To Lam, l'homme fort du Vietnam


Libé
Mercredi 8 Avril 2026

To Lam, l'homme fort du Vietnam
Amateur de musique classique aux goûts culinaires parfois onéreux, le chef du Parti communiste vietnamien To Lam a réaffirmé mardi son statut de dirigeant le plus puissant du pays depuis des décennies en étant désigné au poste de président.

To Lam parvient ainsi à centraliser la direction du parti et de l'Etat, à l'image de ce qu'a fait le président Xi Jinping en Chine voisine - et ce alors que les hauts responsables du Vietnam gouvernent traditionnellement de manière collective.
Carl Thayer : Je ne veux pas l'appeler le Trump du Vietnam, mais c'est un dirigeant qui cherche à consolider le pouvoir pour prendre des décisions rapides et tranchées 
Il s'était vu renouveler son mandat de secrétaire général du Parti communiste vietnamien en janvier lors d'un congrès, et il était alors largement pressenti pour devenir président.
 
Eliminer ses adversaires
 
Né en 1957 dans la province de Hung Yen, dans le Nord communiste, par opposition au Sud pro-américain de l'époque, To Lam est un pur produit du ministère de la Sécurité publique, où il a été admis après des études à l'académie de police.
Il en devient le chef en 2016, quelques années après avoir intégré le bureau politique du PCV, en 2011.

En tant que ministre de la Sécurité publique, il a instrumentalisé la campagne anticorruption, dite "brasier ardent", lancée par le dirigeant Nguyen Phu Trong.
To Lam a utilisé les enquêtes du ministère pour "éliminer systématiquement des rivaux au sein du Politburo qui étaient éligibles pour devenir secrétaire général", soutient Zachary Abuza, spécialiste du Vietnam au National War College à Washington.

En mai 2024, il accède à la présidence du pays, une fonction élevée mais essentiellement protocolaire qu'il occupera quelques mois, non sans s'être assuré d'avoir nommé un proche pour le remplacer à la tête de la police.
 
"Leadership autoritaire"
 
En juillet 2024, quand le secrétaire général du PCV Nguyen Phu Trong meurt, To Lam lui succède, accédant au poste le plus élevé du pays.
Il poursuit alors sa campagne anticorruption qui a purgé des milliers de hauts responsables et chefs d'entreprise.

L'élection de mardi a "fait de lui le +leader suprême+ du Vietnam", a déclaré à l'AFP Le Hong Hiep, chercheur senior au Programme d'études vietnamiennes de l'Institut ISEAS-Yusof Ishak de Singapour.
Elle a "fait passer la direction du pays d'un modèle collectif fondé sur le consensus à un style de leadership autoritaire", a-t-il souligné.

"Je ne veux pas l'appeler le Trump du Vietnam, mais c'est un dirigeant qui cherche à consolider le pouvoir pour prendre des décisions rapides et tranchées", expliquait en janvier l'expert du Vietnam Carl Thayer.
 
"Résolu et impatient"
 
To Lam est "résolu et impatient face à l'inaction", estime Nguyen Khac Giang, chercheur invité à l'Institut ISEAS-Yusof Ishak.

En moins de deux ans à la tête du Parti communiste vietnamien, il a réduit drastiquement le système bureaucratique, dynamisant le secteur privé, mais a également resserré l'étau sur les médias et écrasé la dissidence.

Depuis qu'il a pris les rênes du pouvoir, le nombre des ministères et des agences gouvernementales a été réduit, passant de 30 à 22.
Les médias d'Etat, la fonction publique, la police et l'armée ont tous subi des coupes budgétaires.

Quelque 147.000 personnes ont été licenciées ou ont pris leur retraite anticipée dans le cadre de sa politique de rationalisation de la bureaucratie et de relance de l'économie.
To Lam a également réduit le nombre d'administrations provinciales et municipales du pays de 63 à 34.

Celui qui, en tant que ministre de la Sécurité, a approuvé la construction d'un grand opéra à Hanoï, a également promu des projets d'infrastructure ambitieux, notamment dans les transports et l'énergie.

Sa détermination à grimper les échelons aura tout de même connu un accroc en 2021: une vidéo le montrant en train de manger un steak recouvert de feuilles d'or à plusieurs centaines d'euros dans un restaurant chic de Londres, après avoir visité la tombe de Karl Marx, fait scandale.
Un vendeur de nouilles qui a parodié le clip a été condamné par la suite à cinq ans de prison.

Sur l'échelle des libertés dans le monde établi par le centre de réflexion américain Freedom House, le Vietnam se classe 158e sur 193 pays avec un score de 20 sur 100, le plaçant dans la catégorie "non libre".
 


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