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Abdelkrim et l’Amérique latine




Abdelkrim ne concevait pas la lutte pour l’indépendance du Maroc comme un fait isolé mais comme faisant partie d’un vaste mouvement de libération nationale de tous les peuples opprimés contre le joug colonial.
Si sa solidarité allait en premier lieu aux peuples frères de l’Afrique du Nord, il n’oubliait pas de rendre hommage aux  précurseurs des luttes pour l’indépendance dans d’autres continents, notamment à ceux qui s’étaient soulevés au XIXe siècle contre le joug colonial espagnol en Amérique.   
Dans une lettre adressée aux étudiants de Buenos-Aires à l’occasion du centenaire de la bataille d’Acayucho, au Pérou, le 9 décembre 1924, dans laquelle les troupes royalistes espagnoles avaient subi une cuisante défaite face aux combattants de différents pays américains, Abdelkrim, disait, entre autres choses : « Le peuple héroïque du Maroc combat en ce moment pour le même idéal qu’ont défendu Miranda, Bolívar et San Martín.
J’ai toujours aimé et admiré ces héros de votre nation et, hier encore, nous avons vibré aux glorieux et héroïques exploits de Mateo et Martí. […] Tout comme vous combattiez il y a un siècle pour défendre votre indépendance, nous faisons aujourd’hui le sacrifice de notre vie et de nos biens sur l’autel de la liberté nationale ».
En même temps qu’il exprimait son admiration pour ces combattants de l’indépendance américaine,  il déniait à l’Europe toute autorité morale pour s’imposer à d’autres peuples. 
« Corrompue par la guerre mondiale [celle de 1914-1918], livrée à l’anarchie morale par suite des appétits impérialistes, propres au régime capitaliste, l’Europe a perdu le droit d’imposer ses idées et sa volonté aux peuples des autres continents.
Nous aspirons à édifier une civilisation basée sur des règles de paix et de justice sociale. Nous espérons […] rejeter le joug de l’Angleterre, de la France, de l’Italie et le l’Espagne. Nos frères d’Egypte ont porté le premier coup, et j’ai bon espoir que le monde sera bientôt témoin du second coup porté ici au Maroc. 
Alors sonnera l’heure pour Alger, Tunis et Tripoli, dont le peuple se prépare déjà au moment de la grande délivrance ».  
Puis, s’adressant de nouveau aux peuples d’Amérique, Abd-el-Krim disait: « Notre cause est absolument comme l’était la vôtre, une cause juste ».  
Encore, puisque la lutte était contre le même oppresseur colonial, Abdelkrim avait cru bon d’ajouter : « Nous ne sommes pas poussés par la haine de l’Espagne qui naguère fut notre patrie et le berceau de nos ancêtres».
Dans ce sens, il faut dire qu’il avait  été toujours soucieux d’établir une différence entre le peuple espagnol et les cercles dirigeants soumis à l’emprise des militaires africanistes. Dans ce message, Abdelkrim se montrait enfin optimiste sur l’avenir de la lutte que lui et d’autres étaient en train de mener: « […]
Nous lutterons sans trêve jusqu’à ce que nous ayons accompli notre tâche qui est de délivrer tous les peuples arabes de la côte méditerranéenne et de l’Asie ».  
Cette délivrance ne surviendra qu’après la deuxième Guerre mondiale, mais Abdelkrim en avait auparavant jeté les bases.

* Historienne espagnole

Rosa Maria de Madariaga *
Samedi 7 Février 2009

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