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Trêve de surenchères : La tension pesant sur Jerada aura trop duré

L’approche sécuritaire va se renforçant




Faut-il s’attendre à un tournant dans le traitement du Hirak de Jerada par l’Etat ? Oui, à en croire le dernier communiqué du ministère de l'Intérieur qui affirme la volonté des autorités « d’interdire les manifestations illégales sur la voie publique et de répondre avec fermeté aux agissements et comportements irresponsables ». Et pour cause : « l’obstination de certaines parties à décrédibiliser les  efforts déployés par l'Etat pour résoudre les problématiques posées au niveau de la province de Jerada »  et « à  exploiter les revendications légitimes exprimées et à inciter la population de manière continue à manifester sans respect aucun pour les dispositions légales », a précisé le communiqué.
Une situation jugée inacceptable par le département d'Abdelouafi Laftit d’autant plus que « les instances politiques, syndicales et les acteurs de la société civile dans la province, outre les présidents des collectivités territoriales, ont publié des communiqués à travers lesquels ils ont exprimé leur grande satisfaction de l’interaction positive des autorités publiques avec les attentes et les aspirations de la population», a souligné le communiqué tout en faisant référence  aux annonces faites par le chef du gouvernement lors de la visite qu'il a effectuée dans la région de l’Oriental le 10 février dernier en compagnie d’une importante délégation ministérielle.
Pourtant, la sortie du ministère de l’Intérieur était  attendue et estimée prévisible par plusieurs activistes du Hirak vu les derniers développements survenus sur le terrain. «  La hausse du ton de la part du département de Laftit n’est pas une surprise. Plusieurs indicateurs ont annoncé ce changement. Notamment l’arrestation de trois leaders du Hirak opérée samedi et dimanche et l’interdiction du sit-in prévu dimanche dans le centre-ville», nous a indiqué Mohamed El Ouali, activiste syndical et défenseur des droits de l’Homme. Et de poursuivre : «  La marche vers  Laâyoune organisée samedi dernier par la population de Jerada qui a parcouru plus de 50 kilomètres à pied a démontré à l’Etat la détermination de celle-ci à poursuivre la lutte et à consentir davantage de sacrifices ».
Faut-il s’attendre à une escalade de la violence dans les jours à venir? «  La population a exprimé à plusieurs reprises son attachement au caractère pacifique des manifestations. D’ailleurs, depuis le déclenchement du Hirak, il y a trois mois, pas un seul incident n’a été enregistré. Les marches et les sit-in sont bien organisés et bien encadrés malgré l’important dispositif sécuritaire mis en place », nous a expliqué notre source. Et d’ajouter : « L’approche sécuritaire a été présente dès le début et on s’attend aujourd’hui à un recours massif à celle-ci. Les arrestations effectuées dernièrement signifient qu’elle est déjà en marche. Pour nous, ces arrestations sont destinées à couper les leaders du Hirak de leurs bases populaires comme ce fut le cas lors du Hirak du Rif alors que notre mouvement de protestation a enregistré une évolution qualitative au cours des derniers mois.
Pour Mohamed El Ouali, la population de Jerada a réussi à poser sur la table des demandes et revendications claires et précises en donnant la priorité à la question de la reddition des comptes. « Nous voulons d’abord savoir comment l’Etat a planifié la fermeture de la mine d’anthracite. Nous voulons des réponses claires concernant sa responsabilité dans le  licenciement des mineurs et la situation financière des mines », nous a-t-il précisé. Et de poursuivre : « Ces questions se posent avec acuité dans un contexte fortement marqué par une crise économique et sociale qui touche toute la région et particulièrement une ville qui se vide de ses habitants qui sont passés de 60.000 à 43.000 selon le dernier recensement du HCP. Une ville qui dispose pourtant d’une centrale thermique et qui est traversée par le pipeline de gaz algérien sans parler de l’aridité du climat et de la fermeture des frontières avec l’Algérie qui  ont complexifié davantage cette situation. Les manifestations ont dépassé actuellement  les limites géographiques de la seule Jerada puisqu’elles touchent également Bouarfa, Guercif, Outat Lhaj et Tendrara et risquent de s’étendre à d’autres localités vu que la situation s’y dégrade de jour en jour ».
Notre interlocuteur estime que les instances politiques, syndicales et les acteurs de la société civile ont toujours soutenu le Hirak sans la moindre volonté de le diriger ou de l’orienter, tout en indiquant que l’Etat est appelé aujourd’hui et plus que jamais à respecter les engagements pris au lieu de procéder de la manière forte pour  répondre aux demandes légitimes de la population. « Comment peut-on convaincre les manifestants de la bonne volonté de l’Etat alors que trois mois après les promesses données et les annonces faites, rien n’a été entrepris. C’est difficile d’établir des relations de confiance dans ces circonstances », a-t-il conclu.
 

Hassan Bentaleb
Jeudi 15 Mars 2018

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