jusqu’à une date très récente les cabinets d’architectes marocains étaient réputés pour la faiblesse de leurs moyens humains et matériels. En prévision  de l’ouverture du Maroc sur son environnement immédiat, certains architectes ont mutualisé leurs moyens alors que d’autres se sont associés à des cabinets étrangers pour soumissionner à des projets nationaux. Quelle est votre appréciation de tout cela?

Jusqu’à il n’y a pas longtemps, l’écrasante majorité des cabinets d’architectes étaient des petites structures artisanales. Effectivement, aujourd’hui, il  y a un changement très important dans notre secteur d’activité. Il y a d’une part, une grande concentration de la commande chez quelques investisseurs nationaux et internationaux, publics et privés. Deuxième mutation importante: la technologisation de notre mode de production. C’est-à-dire un recours de plus en plus important et obligé aux nouvelles technologies. Tout cela fait que pour pouvoir être  compétitif aujourd’hui, il faut maîtriser ces technologies, avoir des ressources humaines importantes à utiliser  utiliser.  Cela dit, il faut qu’il y ait une  mutualisation des moyens et un regroupement des architectes. Pour l’instant, il y a peu de cabinets qui l’ont fait mais cette tendance commence à s’affirmer. En tout cas, pour nous les architectes, ce n’est pas un hasard que dans notre programme d’action, nous nous sommes fixé un objectif : passer de 2000 cabinets d’architectes actuellement  à 400 ou 500 cabinets. Et ce en incitant les architectes à  se regrouper par cinq pour mutualiser leurs moyens. Ce qui nous permettra dans les prochaines années d’avoir quelques centaines de cabinets suffisamment puissants pour affronter la concurrence internationale et investir des marchés étrangers. En ce qui concerne le partenariat avec nos confrères étrangers, nous encourageons cette option. Et ce pour réaliser de grands projets : complexes, stades de football, musées, entre autres. Ce qui permettra au cabinet marocain de développer à l’issue de ces projets une expertise : un transmission de savoir-faire.

L’Ordre national des architectes avait établi un contrat d’architecte unifié. Il a été pratiquement rejeté par les promoteurs. Où en est cette question?

Il y a quelques années, il y a eu un problème effectivement entre les architectes et les promoteurs. Mais cela appartient au passé. Avant, les promoteurs comme les architectes d’ailleurs, avaient une approche un peu corporatiste. On avait beaucoup de mal à communiquer.  Effectivement, un contrat c’est entre deux parties et si elles ne s’entendent pas, ça ne peut pas aboutir. Depuis ces dernières années, nous avons alors rompu avec  cette culture corporatiste ou autrement revendicative. Aujourd’hui, notre démarche c’est d’être une force de proposition. Dans notre pays, nous considérons l’Ordre national des architectes comme une force de proposition pour la société, pour le monde politique ; nous croyons à la culture de partenariat. Et aujourd’hui, nous développons le dialogue à travers nos partenaires, avec tous les intervenants du secteur. Nous sommes en train de réfléchir en ce moment et de manière concertée à l’établissement d’un nouveau contrat qui spécifie clairement les droits et les devoirs de chacun, sachant que l’objectif essentiel c’est une compétitivité de l’économie nationale  et l’objectif étant aussi l’intérêt général : construire un cadre de vie de qualité pour l’ensemble des Marocains. Avec l’Etat aussi, on est en train de travailler sur un décret qui régit les contrats publics d’architectures. Un décret qui a traîné pendant longtemps dans les arcades de l’administration. Mais aujourd’hui, nous comptons sur le soutien du gouvernement et la qualité du rapport que nous avons avec les autorités publiques  pour que ce décret voie le jour rapidement. Ce décret va supprimer le gré à gré, le clientélisme. On va généraliser dans la mesure du possible les concours d’architecture.

Malgré tous les efforts que vous déployez pour moraliser la pratique architecturale, la question des signataires demeure d’une brûlante actualité. Quelles en sont les causes réelles et pourquoi votre action n’a-t-elle pas abouti aux résultats escomptés dans les temps impartis ?  

Effectivement, nous avons un problème d’indiscipline de façon générale. Il y a la culture démocratique, la culture du dialogue, le respect des institutions qui ont mis du temps à s’installer chez nous au Maroc. Là, c’est vrai qu’il y a un problème de signataires. La profession, jusqu’à présent, particulièrement au niveau des conseils régionaux, a privilégié la démarche pédagogique. Aujourd’hui, nous voyons clairement que ce n’est pas efficace. Dans notre programme d’action, nous allons mettre en place et dynamiser une procédure disciplinaire auprès des conseils régionaux et au Conseil national. Nous pensons raisonnablement que d’ici une année, il  va y avoir des changements : ou bien la signature de complaisance va diminuer ou bien il y aura beaucoup de sanctions disciplinaires. Le problème, ce n’est pas une question d’honoraires que de rapport entre les honoraires et les prestations fournies.

La commande publique  vous semble-t-elle mieux répartie aujourd’hui que dans le passé?

 Je dirais plutôt oui. Nous travaillons pour qu’il y ait une équité des chances dans l’accès à la commande. Nous militons pour que le décret qui régit les marchés d’architecture sorte rapidement. Parce que là, il y a des concours d’architectures.  Et ce sont les plus qualifiés, talentueux, organisés des architectes qui vont les gagner. Il y a eu du progrès parce que les pouvoirs publics aujourd’hui sont fortement sensibilisés. Et on trouve de moins en moins d’abus de pouvoir.


Propos recueillis par Ayoub Akil
Samedi 17 Janvier 2009

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