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Under the Silver Lake : Un film noir contemporain avec un épatant Andrew Garfield

Le film se déroule dans les plus beaux quartiers de Los Angeles




Troisième film de David Robert Mitchell après son dérangeant "It Follows", "Under the Silver Lake" mêle thriller, bizarrerie et humour. Situé dans le milieu hollywoodien que traverse un personnage déphasé, à la fois suspense hitchcockien et comédie, "Under the Silver Lake", c’est un peu "Mulholland Drive" de David Lynch croisé avec un film de Jim Carrey...
C’était une première pour le réalisateur américain David Robert Mitchell d’être à Cannes, et en compétition, en mai dernier. Il signe à la fois le scénario et la réalisation d’"Under the Silver Lake", comme c'était le cas pour "It Follows" et "La Légende des soirées pyjamas". Son troisième film confirme une approche iconoclaste, mais il se perd un peu, et nous avec, sur une trop ambitieuse longueur.
A Los Angeles, Jack rencontre Sarah qui disparaît aussitôt. Il part à sa recherche dans une cité des anges interlope et jet set, où meurtres, scandales et conspirations se succèdent dans une atmosphère anxiogène…
"Under the Silver Lake" se déroule dans les plus beaux quartiers de Los Angeles, donc le milieu du cinéma, au cœur duquel vit un trublion dilettante qui va plonger. Plonger dans le Lac d’Argent, Silver Lake en anglais, un quartier huppé de Hollywood. Depuis "Mulholland Drive" (2001) de David Lynch, suivi de "Maps to the Stars" (2014) de David Cronenberg, l’usine à rêves a été sérieusement brocardée. C’était déjà le cas dans "Sunset Boulevard" (1950) de Billy Wilder. Nombre d’autres films abordent le sujet, comme si ce mea-culpa figurait au cahier des charges de la Mecque du cinéma. "Under the Silver Lake" les rejoint. Mais son réalisateur David Robert Mitchell a les yeux plus gros que le ventre.
Dès les premiers plans, un talentueux exercice de style s’installe : le cadre, un petit appartement ; un jeune homme, Sam (Andrew Garfield), se lève, regarde à la fenêtre et voit, muni de jumelles, une femme mûre topless, nourrir ses perroquets… Vient évidemment à l'esprit "Fenêtre sur cour" d’Hitchcock, où James Stewart observe pareillement ses voisins. Film sur Hollywood, "Under the Silver Lake" compile les références, les citations, notamment avec une musique rappelant Bernard Hermann qui composa par cinq fois pour le maître du suspense. On y croise également dès le début la réplique d’une scène de Marilyn Monroe dans une piscine extraite de son dernier film inachevé…
Comme chez Hitchcock, un personnage lambda est plongé dans une situation qui le dépasse. On pourrait citer aussi "After Hours" (1985) de Scorsese pour le traitement en comédie du sujet. Le développement part ensuite sur un ton plus "lynchéen", avec une disparition ("Twin Peaks"), puis une série d’énigmes et une enquête menée par un quidam ("Blue Velvet") dans un Hollywood corrompu et labyrinthique ("Mulholland Drive").
Toujours maître d’une mise en images sophistiquée et glamour (Hollywood oblige), David Robert Mitchell tombe par gourmandise dans des citations surabondantes. Son film s’en trouve surchargé. Il en perd le fil, mais avec humour, pour parodier Lynch dans une intrigue qui n’en est plus une. Tout cela pour aboutir à une résolution qui rappelle la confrérie de "La Montagne sacrée" de Jodorowsky (1973, à l'opposé des canons hollywoodiens), en passant par le New-âge et la culture pop...
Tout ce fatras fait le charme et les défauts de "Under the Silver Lake". Dans une maîtrise formelle parfois ostentatoire, David Robert Mitchell finit par devenir poseur. La durée de son film (2h19) atteint même la provocation, mais tout cela fait partie du jeu. Tout comme cela peut aller aussi au détriment du spectateur.

Mardi 21 Août 2018

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