Les services d'urgence ont dénombré 101 blessés, tous légèrement atteints, dans les incidents qui ont suivi samedi soir à Madrid une manifestation monstre contre l'austérité, tandis que 24 personnes ont été interpellées par la police. Des dizaines de milliers de personnes au moins ont participé à cette manifestation, d'une ampleur sans précédent depuis 2012, à l'appel d'une multitude d'organisations citoyennes et professionnelles, pour accueillir à Madrid les "marches de la dignité", des colonnes parties, certaines à pied il y a plusieurs semaines, de différentes régions d'Espagne.
Sous le slogan "Non aux coupes budgétaires - du pain, du travail et un toit", les manifestants dénonçaient "l'urgence sociale", le chômage qui touche toujours plus d'un actif sur quatre en Espagne et la politique d'austérité menée par le gouvernement de droite depuis plus de deux ans.
Cette manifestation, rassemblant des citoyens de tous horizons, était d'une ampleur comparable à celles qui avaient suivi en 2012 l'arrivée au pouvoir du gouvernement de droite et la mise en place d'un plan de rigueur visant à économiser 150 milliards d'euros sur trois ans.
Au moment de la dispersion, de violents affrontements ont éclaté en plein centre de Madrid entre des groupes de quelques dizaines de jeunes, qui jetaient des pierres et toutes sortes de projectiles, et la police qui a chargé et tiré des balles en caoutchouc.
Les jeunes ont aussi monté des barricades, incendié des poubelles, cassé des vitrines de banques. Selon les services d'urgence, 101 personnes ont été blessées, toutes légèrement, dont 67 policiers et 34 manifestants.
La police a annoncé avoir interpellé 24 personnes pour "agression contre des policiers, jets de pierres et autres objets et vandalisme". L'austérité sans précédent appliquée par le gouvernement depuis son arrivée fin 2011 a donné lieu à deux grèves générales en 2012, avec des centaines de milliers de personnes dans la rue. La mobilisation s'est ensuite essoufflée, dans un pays asphyxié par la récession, le chômage et un plan d'économies de 150 milliards d'euros.
"En 2014, nous sommes face à une situation extrêmement difficile, une situation limite, d'urgence sociale, qui exige une réponse collective et massive des salariés, des citoyens et du peuple", ont affirmé les organisateurs dans leur manifeste.
"Ce système est en bout de course", disait samedi soir près d'une tente Gabriel, un jeune manifestant de 26 ans venu d'Avila avec l'intention, comme des dizaines de jeunes encore présents dans les rues, d'y passer la nuit.
Pour lui, alors que l'ex-chef du gouvernement Adolfo "Suarez se meurt. C'est la fin d'un cycle. Il faut un nouveau processus pour créer une nouvelle Constitution".