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Au lieu de bénéficier du taux modeste de 5% : Quand les personnes à besoins spécifiques sont acculées à la mendicité




Au lieu de bénéficier du taux modeste de 5% : Quand les personnes à besoins spécifiques sont acculées à la mendicité
Même si la loi le prévoit clairement l'insertion des personnes à mesures spécifiques n'est que rarement prise en considération. La loi 10-90 stipule qu'un pourcentage de 5% des postes d'emploi doit être consacré par le secteur privé à cette catégorie de personnes. Or la réalité demeure quasiment inchangée par rapport au contexte ayant donné lieu à cette législation sans sortir des tiroirs les textes d'application. La non implication du patronat laisse perplexe. Il devra, en principe, donner l'exemple en favorisant l'intégration dans le marché du travail des personnes à besoins spécifiques. Les efforts déployés par les associations de défense des droits de ces personnes ne donnent pas les fruits escomptés  en dépit de quelques initiatives louables des pouvoirs publics. Il faut préciser, toutefois, que la discrimination économique et sur le marché du travail n'est pas toujours synonyme de les intégrer, mais peut avoir pour cause les mêmes raisons liées au clientélisme et aux coups de piston. 
Selon l'enquête nationale sur le handicap réalisée en 2004, parmi les 153.778 personnes en situation de handicap qui travaillent (la situation n'a pas beaucoup changé depuis cette date) au Maroc, celles avec un handicap moteur sont les plus nombreuses. Cette catégorie regroupe plus de 52.400 personnes et représente 34,1% de l'effectif total des personnes handicapées actives. La fréquence de ce type de handicap et son impact souvent limité sur les capacités à travailler des personnes concernées sont sans doute les causes principales de ce phénomène.
Les personnes avec un handicap multiple constituent le deuxième effectif le plus important (19,1% soit 29.372 personnes), alors qu'il s'agit d'une des catégories qui présentent les plus faibles taux d'activités professionnelles. La fréquence également importante de ce handicap explique ce phénomène.
L'enquête avance aussi l'hypothèse qu'étant étroitement liée au vieillissement. Elle concerne des personnes qui, pour une partie importante d'entre elles, étaient actives au moment de son apparition et n'ont pas quitté ou perdu leur emploi une fois que ce handicap est apparu.
Le troisième groupe le plus important regroupe les personnes avec un handicap viscéral / métabolique. Elles sont 27.680 à travailler et représentent 18% de l'ensemble des personnes actives.
Par ailleurs, la même enquête a relevé que près de 700.000 personnes en situation de handicap n'ont pas accès à l'emploi. Toutes les personnes de cette catégorie qui ne travaillent pas, ne sont pas forcément dans cette situation à cause de leur handicap. L'analyse des profils et des taux d'activités permet de différencier les situations.
Lors de l'analyse des catégories socioprofessionnelles des personnes en situation de handicap, il a été constaté que les effectifs cumulés des actifs chômeurs et des personnes inaptes au travail pour raisons médicales, soit l'ensemble des personnes en âge d'être actives mais n'ayant pas d'accès à l'emploi, s'élèvent à 699.009 personnes, dont 64,4% d'hommes (450.179) et 35,6% de femmes (248.830). Cela représente un taux de 53,2% de non accès à l'emploi.
Comparé au taux de chômage de 11,9% de l'ensemble de la population marocaine en âge d'être active, il est clair que le handicap est un facteur extrêmement fort d'exclusion du marché du travail.
Ce lien entre handicap et exclusion du marché du travail est également démontré par les taux extrêmement élevés de personnes qui ont perdu leur activité rémunérée à cause de leur handicap. A l'échelle nationale, parmi l'ensemble des personnes handicapées qui ne travaillent pas, 37% exerçaient une activité professionnelle dans le passé (59% pour les hommes, 17% pour les femmes). Parmi ces personnes qui travaillaient auparavant, 71% ont perdu leur activité rémunérée à cause de leur situation de handicap. Ce phénomène est plus marqué pour les hommes (74%) que pour les femmes (62%) et en milieu rural (81%) par rapport au milieu urbain (64%). Cette affirmation reste fréquente à plus de 50% quel que soit le type de handicap concerné.
Selon l'enquête nationale sur le handicap réalisée en 2004, la majorité des personnes en situation de handicap travaillant sont des personnes salariées (48,9%). Cependant, plus de la moitié (61%) n'est pas déclarée. La création de son propre emploi représente également une voie très importante pour accéder au travail. 42,9% des personnes en situation de handicap travaillant sont à leur compte..
Dans une proportion nettement moins importante (6,5%), la famille se présente comme la troisième source d'emploi. Mais plus d'un emploi familial sur deux n'est pas rémunéré. Les emplois réservés, dans l'administration, les associations et les centres d'accueil n'apparaissent qu'en infime proportion, avec 0,4% seulement dans l'administration. A noter enfin que pour survivre, 4% des personnes en situation de handicap de plus de 15 ans, pratiquent la mendicité. Pratique à laquelle ont recours beaucoup plus les femmes (13%) que les hommes (3%).

Mohamed Kadimi
Samedi 4 Avril 2009

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