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Sur un terroir de Rencontres : Taragalte et sa marraine Oum fêtent la femme africaine




Si le Festival Taragalte de Mhamid El Ghizlane a exprimé depuis sa première annonce sa volonté de rendre hommage aux femmes africaines, l’artiste Oum, sa marraine qui s’est reproduite, dimanche soir,  leur a effectivement rendu    cet honneur. En invitant les femmes festivalières à se mettre au-devant de la scène, elle créa de la  bonne humeur  et l’on ressentit la joie et la quiétude parmi la gent féminine venue de tous les pays, de toutes les villes marocaines pour être de la fête vraiment africaine. Maliennes, Hollandaises, Algériennes, Espagnoles, Françaises, Américaines, Polonaises, Anglaises, Suédoises, Marocaines ou encore quelques Néo-Zélandaises, elles étaient là à vivre les rythmes, et écouter le message de la voix sublime d’une chanteuse tout simplement différente, à l’instar d’un festival d’ailleurs.  
Vêtue d’un costume traditionnel jaune, Oum s’est simplement mise en symbiose avec ces dunes jaunâtres au fond   de la scène. Même les excuses données par l’artiste  au début de sa prestation sur la qualité de sa voix affectée par un froid   suite à un changement de climat, ayant chanté quelques jours auparavant en Allemagne, l’ambiance était bon enfant, exprimant ce grand bonheur conjugué cette fois au féminin. Elle invita ainsi les femmes à monter sur scène et chanter en chœur son morceau prisé des femmes   de Mhamid El Ghizlane : Taragalte !
« C’est finalement notre message essentiel, les femmes africaines sont les garantes du bel ordre, des bonnes valeurs et de la bonne éducation ; leur rôle est indéniable dans la préservation de tout un patrimoine », déclarent Brahim et Halim Sbai, cofondateurs de ce beau concept festif. Et ce ne sont pas les Perla Cohen, Hassan Aourid, Many Ansar, Mohamed Dumbia, Almain Weber, intellectuels présents lors de cette huitième édition qui diront le contraire.
Sublime donc ! Cette image de communion féminine allait tout simplement être accentuée avec la présence sur scène d’une femme hors pair. Il s’agit de l’artiste touareg Badi Lalla, la diva du Tindi. Du haut de ses 79 ans, elle s’est présentée face à son public resté à l’attendre. Elle ne déçoit jamais, et en dépit d’une nuit relativement froide, elle parvient à créer la chaleur au sein de la foule.
La danse enthousiaste dans tous les sens envahit le site qui n’a, en effet, aucune limite, puisque naturellement ouvert sur toutes les dunes avoisinantes. « J’ai visité tous les pays connus de ce monde, et j’ai joué dans plus de 80 festivals, Taragalte reste le plus proche de mon cœur, parce que je suis restée la même, inchangeable; tout au long de mon séjour à Mhamid El Ghizlane, je me suis  sentie bien chez moi », avoue la mère spirituelle des artistes touareg. La simplicité et l’originalité, voilà donc des concepts clés de  Taragalte… terre de rencontres !

Aziz Sahmaoui envoûte les foules sur les dunes de Mhamid El Ghizlane

Des nuages de joie. Des fumées projetées sur la scène. De loin, le site ensablé du Festival Taragalte  donnait l’air d’un grand Moussem. C’est ce que représente cette manifestation. Les festivaliers étaient en transe, emportés par les rythmes gnaouis d’Aziz Sahmaoui. Le maître de l’Université Gnaoua a donné un cours magistral sur ce qu’est l’esprit gnaoui au 21ème siècle, mariant à la fois un souffle et une essence ancestrale, d’une part et des airs et verbes modernes, de l’autre.
Un enthousiasme époustouflant gagnait subitement un public multilingue et multiethnique. Sur toutes les dunes entourant la scène principale du Festival, l’on voyait des corps se mouvoir et des silhouettes onduler, peu importe comment ni dans quel sens. Ici, à Mhamid El Ghizlane, l’on oublie les clichés, les habitudes et les standards artistiques. La seule loi qui régit l’ensemble des festivaliers  est celle du cœur.
Et Sahmaoui, doté d’un sens très subtil, s’adresse et interpelle tout le monde, dans différentes langues, mais un seul langage prime : celui de l’essence artistique.
Pas question dans ces lieux sahariens et exotiques éloignés des centres urbains, de suivre les sentiers battus des autres manifestations. L’originalité et l’authenticité sont de mise. Les stars le savent, agissent et réagissent en conséquence.
Ainsi, en compagnie d’une troupe de différentes nationalités, Sahmaoui a chanté l’amour, la cohabitation, les petites gens, les “petites bonnes”, mais a rappelé aussi les souffrances des premiers “esclaves” subsahariens ainsi que les “esclaves” modernes.
Il a fallu que Sahmaoui cède la scène à la troupe malienne de “Ali Farka Touré Band”, pour que les amis de Many Ansar enchaînent sur des rythmes de blues, mais aussi de chansons de joie et d’allégresse, dignes des purs spectacles populaires africains. La tradition du grand artiste que fut Ali Farka Touré est bel et bien conservée et préservée par les proches, amis et collaborateurs que sont Afel Bocoum, Alpha Osman, Mamadou Kelly, Soulé Issa et Ali Magassa.
Le grand public de Taragalte est parvenu à fredonner des airs en bambara, en reprenant en chœur les refrains de toutes les chansons. «Goy kur» qui chante la volonté humaine d’accomplir les taches de la vie quotidienne, «Wleydou», qui relate ce rêve des Hommes à vouloir tout s’approprier dans le monde et enfin «Chérie», dédiée aux femmes africaines à l’occasion de cette 8ème édition tenue sous le thème «Afrika Elles».

Halim Sbai, codirecteur du Festival Taragalte : Taragalte est un hymne d’échange, de paix, de dialogue et de tolérance

Libé : Quel bilan faites-vous de cette 8ème édition ?
Halim Sbai : Nous pouvons dès maintenant dire que cette huitième édition, initiée sous le thème « Afrika Elle », a rencontré un franc succès. Notre programme a été mené à terme et nos attentes ont été bien satisfaites, à tous les niveaux. Que ce soit pour le grand public venu de tous les coins du monde ou encore pour cette qualité élevée des prestations artistiques, sans oublier bien évidemment la qualité des débats et des intervenants.  

Qu’avez-vous initié cette année pour concrétiser le credo de paix et de tolérance ?
Taragalte se positionne clairement dans une dynamique pour l’échange, la paix, le dialogue et la tolérance. Ce ne sont pas des mots, puisque nous nous considérons comme les caravaniers du 21-ème siècle, transporteurs de messages bien clairs. Dans ce cadre, nous évoquons les rencontres de femmes de tous les horizons dans le cadre de la conférence organisée par « Carpet of life », association locale féminine ou encore le programme de plantation d'arbres dans le cadre du projet initié avec l'ONG Sahara Roots et enfin la conférence organisée sur le défi environnemental et la question hydrique dans les oasis de la vallée de Draâ, notamment celle de Mhamid. Sur le site du Festival, des rencontres se faisaient sous les tentes des familles de Mhamid, de la délégation malienne et de nos frères Touareg et même avec les Canadiens  qui étaient cette année nos invités d’honneur.

Que permettent ces rencontres finalement ?
Pareilles manifestations permettent aux différentes volontés d'édifier des valeurs communes et universelles et de reconstruire les principes du vivre-ensemble. Nous appartenons au genre humain et nous sommes condamnés à vivre sur cette planète, conformément à ces valeurs communes prépondérantes.
La résidence artistique entre musiciens canadiens et leurs homologues de Mhamid El Ghizlane, de « Génération Taragalte » a donné ses fruits et le public a pu voir comment la musique pourrait unir et permettre d’être en symbiose.
Cette rencontre qui accueille chaque année des milliers de visiteurs de partout permet également de retrouver l’idée profonde du Moussem; le concept va dans ce sens afin de préserver une originalité qui commence à se faire rare dans nos manifestations. C’est pourquoi donc notre hommage est allé à Badi Lalla qui représente parfaitement cette idée d’originalité.

Et votre conférence principale pour cette année ?
La principale conférence de notre festival a porté sur la diversité culturelle et son rôle dans la préservation de la paix. Un thème assez large, mais au cœur des discussions dans différents laboratoires d’idées pour l’échange international. Les intervenants que sont Hassan Aourid, Perla Cohen et Alain Weber ont souligné la place de la culture dans le rapprochement entre les peuples et ont par là même distingué d’emblée entre deux concepts clés de ce débat profond : civilisation et culture. Alors que la première est de portée universelle, la seconde reste locale et communautaire, incontournable pour l’expression des identités qui ne doivent pas devenir meurtrières.

Mustapha Elouizi
Mercredi 1 Novembre 2017

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