Que dire de la surpêche et de ces accords internationaux qui valorisent le surplus au détriment des stocks ?
-
SM le Roi offre un déjeuner en l’honneur du Premier ministre sénégalais et de la délégation l’accompagnant
-
Rabat et Dakar soulignent la nécessité de maintenir un dialogue régulier pour développer davantage leurs relations bilatérales
-
La République du Sénégal réitère son soutien ferme et constant à la souveraineté du Royaume du Maroc sur le Sahara
-
Discours mielleux, réalité misérable.
Ces hausses sont particulièrement marquées lors des périodes de forte demande et se font davantage sentir chez les poissonniers détaillants et dans la grande distribution que sur les marchés de gros ou dans les circuits de vente directe à la sortie des ports.
Cette inflation relative des prix s’inscrit dans un contexte plus large de crise du secteur de la pêche, qui ne relève pas d’un dysfonctionnement conjoncturel mais d’une combinaison de facteurs structurels, environnementaux et institutionnels étroitement imbriqués. Elle met en lumière les limites d’un modèle de gestion halieutique soumis à des transformations écologiques rapides, à des choix de gouvernance contestés et à la multiplication des chocs climatiques, dont les effets cumulés fragilisent durablement l’offre, l’accessibilité et l’équilibre du marché.
Gestion des ressources halieutiques et des surplus
Un premier facteur central tient à la gestion des ressources halieutiques et des surplus, notamment à travers certains accords de pêche conclus avec des partenaires étrangers. Plusieurs experts soulignent que « ces accords ont souvent privilégié des objectifs économiques de court terme, au détriment d’une vision durable de l’exploitation des stocks ». « La question ne porte pas uniquement sur l’existence de ces accords, mais sur leur contenu, leur suivi et leur capacité à intégrer des données scientifiques actualisées sur l’état réel des ressources. L’insuffisance de mécanismes de contrôle, la faible valorisation locale des captures et la pression accrue sur certaines espèces contribuent à fragiliser les écosystèmes marins et à réduire la disponibilité des ressources pour la pêche artisanale, accentuant ainsi les inégalités au sein du secteur », nous a expliqué un proche de ce dossier.
L’impact croissant du changement climatique
A cette dimension de gouvernance s’ajoute l’impact croissant du changement climatique sur les écosystèmes marins. « L’élévation progressive de la température des eaux, la modification des courants océaniques et l’acidification des mers affectent directement la répartition géographique, la reproduction et les cycles de vie des espèces halieutiques. Certaines espèces migrent vers des zones plus profondes ou plus septentrionales, tandis que d’autres voient leur productivité diminuer. Or, les politiques halieutiques peinent encore à intégrer pleinement ces transformations structurelles, en continuant parfois à se fonder sur des données et des modèles qui ne reflètent plus la réalité écologique actuelle. Cette inadéquation entre connaissance scientifique et décision publique accentue l’instabilité du secteur», observent les experts.
Effets indirects mais profonds de la sécheresse prolongée
Un troisième facteur déterminant réside dans les effets indirects mais profonds de la sécheresse prolongée que connaît le Maroc. « Bien que la pêche soit une activité maritime, soulignent certains spécialistes, elle dépend étroitement des équilibres hydriques continentaux. La baisse durable des ressources en eau douce réduit les apports vers les estuaires, les lagunes et les zones humides côtières, qui constituent des espaces essentiels pour la reproduction et l’alimentation de nombreuses espèces. La dégradation de ces milieux affaiblit la chaîne écologique dans son ensemble, avec des répercussions directes sur les stocks halieutiques et, par extension, sur les revenus et la stabilité des communautés de pêcheurs ».
Les dernières précipitations intenses et irrégulières
Parallèlement à la sécheresse, les dernières précipitations intenses et irrégulières ont introduit de nouvelles formes de vulnérabilité. « Les épisodes de pluies soudaines, souvent concentrés sur de courtes périodes, provoquent des ruissellements massifs vers le littoral, entraînant sédiments, déchets et polluants agricoles ou urbains. Ces apports perturbent la qualité des eaux côtières, affectent les habitats marins et peuvent provoquer des mortalités ponctuelles ou des déplacements d’espèces. Cette alternance entre déficit hydrique prolongé et excès pluviométriques violents illustre la montée des phénomènes climatiques extrêmes, auxquels le secteur de la pêche reste insuffisamment préparé », nuancent les experts.
Conséquences sociales et économiques directes sur les pêcheurs et les territoires côtiers
Enfin, ces différents facteurs ont des conséquences sociales et économiques directes sur les pêcheurs et les territoires côtiers. La baisse de la ressource, l’imprévisibilité des captures et l’augmentation des coûts d’exploitation fragilisent particulièrement la pêche artisanale, qui dispose de peu de marges d’adaptation. « Cette précarisation renforce les tensions sociales, alimente les conflits d’usage et accentue le sentiment d’abandon chez les acteurs locaux, souvent peu associés aux processus de décision. Elle met également en évidence les limites d’une gouvernance sectorielle fragmentée, insuffisamment articulée avec les politiques de l’eau, de l’environnement et de l’adaptation au changement climatique », nous a indiqué un syndicaliste du secteur qui estime que « dans l’ensemble, la crise du secteur de la pêche au Maroc apparaît comme une crise systémique, où se croisent choix politiques, transformations écologiques et vulnérabilités sociales ». Y répondre suppose de dépasser les approches sectorielles et de construire des stratégies intégrées, fondées sur la durabilité des écosystèmes, la justice sociale et l’anticipation des chocs climatiques à venir.
Hassan Bentaleb









