
« L’attaque a commencé vers 10H du matin quand deux individus habillés en civil et portant chacun un sac à dos ont fait irruption au musée du Bardo, plus grand musée de céramique au monde et qui jouxte le Parlement. Ils se sont installés face à la porte d'entrée du musée et ont tiré sur un groupe de touristes de différentes nationalités qui descendaient d'un bus avant de se barricader à l'intérieur du musée », nous a précisé Sami Badreddine, journaliste tunisien, avant d’ajouter : « Le bilan a été lourd. 19 morts et 25 blessés. On a appris la mort de deux agents de l'ordre a priori durant l'assaut. Les deux terroristes dont l’un est originaire d'un quartier populaire proche du musée et l'autre de la région de Kasserine ont été également tués ».
Selon notre source, le risque d’un attentat était prévisible mais personne ne s’attendait à une attaque d’une telle ampleur, dans un tel lieu. « Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d'attentat de ce genre. C’est la première fois qu’il y a attaque de civils dans une ville. Un nouveau mode opératoire qui s'explique aussi par les récents succès des forces de sécurité qui ont multiplié les arrestations ces derniers temps et enregistré des progrès notables dans la lutte contre le terrorisme », nous a indiqué notre source qui croit que le but de l’attaque du musée du Bardo est de mettre à genoux le tourisme et l'économie nationale déjà vacillante. « C'est clair que les commanditaires ont visé les touristes et non le Parlement. L'attaque a un énorme impact en termes de symbolique ».
Mais qui sont ces commanditaires ? Aucune partie n’a revendiqué sa responsabilité. Mais la piste islamiste est privilégiée notamment après la diffusion d’une vidéo postée sur la Toile avant-hier, montrant Ouanes Fékih, chef du groupe Ansar Chariâa, qui adressait un message à « la jeunesse du mouvement Ettawhid » dans lequel il l’exhorte à continuer à « défendre leur religion » en pratiquant le jihad contre ceux qu’il qualifie de «Taghout ». Fékih a aussi souligné que «les jours à venir seront pleins d’événements » faisant, ainsi, référence à de futurs attentats terroristes planifiés, a rapporté le site businessnews.
Ouanes Fékih a rappelé également, dans sa vidéo, les « succès » des terroristes réalisés lors de l’attaque du domicile de Ben Jeddou, ancien ministre de l’Intérieur à Kasserine, celle de Henchir El Tella ainsi que celles d’El Kef et de Boulaâba, qui ont fait plusieurs morts dans les rangs des services de sécurité et de l’armée. Une manière de défier les forces de l’ordre, ainsi que Mohamed Ali Aroui, porte-parole officiel du ministère de l’Intérieur, qu’il qualifie de «menteur» et de «mécréant», après ses déclarations au lendemain des nombreuses opérations antiterroristes d’envergure menées par les forces de l’ordre et l’armée. Des opérations qu’il considère comme «une guerre menée à [leur] encontre» et alimentée par une «campagne de désinformation médiatique».
Cet attentat aura-t-il des conséquences sur la scène politique tunisienne notamment en ce qui concerne Ennahda accusé d’avoir des relations ambiguës avec les islamistes ? « Cette attaque abjecte va unir davantage les Tunisiens et Ennahda a condamné cette attaque et ses leaders ont déclaré qu’ils ne cautionnent pas ce type d'acte terroriste, donc ils sont hors de cause et le gros de la classe politique le comprend », a conclu Sami Badreddine.