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Aux larmes citoyennes !




Aux larmes citoyennes !
Lorsque les clameurs de la journée mondiale des femmes se seront tues, que les discours monument de bonnes intentions auront été rangés au fond des tiroirs et que les manifestations auront tenu toutes leurs promesses revendicatives. Maintenant que tout cela a été fait, sacrifiant à une tradition féministe et militante, que restera-t-il du 8 mars et surtout de toutes les revendications des femmes de ce pays, assoiffées de citoyenneté et avides d’égalité ? Les Marocaines changent et veulent le faire savoir. Les Marocaines changent pour mieux participer encore à cet élan de modernité que vit leur pays, le Maroc. Le chemin est encore long, escarpé et la conquête des droits n’a jamais été un long fleuve tranquille. Parce qu’elles ont longtemps été les oubliées de la démocratie, de l’égalité, du développement, confinées au rôle de figurantes, de mères, d’épouses à l’identité forcément occultée, gommée, effacée, les femmes de ce pays ont choisi la lumière. Et la lumière leur va si bien dans un pays, le leur, qui a fait le choix à la fois fort et courageux, de reconnaître les droits de la moitié de la société qui le compose. Elles sont en politique, chefs d’entreprises, chercheures, écrivains, ministres, banquières. Elles se battent contre la pauvreté, sont chefs de famille, s’investissent dans le micro-crédit. De la ville aux zones enclavées, où tout reste encore à faire, les femmes de ce pays sont des battantes. Oui, les Marocaines reviennent de loin. Les Marocaines changent et le pays aussi, par la grâce d’une ère nouvelle où l’égalité se veut désormais sans réserves. Elles sont nombreuses aujourd’hui celles qui revendiquent cette nouvelle forme de leadership, celles aussi qui surfent sur la vague de leurs droits après avoir fait du code de la famille leur livre de chevet. Elles défrichent des terres nouvelles, s’emparent de citadelles longtemps fermées, font tomber des tabous. Les Marocaines sont partout, et surtout aux premières lignes de tous les combats économiques, politiques, sociaux, culturels. Elles sont réalistes, parce qu’elles ont, depuis leurs aïeules et grands-mères, rêvé à l’impossible, et qu’aujourd’hui cet impossible est parfois à portée de main. A l’heure du bilan d’étape, les acquis sont identifiés, palpables. Les lacunes, les défaillances, les dysfonctionnements sont forcément convoqués. Il y a tant à faire, tellement de retards à rattraper, d’injustices à réparer. Cinq ans après la promulgation du code de la famille, la vision égalitaire de la réforme a toujours des accents d’utopie. Le mouvement féminin marocain est prompt à l’affirmer haut et fort : la Moudawana réformée si souvent brandie en étendard, continue pourtant de porter l’inégalité et la discrimination : répudiation, polygamie, inégalité dans l’héritage, non reconnaissance de la capacité juridique des femmes en matière de tutelle légale sur leurs enfants. Le code de la nationalité n’est pas mieux loti : la Marocaine mariée à un étranger ne peut transmettre sa nationalité à son époux alors que l’inverse est tout à fait valable. Cette année, la journée de la femme a été célébrée quelques mois avant la tenue d’élections communales prévues le 12 juin prochain en terre marocaine. La participation des citoyennes de ce pays à la prise de décision et à la gestion locale va-t-elle se faire réalité ? La parité n’est-elle qu’un vœu pieux ? L’égalité entre Marocains et Marocaines sera-t-elle un jour effective dans une société qui a trop longtemps consacré l’inégalité ? On peut toujours rêver de jours meilleurs alors que la participation politique des Marocaines ne jouit toujours pas d’un outil institutionnel. Alors, aux larmes citoyennes !

Narjis Rerhaye
Samedi 7 Mars 2009

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