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Entretien avec Latéfa Jbabdi, membre du bureau exécutif de l’Union de l’action féminine

“La commémoration du 8 mars revêt pour nous une dimension politique”




Entretien avec Latéfa Jbabdi, membre du bureau exécutif de l’Union de l’action féminine
Pour Latéfa Jbabdi, le renforcement de
la démocratie locale  ne peut-être fait
qu’à travers
le renforcement
de la participation des femmes.

Libé: C’est un nouveau 8 mars qu’on s’apprête à fêter. Quelle signification a-t-il pour vous ? Qu’a-t-il apporté de plus pour les femmes marocaines?

Latéfa Jbabdi: La commémoration du 8 mars de 2009 a une signification très importante, dans la mesure où à la fin de 2008, on a pu faire passer au niveau du code électoral un mécanisme du quota qui va permettre une meilleure représentativité des femmes dans les communales. L’événement essentiel cette année sera les élections communales et ce 8 mars sera pour nous un moment important de mobilisation et de  sensibilisation autour du rôle que peuvent jouer les femmes dans les collectivités locales. C’est un défi d’une importance capitale, pour les femmes mais aussi pour les partis politiques qui seront appelés non seulement à mettre en œuvre les dispositions de la loi et en particulier toutes les questions relatives aux listes supplémentaires, mais également de relever le défi d’aller au-delà de ces 12% dans les listes initiales. Les choix qui seront faits dans ces listes par rapport aux candidatures féminines que ce soit au niveau du nombre ou du classement seront très significatifs par rapport à la position que ces partis accordent à la question de la femme dans leur vision et leur programme. Donc, c’est une question de crédibilité des choix politiques et idéologiques des partis politiques en particulier les partis de gauche qui seront appelés à avoir une position avant-gardiste. Pour nous, c’est une journée qui aura cette dimension politique à la veille des élections.

Ce quota de 12% constitue donc pour vous un grand pas, sachant que les organisations féministes s’attendaient bien à plus.

12%, c’est en deçà de nos revendications. Parce qu’on espérait arriver au tiers, revendication qu’on a défendue depuis plusieurs années. Mais, je considère que c’est déjà un grand pas en avant, au vu du taux actuel qui ne dépasse pas les 0,56%, un taux dérisoire, humiliant et qui entache l’expérience démocratique marocaine et le projet de démocratisation du pays dont le fondement est le renforcement de la démocratie locale et ça ne peut-être fait qu’à travers le renforcement de la participation des femmes. Pour moi, ces 12%, c’est l’aboutissement d’un combat acharné, mené au sein du gouvernement. N’oublions pas que le projet de loi soumis au Parlement, n’avait pas prévu de mécanismes de quota, parce qu’il n’y avait pas eu de consensus autour de cette problématique au gouvernement. Nous avons donc dû batailler pour faire passer ce quota, ça a fait l’objet de négociations très serrées. Il y a eu beaucoup de réticences, beaucoup de résistances surtout. Il n’a pas été facile de faire passer ces 12%. Si on pouvait expliquer tout ce processus, vous apprécierez à sa juste valeur le fait d’avoir arraché ces 12%, en dépit des résistances. Cela dit, nous restons optimistes par rapport à la possibilité de renforcer ce taux, puisque dans le code électoral, nous avons ce fameux fonds d’appui à la candidature féminine qui pourrait être un instrument extraordinaire d’incitation à la candidature des femmes. Il y a également cette décision du gouvernement d’intégrer dans le financement des campagnes électorales des partis politiques un critère basé sur le taux de candidates élues. Car, il ne suffit pas de proposer des femmes mais il faut les placer là où elles peuvent être élues.

C’est là le challenge que les partis politiques sont appelés à relever

Effectivement. Le vrai challenge est qu’il y ait un taux important de femmes tête de listes, qu’il y ait des femmes classées au premier rang des listes de candidatures. Il ne suffit pas de faire du remplissage, faire un travail de vitrines et mettre les femmes en bas de listes.

C’est tout un travail de sensibilisation à faire au niveau des partis politiques.

Nous avons constitué un groupe de pression et de sensibilisation qu’on a appelé femmes pour femmes. C’est un appel à la solidarité féminine que  nous avons mis en place ensemble, associations féminines et partis politiques, toutes tendances confondues. Femmes pour femmes a déjà entamé le plaidoyer auprès des partis politiques pour les inciter à présenter le maximum de candidatures femmes  et à prendre en considération l’approche genre dans leur programme. Il y a également tout le travail de la structuration nécessaire pour faire le plaidoyer au niveau local. Il ne suffit pas de convaincre les bureaux politiques et les secrétaires généraux des partis, il faut aller vers le local et le régional, là où les décisions et les choix des candidatures sont pris. Et c’est au niveau des élites locales que nous avons le plus de résistance, de misogynie et un certain rejet systématique des candidatures féminines. C’est un travail de proximité incontournable si on veut vraiment influer sur le choix des candidatures. On mène également des campagnes de sensibilisation en vue d’amener l’électeur à voter femmes. C’est un travail de fond que les militantes vont faire à travers le réseau régional qui a été mis en place. Nous avons également un programme de formation des femmes et de renforcement de leur capacité, parce que le premier argument qu’on nous sort, c’est où sont ces femmes que vous voulez qu’on présente.

Justement, je vous repose la question, est-ce que les femmes sont là ?

Les femmes sont là. Elles sont dans les partis politiques, elles sont aussi présentes dans la société civile, dans les coopératives, dans l’entreprise etc. Les femmes qui ont des compétences et des capacités de gestion reconnues, que ce soit dans le domaine politique ou autres existent et il faut que les partis politiques aillent les chercher. Si les partis prétendent que les femmes ne sont pas là, c’est une remise en question de la démarche qu’ils prônent eux-mêmes. Pourquoi les partis n’ont pas pu recruter au sein des femmes ? C’est une question qu’il faut leur rendre. Les plus grands partis n’arrivent pas à couvrir toutes les circonscriptions, ils cherchent les profils de candidats potentiels, ils ne le font jamais pour les femmes, ils ne cherchent que les hommes. Le quota sert à amener les partis à chercher des potentialités féminines à présenter sur leurs listes. Ils ont leurs militantes restées pendant longtemps à la marge à mener des campagnes pour les hommes. C’est l’occasion ou jamais de lever le voile sur ces compétences féminines au sein du parti, mais aussi dans le champ politique en général.   

Propos recueillis par Amina SALHI
Samedi 7 Mars 2009

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