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Au Rif, on attend toujours un “Plan Marshal”




Au Rif, on attend toujours un “Plan Marshal”
S'il y a un débat politique qui a retenu l'attention particulière des acteurs politiques rifains ces dernières années, c'est bien celui de la réconciliation. Les militants de la région du Rif estiment que le dossier des violations graves des droits de l'Homme reste toujours ouvert. Ils ne veulent pas oublier, tant que le dossier n'est pas traité sur la base d'une approche globale.
Même en soulignant «les avancées réalisées au niveau de certains aspects du dossier à l'échelle nationale», les détracteurs du rapport de l'ancienne Instance Equité et Réconciliation, dans sa partie concernant le Rif, pensent que celui-ci a été lésé dans ses droits. Surtout pour ce qui concerne la question de la réhabilitation et la réparation.
Et pour cause, ce fameux rapport sanctionné par des recommandations très importantes pourtant, n'aborde à aucun moment les événements du Rif de 1958-59. Ce qui est, à leurs yeux, significatif pour la place qu'occupe le Rif dans le rapport général.
« C'était prévisible; dès que nous avions pris connaissance de ses statuts, nous n'avions rien attendu et nous ne nous attendions pas à des résultats consistants, vu le niveau très bas de traitement», indique un ancien membre de la plate-forme « Déclaration du Rif ».
Pour les acteurs de la région, dont une grande partie est composée de détenus politiques de gauche, la question est perçue de manière politique certes, mais aussi d'un point de vue géographique. Car, omettre de souligner ce qui s'est passé dans cette région du pays « est tout simplement grave. L'on va faire rater à notre peuple une opportunité historique », disent-ils.
Le fait que l'IER ait annoncé, tambour battant, la découverte de fosses communes dans plusieurs régions du Maroc (Fès, Agdz, Casablanca), et omettre d'aborder celles du Rif, confirmerait, selon plusieurs actifs des droits humains de la région, cette tendance à marginaliser cette partie du pays. Seule une seule fosse fut révélée au public, alors que des témoins oculaires de l’existence d'autres fosses à Nador et à El Hoceima sont encore en vie et ont apporté leur version des faits. Ils n'ont jamais été pris en considération.
Ainsi, l'un des membres trop médiatisés de l'Instance avait omis d'écouter un témoin de Nador au sujet des événements de 1984, à savoir un chauffeur d'ambulance qui avait transporté des cadavres à la caserne de Taouima. «Je crains que le Rif ait été, encore une fois, victime de certains équilibres politiques, puisque tous les témoignages donnés à El Hoceima lors des audiences publiques n'ont pas été pris en compte», renchérit une source relevant du Forum Justice et Vérité.
Quant au volet de la réparation communautaire, le traitement de la région a été fustigé, dans la mesure où les programmes pour le développement n'atteignent pas le niveau de ce qu'ils appellent au Rif « la dette historique».
Les espaces blancs laissés par les investigations de l'IER laissent sans aucun doute ouvert le dossier des graves violations des droits humains au Rif, mais aussi sur le plan national. Certes, les Ong actives de la place n’oublient surtout pas de mentionner les éléments positifs du rapport de l'équipe de feu Driss Benzekri, mais soulignent également la nécessité qu'il y a à poursuivre leurs luttes jusqu'à la révélation de toute la vérité.
Des commissions de vérité et d'évaluation sont annoncées partout. L'enjeu est de taille, dans la mesure où il est question de violations ayant porté préjudice à des valeurs humaines et bloqué l'évolution d'un pays pour plus de quarante ans.
La phase politique actuelle revêt un aspect éducatif par excellence et tout le monde devrait avouer ses erreurs et dire ce qu'il connaît. Les défis de l’avenir sont aussi de taille, puisque les séquelles du séisme du 24 février 2003 sont encore visibles. Il n’ya pas de doute que les recommandations du rapport final de l'ancienne IER constituent une ligne d'orientation judicieuse pour réussir cette phase de transition et éviter au Maroc des dérapages en matière de démocratie.
A quoi servent des recommandations sinon à leur mise en œuvre? L'équipe de l'ancienne IER a travaillé plus de vingt-trois mois avec un budget consistant émanant du contribuable; du coup, tout le monde se trouve en droit d'appeler à un respect de ses principes de base.
Le Rif était victime des années de plomb, en tant que territoire d'abord, puisque le rythme de développement dans les autres régions était plus accéléré que dans celles du Rif. C'est d'un grand programme de développement dont on a besoin.
Si les départements concernés signalent entamer cette voie, les populations, elles, attendent du concret. Cela pourrait ainsi instaurer un sens assez développé de la réconciliation. Au Rif, l'on attend toujours ce “plan ”.

Nouri Zyad
Samedi 7 Février 2009

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