Un jour à Cannes. Matt Damon sur les marches, l’Afrique en lice, Lapid tranchant


Libé
Vendredi 9 Juillet 2021

Un jour à Cannes. Matt Damon sur les marches, l’Afrique en lice, Lapid tranchant
Matt Damon de retour, un rare film africain en compétition, le coup de gueule de l’Israélien Nadav Lapid... ce qui a marqué la troisième journée du 74e Festival de Cannes, jeudi.

Distribuant généreusement autographes etselfies, Matt Damon a fait chauffer l’applaudimètre, jeudisoir, au côté de l’actrice française Camille Cottin à l’affiche tousles deux de “Stillwater” de Tom Mc Carthy, présenté hors compétition.

La star américaine incarne un homme taiseux et taciturne qui a longtemps négligé sa famille. Il décide de faire le voyage de l’Oklahoma jusqu’à Marseille pour voir sa fille incarcérée pour meurtre. “Le Genou d’Ahed” de Nadav Lapid, étoile montante du cinéma israélien, est une critique entre rage et désespoir de son pays où la politique rend,selon lui, les citoyens “malades et aveugles”.

L’art peut-il combattre la censure ? La liberté d’expression est-elle défendable dans un pays en guerre permanente ? Autant de questions qu’il aborde dans le film. “Ce qui m’ennuie”, c’est “quand la censure devient une partie de votre âme, de votre esprit”, qu’elle vient “de l’intérieur. Elle vous accompagne comme une ombre”, a déclaré le réalisateur à l’AFP.

L’Afrique est entrée en compétition avec un film tchadien sur l’avortement et l’excision, mettant en scène des femmes unies pour survivre dans une société ultra-conservatrice. “Lingui, leslienssacrés” de Mahamat Saleh Haroun, qui avait reçu le Prix du jury à Cannes en 2010 pour “Un homme qui crie”, est l’un des deux films du continent (sur 24 au total) en lice pour la Palme d’or, aux côtés de “Hauts et fort” du Marocain Nabil Ayouch.

A la fin de la projection officielle de “Lingui”, mercredi après-midi, une longue ovation débout a salué le réalisateur et ses actrices. Bouillonnante et mystérieuse, sombre et solaire, rebelle et populaire et désormais star à part entière: Marseille fascine les cinéastes du monde entier quisont nombreux à lui donner le premier rôle cette année: outre “Stillwater”, “Bonne mère” et “Bac Nord” soit trois films dans le festival.

En dix ans, le nombre de tournages à Marseille a triplé et la deuxième ville de France accueille désormais le plus grand nombre d’équipes de films derrière Paris. Impactées par les gestes barrières face au Covid, les nuits du festival de Cannes sont comme prévu nettement plus calmes, à l’image du très chic et sélect dîner donné mardisoir par Chanel sur une plage de la Croisette.

Sous les étoiles et les pieds dans le sable, dans une ambiance guinguette chic, 80 convives triés sur le volet dont Leos Carax, Tilda Swinton, Marion Cotillard, Angèle, Charlotte Casiraghi, Nicolas Maury, Sébastien Tellier, la jurée Mati Diop et la productrice Mélita Toscan du Plantier. Cerise sur le gâteau, Les Sparks ont chanté “So May We Start”, l’une des chansons du film “Annette”. L’absence du sponsor Magnum qui offrait des fêtes clés en main à nombre d’équipes de films, se ressent cruellement. Pour sa part, la Semaine de la Critique a d’ores et déjà décidé de renoncer à sa fête annuelle, parmi les plus courues.

3ème jour de la compétition, “Annette”, cocktail fiévreux de rock et d’amour signé Leos Carax, domine toujours les pronostics des principaux critiques français et étrangers accrédités à Cannes, suivi de près par “Tout s’est bien passé” de François Ozon, selon les “palmoscopes” quotidiens du Film Français et de Gala Croisette.

Le panel retenu par Screen International, célèbre magazine professionnel britannique de cinéma s’enflamme aussi pour “Annette”, mais “Le Genou d’Ahed” de Nadav Lapid joue les outsiders sur la deuxième marche du podium, devant “Tout s’est bien passé”.


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