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“Vers la lumière”, un film humaniste et poétique




La cinéaste japonaise Naomi Kawase, réalisatrice de "La forêt de Mogari", de "Still the Water" et des "Délices de Tokyo", était à Cannes pour la cinquième fois en compétition l’an dernier, avec un poignant "Vers la lumière", ascèse irrésistible vers le soleil. Une fresque humaniste et poétique profondément enracinée dans la nature nippone. Avec Ayame Misake et Masatoshi Nagase. Lorsque Misako se promène dans la rue, dans sa ville ou à la campagne quand elle rend visite à sa mère, la jeune Japonaise ne peut s’empêcher de tout observer autour d’elle et de le décrire mentalement avec précision : des enfants se disputent dans la rue, un grand bus traverse le carrefour, un vent chaud se dirige vers l’ouest… Ce n’est pas un toc, ni l’expression d’une forme d’autisme. Simplement de la déformation professionnelle: Misako est audio-descriptrice de films à l’attention des malvoyants. 
Avec son dernier film "Vers la lumière", la réalisatrice Naomi Kawase nous invite à découvrir cet univers étonnant et mystérieux, où tout est question de perception et de capacité à traduire des situations et des sentiments en paroles. Ce n’est pas rien. Ce qui nous paraissait éminemment sectoriel jusqu’ici, Naomi Kawase nous le rend universel. La responsable de l’agence qui emploie Misako ne cesse de le rappeler: les non-voyants, on les aide, c’est une façon pour eux de se connecter. Et pour Misako, ce métier, c’est sa vie.
Pourtant, le travail qu’elle est en train de réaliser sur un film ne fait pas l’unanimité auprès des conseillers malvoyants appelés à intervenir auprès de son employeur. L’un d’eux, Masaye Nakamori, est plus virulent que les autres. Faut-il mettre autant de poésie dans les commentaires ? Ne devrait-on pas se limiter à une simple description ? Le débat dépasse l’outil technique, il en devient philosophique : comment rendre compte en quelques mots, d’une intention artistique, d’une émotion ? Peut-on intervenir dans l’art ? Pour Nakamori, la jeune Misako est "intrusive".
Entre ces deux-là, une histoire se noue. Entre l’homme d’âge moyen, handicapé, grave et bougon, et la très jeune professionnelle, fière mais bienveillante et d’une beauté renversante… Ce qui les unit, c’est la lumière, l’autre grand sujet du film – et leitmotiv dans l’œuvre de Kawase. Celle dont sera privé désormais Nakamori, photographe reconnu qui perd progressivement la vue. Celle que recherche également Misako, lumière apaisante, souvenir d’une enfance heureuse avec ses parents. Naomi Kawase tisse avec une précision d’orfèvre les contours d’une relation lente à venir mais inévitable, jusqu’à rendre éminemment érotique la caresse du visage de la jeune femme par l’homme non-voyant.
"Vers la lumière" est un film d’ascèse vers la source lumineuse première, jamais aussi bouleversante que quand le soleil est couchant. C’est également une exaltation de la nature – fil rouge du cinéma de la Japonaise, attentive au détail du sifflement du vent, à l’épaississement de l’air, à la couleur des feuilles ou à la courbe des arbres emportés par la brise.

Libé
Lundi 8 Janvier 2018

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