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Le Maroc participe régulièrement au sommet de Davos organisé par le Forum économique mondial. À chaque édition, le discours officiel met en avant la stabilité du pays, son attractivité économique et son positionnement comme plateforme régionale entre l’Europe et l’Afrique.
Certes, nul ne peut contester la véracité de ces 3 dimensions. Il n'en va pas moins que la participation à Davos peut être plus bénéfique pour un pays comme le nôtre, dans le sens où, au-delà de se contenter d'y présenter ces mêmes arguments que personne ne remet en question, ce genre de forum offre des opportunités indéniables et significatives tant sur le plan diplomatique qu'économique. Le Maroc peut y présenter ses atouts et y faire valoir ses ambitions auprès d’un parterre de dirigeants mondiaux et d'investisseurs.
Aucun ne réfute le droit de la délégation marocaine d'user de la tribune qu'offre Davos pour défendre le modèle national de développement qui essaye, du moins, c'est ce que l'on entend tout le temps, d'allier ambition sociale et résilience économique.
De même, il est tout à fait légitime pour le Maroc, comme tout autre pays qui participe à Davos, de chercher à se frayer une place dans les recompositions des alliances mondiales et dans les nouvelles dynamiques géopolitiques. Ce qui lui permettra de négocier sa place sur la scène internationale et de renforcer son rôle en tant qu'acteur régional.
Car, la nature de l'événement elle-même facilite les rencontres bilatérales et multilatérales de haut niveau et offre des opportunités de renforcer les collaborations existantes dans divers domaines.
Mais qu'en est-il vraiment ? Les délégations marocaines qui ont pris part successivement à ce forum ont-elles réussi à peser sur les débats relatifs à la recomposition des alliances mondiales et aux nouvelles dynamiques géopolitiques, à négocier la place du pays sur la scène internationale et à renforcer son rôle en tant qu'acteur régional, ou encore à profiter des rencontres facilitées par un tel forum pour échanger sur les meilleures pratiques pour relever des défis cruciaux, tels que le changement climatique, l'emploi, l'économie ?
A-t-on dépassé le stade d’une présence symbolique aux différentes éditions de ce forum et de communication institutionnelle?
Que gagne réellement le Maroc à Davos, et surtout, qui profite de cette intégration mondiale ?
Ces trois questions s'avèrent fort légitimes à un moment où les basculements du monde sont devenus fréquents et de plus en plus imprévisibles.
En effet, la participation à un tel forum n’a de sens que si elle se traduit par un impact réel sur le développement social, l’emploi et la réduction des inégalités.
Un modèle sans consistance sociétale : le cœur du problème
Depuis plus de deux décennies, l’économie marocaine affiche une croissance moyenne oscillant autour de 3 à 3,5%. Mais cette croissance reste largement déconnectée du progrès social. Les indicateurs macroéconomiques peuvent donner l’illusion d’une trajectoire maîtrisée, alors même que la productivité progresse lentement et que la valeur ajoutée se concentre dans des secteurs peu créateurs d’emplois. Le problème n’est donc ni conjoncturel ni accidentel : il est structurel. Le Maroc a fait le choix d’un modèle ouvert sur l’extérieur, mais sans consolidation suffisante de son socle social interne. Dans ce contexte, Davos n’est pas une vitrine flatteuse, mais un moment où l'on doit se rendre compte des limites du modèle économique national, tant la possibilité de faire un benchmarking est faisable, et tant aussi que la possibilité de tirer des enseignements de sa expérience propre, ainsi que des expériences des autres est tout à fait souhaitable dans ce genre d'occasion.
Intégration externe sans intégration sociale
L’intégration du Maroc dans l’économie mondiale est ancienne et profonde. Le pays a tissé plus de cinquante accords de libre-échange couvrant une part considérable du PIB mondial. Pourtant, cette ouverture n’a pas permis une montée en gamme significative de l’économie. Les exportations restent dominées par des segments à faible ou moyen contenu technologique, et l’investissement direct étranger, bien que régulier, produit un effet d’entraînement limité sur l’économie locale. Faute d’exigences contraignantes en matière de transfert de technologie, de recherche-développement et de contenu local, l’intégration marocaine demeure asymétrique : le pays s’insère dans les flux mondiaux sans peser réellement sur leurs règles. C’est là le paradoxe central de la présence marocaine à Davos.
Emploi : l’échec mesurable
Aucun discours sur l’attractivité ne peut masquer la réalité du marché du travail. Le taux de chômage dépasse les 13%, tandis que celui des jeunes avoisine des niveaux critiques, tout comme le chômage des diplômés. Le taux d’activité global reste faible, traduisant une exclusion massive d’une partie de la population en âge de travailler, en particulier les femmes et les jeunes. Ces chiffres révèlent une vérité politique simple : la croissance marocaine ne crée pas suffisamment d’emplois, et encore moins des emplois décents. Dans ces conditions, prétendre peser à Davos relève de l’illusion, car aucun pays ne gagne en influence mondiale avec une jeunesse durablement marginalisée.
Pauvreté et vulnérabilité : la bombe sociale silencieuse
Si la pauvreté monétaire recule officiellement, la vulnérabilité sociale, elle, s’étend. Une part importante de la population vit à la limite de la précarité, exposée au moindre choc économique ou sanitaire. Les inégalités demeurent élevées, comme le montre l'indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenu. Appliqué au Maroc, celui-ci a atteint 40% ces 2 dernières années, marquant une augmentation par rapport aux années précédentes où il oscillait entre 38,5% et 39,5%, reflétant un creusement des écarts.
Cette situation traduit l’échec des mécanismes de redistribution et l’inachèvement de l’État social. La croissance profite à certains segments, mais ne sécurise pas la majorité, ce qui fragilise la cohésion sociale et affaiblit toute prétention à une intégration équilibrée.
Santé : un risque financier pour les ménages
Dans les économies solides, la santé est considérée comme un investissement stratégique. Au Maroc, elle reste largement perçue comme une charge. Malgré les réformes annoncées, les ménages supportent encore une part importante des dépenses de santé, et les inégalités territoriales d’accès aux soins persistent. Tomber malade peut encore signifier basculer dans la précarité. Cette réalité contredit frontalement le discours tenu dans les forums internationaux sur la résilience, la durabilité et le capital humain, et affaiblit la crédibilité du modèle présenté à Davos.
Education : déficit de capital humain
L’économie mondiale contemporaine est une économie de la connaissance. Or, le système éducatif marocain peine à remplir cette fonction stratégique. Les évaluations internationales montrent des niveaux de maîtrise insuffisants en mathématiques, en sciences et en lecture. Cela signifie que le Maroc entre dans la mondialisation avec un capital humain faiblement compétitif. Un pays dont l’école publique est fragilisée ne négocie pas sa place dans les chaînes de valeur mondiales : il s’y adapte, souvent par le bas.
Logement : marché dynamique, injustice persistante
Le secteur du logement illustre parfaitement les dérives du modèle actuel. D’un côté, des millions de logements restent inoccupés ; de l’autre, un déficit réel persiste, notamment en milieu urbain, et les prix continuent d’augmenter plus vite que les revenus. Le retrait progressif du rôle régulateur de l'État a favorisé la spéculation au détriment de l’accès au logement. Celui-ci n’est plus pensé comme un droit social, mais comme un actif financier, accentuant la pression sur la classe moyenne.
Pourquoi le Maroc pèse peu à Davos
À Davos, l’influence d’un pays ne se mesure ni au nombre de rencontres ni à la qualité des présentations, mais à sa capacité à transformer la croissance en emplois, à protéger sa classe moyenne, à investir efficacement dans la santé et l’éducation, et à garantir la cohésion sociale. Sur ces critères, le Maroc demeure en position défensive. Le dogme dominant – le marché d’abord, le social ensuite – a montré ses limites. L’expérience internationale est claire : la justice sociale n’est pas le résultat automatique de la croissance, elle en est la condition.
De Davos à 2026 : l’heure du choix
L’influence internationale ne se construit pas dans les salons feutrés des sommets, mais dans l’école publique, l’hôpital public, un marché du travail inclusif et un logement accessible. Sans rupture avec l’orientation qui prévaut actuellement, la présence marocaine à Davos restera largement symbolique, tandis que la société continuera de payer le coût d’un modèle déséquilibré. À l’horizon 2026, le choix est clairement politique : changer de modèle économique et social, ou accepter la généralisation de la vulnérabilité. Il n’existe pas de voie intermédiaire.
Mohamed assouali
Membre du bureau politique de l’USFP
Secrétaire provincial du parti à Tétouan
Certes, nul ne peut contester la véracité de ces 3 dimensions. Il n'en va pas moins que la participation à Davos peut être plus bénéfique pour un pays comme le nôtre, dans le sens où, au-delà de se contenter d'y présenter ces mêmes arguments que personne ne remet en question, ce genre de forum offre des opportunités indéniables et significatives tant sur le plan diplomatique qu'économique. Le Maroc peut y présenter ses atouts et y faire valoir ses ambitions auprès d’un parterre de dirigeants mondiaux et d'investisseurs.
Aucun ne réfute le droit de la délégation marocaine d'user de la tribune qu'offre Davos pour défendre le modèle national de développement qui essaye, du moins, c'est ce que l'on entend tout le temps, d'allier ambition sociale et résilience économique.
De même, il est tout à fait légitime pour le Maroc, comme tout autre pays qui participe à Davos, de chercher à se frayer une place dans les recompositions des alliances mondiales et dans les nouvelles dynamiques géopolitiques. Ce qui lui permettra de négocier sa place sur la scène internationale et de renforcer son rôle en tant qu'acteur régional.
Car, la nature de l'événement elle-même facilite les rencontres bilatérales et multilatérales de haut niveau et offre des opportunités de renforcer les collaborations existantes dans divers domaines.
Mais qu'en est-il vraiment ? Les délégations marocaines qui ont pris part successivement à ce forum ont-elles réussi à peser sur les débats relatifs à la recomposition des alliances mondiales et aux nouvelles dynamiques géopolitiques, à négocier la place du pays sur la scène internationale et à renforcer son rôle en tant qu'acteur régional, ou encore à profiter des rencontres facilitées par un tel forum pour échanger sur les meilleures pratiques pour relever des défis cruciaux, tels que le changement climatique, l'emploi, l'économie ?
A-t-on dépassé le stade d’une présence symbolique aux différentes éditions de ce forum et de communication institutionnelle?
Que gagne réellement le Maroc à Davos, et surtout, qui profite de cette intégration mondiale ?
Ces trois questions s'avèrent fort légitimes à un moment où les basculements du monde sont devenus fréquents et de plus en plus imprévisibles.
En effet, la participation à un tel forum n’a de sens que si elle se traduit par un impact réel sur le développement social, l’emploi et la réduction des inégalités.
Un modèle sans consistance sociétale : le cœur du problème
Depuis plus de deux décennies, l’économie marocaine affiche une croissance moyenne oscillant autour de 3 à 3,5%. Mais cette croissance reste largement déconnectée du progrès social. Les indicateurs macroéconomiques peuvent donner l’illusion d’une trajectoire maîtrisée, alors même que la productivité progresse lentement et que la valeur ajoutée se concentre dans des secteurs peu créateurs d’emplois. Le problème n’est donc ni conjoncturel ni accidentel : il est structurel. Le Maroc a fait le choix d’un modèle ouvert sur l’extérieur, mais sans consolidation suffisante de son socle social interne. Dans ce contexte, Davos n’est pas une vitrine flatteuse, mais un moment où l'on doit se rendre compte des limites du modèle économique national, tant la possibilité de faire un benchmarking est faisable, et tant aussi que la possibilité de tirer des enseignements de sa expérience propre, ainsi que des expériences des autres est tout à fait souhaitable dans ce genre d'occasion.
Intégration externe sans intégration sociale
L’intégration du Maroc dans l’économie mondiale est ancienne et profonde. Le pays a tissé plus de cinquante accords de libre-échange couvrant une part considérable du PIB mondial. Pourtant, cette ouverture n’a pas permis une montée en gamme significative de l’économie. Les exportations restent dominées par des segments à faible ou moyen contenu technologique, et l’investissement direct étranger, bien que régulier, produit un effet d’entraînement limité sur l’économie locale. Faute d’exigences contraignantes en matière de transfert de technologie, de recherche-développement et de contenu local, l’intégration marocaine demeure asymétrique : le pays s’insère dans les flux mondiaux sans peser réellement sur leurs règles. C’est là le paradoxe central de la présence marocaine à Davos.
Emploi : l’échec mesurable
Aucun discours sur l’attractivité ne peut masquer la réalité du marché du travail. Le taux de chômage dépasse les 13%, tandis que celui des jeunes avoisine des niveaux critiques, tout comme le chômage des diplômés. Le taux d’activité global reste faible, traduisant une exclusion massive d’une partie de la population en âge de travailler, en particulier les femmes et les jeunes. Ces chiffres révèlent une vérité politique simple : la croissance marocaine ne crée pas suffisamment d’emplois, et encore moins des emplois décents. Dans ces conditions, prétendre peser à Davos relève de l’illusion, car aucun pays ne gagne en influence mondiale avec une jeunesse durablement marginalisée.
Pauvreté et vulnérabilité : la bombe sociale silencieuse
Si la pauvreté monétaire recule officiellement, la vulnérabilité sociale, elle, s’étend. Une part importante de la population vit à la limite de la précarité, exposée au moindre choc économique ou sanitaire. Les inégalités demeurent élevées, comme le montre l'indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenu. Appliqué au Maroc, celui-ci a atteint 40% ces 2 dernières années, marquant une augmentation par rapport aux années précédentes où il oscillait entre 38,5% et 39,5%, reflétant un creusement des écarts.
Cette situation traduit l’échec des mécanismes de redistribution et l’inachèvement de l’État social. La croissance profite à certains segments, mais ne sécurise pas la majorité, ce qui fragilise la cohésion sociale et affaiblit toute prétention à une intégration équilibrée.
Santé : un risque financier pour les ménages
Dans les économies solides, la santé est considérée comme un investissement stratégique. Au Maroc, elle reste largement perçue comme une charge. Malgré les réformes annoncées, les ménages supportent encore une part importante des dépenses de santé, et les inégalités territoriales d’accès aux soins persistent. Tomber malade peut encore signifier basculer dans la précarité. Cette réalité contredit frontalement le discours tenu dans les forums internationaux sur la résilience, la durabilité et le capital humain, et affaiblit la crédibilité du modèle présenté à Davos.
Education : déficit de capital humain
L’économie mondiale contemporaine est une économie de la connaissance. Or, le système éducatif marocain peine à remplir cette fonction stratégique. Les évaluations internationales montrent des niveaux de maîtrise insuffisants en mathématiques, en sciences et en lecture. Cela signifie que le Maroc entre dans la mondialisation avec un capital humain faiblement compétitif. Un pays dont l’école publique est fragilisée ne négocie pas sa place dans les chaînes de valeur mondiales : il s’y adapte, souvent par le bas.
Logement : marché dynamique, injustice persistante
Le secteur du logement illustre parfaitement les dérives du modèle actuel. D’un côté, des millions de logements restent inoccupés ; de l’autre, un déficit réel persiste, notamment en milieu urbain, et les prix continuent d’augmenter plus vite que les revenus. Le retrait progressif du rôle régulateur de l'État a favorisé la spéculation au détriment de l’accès au logement. Celui-ci n’est plus pensé comme un droit social, mais comme un actif financier, accentuant la pression sur la classe moyenne.
Pourquoi le Maroc pèse peu à Davos
À Davos, l’influence d’un pays ne se mesure ni au nombre de rencontres ni à la qualité des présentations, mais à sa capacité à transformer la croissance en emplois, à protéger sa classe moyenne, à investir efficacement dans la santé et l’éducation, et à garantir la cohésion sociale. Sur ces critères, le Maroc demeure en position défensive. Le dogme dominant – le marché d’abord, le social ensuite – a montré ses limites. L’expérience internationale est claire : la justice sociale n’est pas le résultat automatique de la croissance, elle en est la condition.
De Davos à 2026 : l’heure du choix
L’influence internationale ne se construit pas dans les salons feutrés des sommets, mais dans l’école publique, l’hôpital public, un marché du travail inclusif et un logement accessible. Sans rupture avec l’orientation qui prévaut actuellement, la présence marocaine à Davos restera largement symbolique, tandis que la société continuera de payer le coût d’un modèle déséquilibré. À l’horizon 2026, le choix est clairement politique : changer de modèle économique et social, ou accepter la généralisation de la vulnérabilité. Il n’existe pas de voie intermédiaire.
Mohamed assouali
Membre du bureau politique de l’USFP
Secrétaire provincial du parti à Tétouan