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Si le Covid se fait plus ou moins discret, l’après-Covid se fait en revanche persistant


Hassan Bentaleb
Jeudi 18 Août 2022

Les jeunes, de par le monde, logés à la même enseigne ou presque

Si le Covid se fait plus ou moins discret, l’après-Covid se fait en revanche persistant
«Les séquelles de la crise du Covid-19 continuent d’obscurcir l’avenir des jeunes : affectation des perspectives d’emploi, perturbation de la scolarité et de la formation, baisse du niveau scolaire, impacts sur l’éducation à venir, difficulté d’atteindre de nombreuses cibles des objectifs de développement durable (ODD),… ». C’est ce qui ressort du récent rapport de l’OIT sur les tendances mondiales de l’emploi des jeunes 2022.

Perte d’emploi bien plus élevé
D’après ce document, entre 2019 et 2020, les 15 24 ans ont connu un pourcentage de perte d’emploi bien plus élevé que les adultes (entendus comme les personnes de 25 ans et plus). La hausse du chômage des jeunes a été évaluée à environ 4 millions de jeunes chômeurs supplémentaires en 2020, soit un déficit mondial de 8,2% par rapport à 2019, tandis que le déficit correspondant pour les adultes était inférieur de moins de la moitié. Beaucoup de ces jeunes sont sortis du marché du travail, ou n’ont tout simplement pas réussi à y entrer, et ce en raison de l’énorme difficulté à chercher et à conserver un emploi alors que des mesures de confinement et de restriction étaient imposées par de nombreux gouvernements et que les employeurs subissaient des pertes massives de revenu en raison des fermetures d’entreprises. « Par ailleurs, les fortes baisses du revenu familial et le recours des établissements scolaires à l’enseignement à distance ont rendu beaucoup plus difficile la poursuite des études et de la formation pour nombre de jeunes. Par conséquent, le nombre déjà élevé de jeunes sans emploi et ne suivant ni étude ni formation (NEET) a encore augmenté en 2020 », indique le rapport. Et de préciser : « Fait alarmant, le taux mondial de jeunes NEET a augmenté de 1,5 point en 2020 pour atteindre son niveau le plus élevé depuis au moins quinze ans. Les 282 millions de jeunes se trouvant dans cette situation en 2020 ont ainsi manqué un stade crucial de leur développement personnel et risquent de subir à l’avenir de graves désavantages sur le marché du travail ».

Effet «cicatrice»
En conséquence, le rapport de l’OIT soutient que « les jeunes qui perdent leur emploi ou qui ne parviennent pas à entrer sur le marché du travail sont particulièrement vulnérables à un effet «cicatrice», c’est à dire qu’ils risquent d’être pénalisés dans leur parcours professionnel ultérieur par rapport à leurs pairs, même lorsque les conditions macro-économiques s’amélioreront ». Ils peuvent, ajoute le document, finir par accepter un emploi pour lequel ils sont surqualifiés, ce qui risque de les piéger dans une trajectoire d’emploi marquée par l’informalité et les faibles salaires. « Comme on l’a vu lors des crises précédentes, les jeunes des pays à revenu élevé peuvent également être touchés par ce phénomène de cicatrice »,soulignent les rédacteurs dudit rapport. Ces derniers estiment que la crise du Covid 19 a non seulement affecté les perspectives d’emploi des jeunes, mais également perturbé la scolarité et la formation, tant qualitativement que quantitativement. « La fermeture généralisée des écoles a touché plus de 1,6 milliard d’apprenants. Une scolarité perturbée peut être la source d’importantes pertes d’apprentissage et mener à des inégalités aussi bien intergénérationnelles qu’intragénérationnelles. La fermeture des écoles en 2020 21 a eu des effets très différents sur les jeunes, que ce soit entre pays ou à l’intérieur d’un même pays, et ce en fonction de la capacité institutionnelle à organiser efficacement l’enseignement à distance ou encore du statut socioéconomique des familles, qui a grandement déterminé dans quelle mesure les élèves ont pu bénéficier de cet enseignement à distance », note ledit document. Et d’affirmer que « les jeunes femmes et les jeunes filles ont souvent été les premières à être exclues de la scolarité, et les dernières à y revenir, ce qui est susceptible d’aggraver les inégalités entre les sexes sur le marché du travail ». La perte des compétences de base en matière de lecture, d’écriture et de calcul, mais aussi dans d’autres disciplines, a un impact direct, souligne l’OIT, sur l’apprentissage futur des élèves, et donc sur leur préparation à la vie et au travail.« Outre les pertes d’apprentissage à même de perturber l’ensemble de la trajectoire scolaire, les fermetures d’écoles qui se sont succédé dans le monde entier en 2020 21 ont provoqué des effets néfastes importants sur la nutrition et la santé. Les baisses du niveau scolaire dans le primaire et le secondaire pourraient compromettre la poursuite future d’études supérieures. On pourrait ainsi dire que la crise du Covid 19 a non seulement fait baisser le niveau scolaire en raison de son impact direct sur les écoles, mais également en termes d’impacts sur l’éducation à venir, en particulier dans les pays les plus pauvres », constate le document.

Des ODD difficiles à atteindre
Sur un autre registre, le rapport révèle que « la crise a rendu encore plus difficile la perspective d’atteindre de nombreuses cibles des objectifs de développement durable (ODD). Les inégalités, qu’elles soient nationales ou transnationales, peuvent augmenter en raison des effets hétérogènes directs et à long terme de la crise sur les jeunes de divers pays et de différents milieux socioéconomiques». A ce propos, les experts de l’OIT estiment que «des mesures politiques énergiques s’avèrent nécessaires pour s’attaquer à ces impacts négatifs, permettre aux jeunes d’obtenir l’éducation dont ils ont besoin, et faciliter leur entrée sur le marché du travail dans ce contexte difficile ». Pour ces experts, ce sont en particulier les secteurs économiques «verts», «bleus», du numérique, de la création et des soins et services aux personnes qui offrent aux jeunes le meilleur potentiel d’emplois décents tout en contribuant à des ODD essentiels, tels que les objectifs no 5 («Égalité entre les sexes»), no 8 («Travail décent et croissance économique»), no 9 («Industrie, innovation et infrastructure»), no 13 («Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques») et no 14 («Vie aquatique»).


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