Libération




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

“Sugarland”, un documentaire édifiant et ludique sur la planète sucre




Premier film du jeune acteur australien Damon Gameau, "Sugarland" est le résultat d’une recherche empirique et documentée, sur les effets du sucre sur notre métabolisme. Nombre d’intervenants (nutritionnistes, médecins, psychologues…) y participent, sous une forme des plus originales et divertissantes pour toucher tous les publics : comment allier l’utile et l’agréable.
Comme dans "Super Size Me" en 2004, sur la "malbouffe", de Morgan Spurlock, Damon Gameau est son propre cobaye. Le premier testait les effets sur son métabolisme de la surconsommation de MacMuffin, Big Mac, Royal Cheese, frites et autres sodas bruns hyper sucrés. Damon Gameau, lui, décide de s’alimenter durant 60 jours de produits présentés comme sains (céréales de petit déjeuner, yaourts, plats cuisinés, sodas dit "équilibrés"…), contenant en fait de forts taux de sucre. Le résultat est édifiant: la prise d’une quantité impressionnante de kilos en deux mois, l’apparition d’une bedaine enveloppée avec les poignées d’amour ad hoc, et des troubles comportementaux inquiétants. Pour au final une prise de calories équivalente à celle absorbée avec une alimentation sans sucre. L’expérience est un sujet en soi. Elle est argumentée par le suivi commenté de plusieurs spécialistes qui surveillent Damon Gameau, et ne cessent de l’avertir des dangers pour sa santé de son entreprise. En parallèle, "Sugarland" dresse une contextualisation historique, sociologique, économique de la consommation sucrière mondiale, en s’arrêtant principalement sur l’Australie (son pays d’origine) et les Etats-Unis, champions du monde toutes catégories en la matière. Un bémol : pas un mot sur l’alcool - vin, bière, whisky… -, à haute teneur en sucre caché, sujet du film. Si une telle approche reste relativement classique, la forme qu’adopte Damon Gaveau fait la différence. D’emblée, il situe sa démarche dans une motivation personnelle et anecdotique qui lance le sujet avec réalisme et humour. Il n’est lui-même aucunement scientifique, ni militant, ni même réalisateur. Il s’identifierait plus à un Candide, en quête de connaissance et adepte de l’empirisme, en se mettant en première ligne.
Mais c’est la mise en scène et en images qui emporte indéniablement l’adhésion. Il joue la carte d’un ton de comédie, très ironique, avec à la clé nombre de parodies de formes télévisuelles et autres, comme la comédie musicale. Il ne délaisse pas pour autant le sérieux de son propos, didactique dans le bon sens du terme. L’appel à de nombreux effets spéciaux inventifs, générateurs d’effets comiques et pertinents participent grandement du plaisir d’apprendre. Un axe qui vise tout particulièrement la jeunesse, très concernée par la surconsommation de sucre. L’appel à Kyan Khojandi ("Bref") pour doubler en français Damon Gaveau va dans le même sens. Les témoignages d’adolescents sur leur addiction au sucre sont, de ce point de vue, consternants. Mais visent tout autant les parents et les autres adultes… A consommer sans modération.

 

Mardi 30 Janvier 2018

Lu 1647 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dans la même rubrique :
< >

Vendredi 18 Septembre 2020 - 18:55 Le secteur du livre affaibli par la pandémie

Vendredi 18 Septembre 2020 - 16:57 Décès de Mohamed Talal