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Virtuel, le stock des masques et autres EPI ?

En ces temps du coronavirus, les précieux équipements seraient plutôt entre les mains des grossistes



Virtuel, le stock des masques et autres EPI ?
«Les citoyens doivent être conscients que les masques de protection devraient être laissés en priorité au personnel médical qui en a grand besoin », tel est le message que beaucoup de médecins marocains tentent de faire passer auprès de la population. Selon eux,  le personnel soignant a besoin de ces équipements pour se protéger et éviter que les patients ne soient infectés ou qu’ils infectent autrui.
Un message qui fait écho à celui lancé mardi dernier par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui tire la sonnette d’alarme suite aux problèmes croissants d’approvisionnement en équipements de protection individuelle (EPI) dus à une demande plus forte, aux achats induits par la panique, à la constitution de stocks et à l’usage abusif.
Selon un communiqué de l’OMS, les prix de ces équipements se sont envolés depuis la propagation de le COVID-19 alors que le réapprovisionnement peut prendre plusieurs mois, que les marchés sont largement manipulés et que les produits sont souvent vendus au plus offrant.
D’après l’OMS, les besoins nécessaires à la riposte contre le COVID-19 en matière de masques médicaux, de gants utilisés pour les examens médicaux et de lunettes de protection sont estimés respectivement à 89 millions, 76 millions et 1,6 million par mois. Et pour répondre à la demande mondiale croissante, l’OMS estime qu’il faut augmenter la production de 40%.
Le Maroc ne fait pas exception à cette pénurie mondiale des EPI.
Plusieurs professionnels du secteur de la santé nous ont affirmé qu’ils manquent de blouses, de masques/respirateurs N95, etc. « Le ministère de la Santé ne dispose pas de stocks en EPI puisqu’il confie cette mission à des grossistes qui approvisionnent les hôpitaux et les CIH en EPI tout au long de l’année. En d’autres termes, l’Etat dispose d’un stock mais virtuel puisque celui-ci se trouve  entre les mains desdits grossistes », nous a indiqué M.T, un médecin casablancais. Et de poursuivre : « Cependant,  ces grossistes demeurent des commerçants qui cherchent le profit avant tout et qui sont prêts à vendre leurs produits au plus offrant. Ceci d’autant plus que notre pays ne dispose que de deux usines de production des masques de protection qui ne couvrent que 20% de la demande nationale et les 80% restants sont assurés par l’importation notamment de Chine. Mais, avec la crise actuelle, ce pays a commencé à acheter les masques qu’il a lui-même produits en offrant le double ou le triple de leurs prix de vente.
Dernièrement, nombreux sont les intermédiaires qui se sont chargés de collecter ces masques et de les renvoyer vers la Chine ». Le site Francinfo a rapporté, en relayant certaines sources médiatiques marocaines, que des agents des services de la douane ont arrêté le 3 mars, un camionneur britannique qui s’apprêtait à quitter Tanger en possession de près de 100.000 masques de protection.
La valeur marchande de la saisie s’élève, poursuit la même source, à 30 millions de DH, soit plus de 2,8 millions d’euros. Le routier britannique aurait acquis les masques à 350 dirhams le lot alors qu’il coûtait 50 dirhams avant l’épidémie.
Francinfo a cité également le cas d’un autre britannique à Agadir qui aurait écumé les pharmacies de la ville avant  de tenter de la quitter vers Manchester avec 17.000 masques de protection dans ses bagages.
« Le personnel médical a le plus besoin de ces équipements puisqu’il est en contact avec les personnes malades et risque la contamination. Plusieurs de nos concitoyens ne savent pas que la protection d’un masque ne dure pas toute la journée et qu’il doit être changé toutes les quatre heures et être jeté à la poubelle », nous a indiqué M.T. Et d’ajouter : «  Nous avons un  problème également au niveau des combinaisons jetables, c’est-à-dire des vêtements médicaux de protection jetables. Le Maroc dispose d’un stock de ces combinaisons qui date de l’apparition du virus Ebola en 2018, mais on estime que ça ne sera pas suffisant ».
D’après notre source, le danger est bel et bien réel pour le personnel soignant. En effet, le risque infectieux chez le personnel soignant constitue un problème majeur de santé publique notamment dans les pays en voie de développement. Le personnel médical et paramédical est exposé à différents types d’infections dont l’un des principaux réservoirs peut être le patient porteur. L’infection peut être transmise de manière directe du patient au soignant ou indirecte par contact avec le sang, les liquides biologiques ou le matériel. « Prenez le cas de la Chine, selon les derniers chiffres, 1.716 membres du personnel médical ont été contaminés et six personnes sont décédées du nouveau coronavirus. A rappeler que même le médecin qui avait tenté d'alerter les autorités au tout début de l'épidémie est mort à cause de ce virus. Cet exemple démontre sa dangerosité et son ampleur. Ceci d’autant plus que notre pays a été classé au niveau mondial parmi les pays dont le système de santé est moyennement préparé selon une dernière publication de l’Ecole de santé publique de l’Université privée américaine Johns Hopkins », a conclu M.T.

Hassan Bentaleb
Samedi 7 Mars 2020

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