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Salaheddine El Manouzi : La semaine du Maroc à Amiens est toujours un moment de promotion des actions de coopération que nous menons entre les deux rives




Salaheddine El Manouzi, président de l’Association des Deux Rives. C’est une association qui organise depuis 10 ans la semaine marocaine à Amiens, au nord de Paris, ainsi qu’au Maroc dans la région de Driouch.  Son président évoque l’édition 2019 de cette manifestation et les défis posés par l’immigration au Maroc et en Europe.

Libé : Chaque année, vous organisez la semaine du Maroc à Amiens. Quelle est la particularité de l’édition de cette année ?
Salaheddine  El Manouzi : Chaque édition se différencie par le thème choisi. Cette année, le fil conducteur est la thématique de l’éducation solidaire. La Semaine est toujours un moment de promotion des actions de coopération que nous menons entre les deux rives, et également un temps qui nous permet de sensibiliser nos partenaires et l’opinion publique sur un champ d’actions pour le développement des relations entre la France et le Maroc. Notre intérêt pour les questions de l’éducation est motivé par le fait que, aujourd’hui, 124 millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés, et plus de 250 millions d’enfants et d’adolescents bien qu’ils aient fréquenté les bancs de l’école ne maîtrisent pas  les savoirs de base. Aussi, un des temps forts dans la programmation de la 9ème édition est le Festival des droits de l’enfant, que nous avons placé sous le signe de la célébration du 30ème anniversaire de la Convention des droits de l’enfant. Ce festival a été précédé par un concours de dessin, qui a permis de mener des actions de sensibilisation dans les écoles et les centres de loisirs sur le thème de la semaine, et de mettre en valeur l’école et le partage des savoirs. 50 enfants ont été récompensés. Pour la remise des lots aux lauréats, des sportifs marocains de haut niveau ont été associés à l’évènement, marqué aussi par la participation de Saida Jawad, la cinéaste franco-marocaine, en tant que marraine du festival.
Vous avez clôturé la Semaine du Maroc à Amiens par une journée d’échanges et de réflexion sur le thème «Demain le Maroc, quel modèle de développement » pourquoi ce choix ?
Pour la simple raison que l’éducation est le facteur clé du développement humain d’un pays. On ne peut pas parler des défaillances du système éducatif sans se poser la question du modèle de développement. C’est le même questionnement qui fait débat  au Maroc depuis un an. Dans ce cadre, nous estimons que la contribution des Marocains du monde, de par leurs compétences, leur expertise dans différents domaines et leurs expériences dans la conception et la gestion des politiques publiques à différents niveaux, sera d’une grande valeur ajoutée pour enrichir ce débat national.
Une journée entière a été consacrée à cette réflexion sur le Maroc de demain.  La diversité des profils des participants, des élus, des universitaires et des acteurs associatifs venus de différents pays européens et du Maroc,  a permis de croiser les approches sur le diagnostic et le développement local, les défis posés par la gestion rationnelle des ressources, les opportunités offertes par les nouveaux secteurs d’activité, tels que les énergies renouvelables et le numérique, les questions de la bonne gouvernance, l’évolution des réalités migratoires, la place de l’art… Des contributions qui ont traduit l’attachement des Marocains du monde au développement de leur pays, avec des propositions concrètes pour un nouveau développement culturel, économique, politique et social. 
Parmi les recommandations de ce séminaire, la nécessité de la mise en œuvre d’une justice territoriale fondée sur l’approche participative,  la promotion d’une nouvelle politique migratoire basée sur le principe de la mobilité dynamique et  l’apport des migrants subsahariens dans la création des richesses, le développement d’un cadre institutionnel en matière de protection, de gestion et de valorisation des écosystèmes marins et forestiers, une vraie industrie culturelle dotée de moyens humains et financiers adéquats.
 Quel est le bilan des projets de coopération que mène votre Association dans la région du Rif, et particulièrement dans la province de Driouch?
Actuellement, nous avons pu enclencher 3 projets de coopération solidaire dans le domaine de l’accès à l’eau potable. Le premier concerne la commune rurale d’Icharkyen, et il est dans sa phase finale. Il va permettre à 300 personnes de bénéficier de l’eau potable et d’offrir la possibilité à des dizaines d’élèves de suivre leur scolarité dans des conditions normales. Les habitants de la commune d’Issoumar vont bénéficier du 2ème projet, dont les travaux vont bientôt démarrer. Le troisième projet a lieu dans la province de Kénitra. En amont du démarrage de ces projets, un travail de sensibilisation est mené en direction des habitants et des acteurs associatifs sur les questions d’hygiène, d’environnement et de préservation des ressources. La démarche participative est privilégiée. Pour chaque projet, une association des habitants est constituée pour assurer la pérennisation de l’action,  la gestion et la maintenance des installations.
Le choix de la province de Driouch est dicté par notre volonté de départ, qui est partagée avec la municipalité d’Amiens, d’orienter nos actions de coopération vers les provinces d’origine des Marocains d’Amiens pour s’assurer de leur implication et également pour un impact direct. La majorité des Marocains d’Amiens sont originaires de la province de Driouch. Dans ce cadre, le soutien financier d’Amiens Métropole a permis un effet de levier pour la mobilisation d’autres institutions françaises, notamment l’agence de l’eau Artois Picardie. Le Conseil provincial de Driouch a contribué aussi au financement de ces projets. Je dois souligner le rôle déterminant de l’Association Asticude, notre partenaire local, dans cette dynamique des deux Rives, sur le plan culturel et de la coopération solidaire.
Nos deux structures associatives, Asticude et les deux Rives, portent une expérience inédite de promotion du Maroc et de ses intérêts en France et au Maroc. La Semaine du Maroc se déroule toujours en deux temps, un premier temps à Amiens et un second dans les provinces de Driouch et Nador, avec des échanges culturels, des animations locales et des réunions du comité de pilotage des projets de coopération.
L’immigration occupe une  place centrale dans les discours politiques et les stratégies géopolitiques à l’échelon mondial. Quel regard portez-vous sur ces évolutions ? 
L’immigration fait partie de l’histoire de l’humanité. Nos ancêtres ont migré et évolué dans des environnements parfois hostiles. Ils ont souvent bougé avec l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie, d’échapper à des situations de guerre, ou pour des raisons politiques. Ces mouvements de populations influent sur la proportion des migrants d’un pays à l’autre. Aussi dans certaines Etats, les migrants représentent la moitié de la population, et dans d’autres le pourcentage est insignifiant.  Le phénomène migratoire ne concerne globalement, selon les statistiques de l’ONU, que 3,40% de la population mondiale.
Ces réalités démystifient les discours populistes et identitaires, qui ne cessent de matraquer l’opinion publique sur les dangers de l’invasion migratoire et de la menace musulmane. Heureusement que ces discours, malgré la montée des forces d’extrême droite, ont un  impact limité. En effet, une récente étude publiée le 1 avril 2019 par le réseau Europa, et menée dans 14 pays représentant 80% des sièges du Parlement européen, montre qu’à peine 14% des sondés considèrent l’immigration comme la menace principale pour l’Union européenne et 23% la cite parmi les deux questions les plus importantes auxquelles leur pays serait confronté.
Et quelles répercussions pour le Maroc ?
Le Maroc est directement concerné par ces évolutions, du fait qu’il se retrouve aujourd’hui au carrefour de ces mouvements migratoires. Un pays avec une importante communauté installée à l’étranger, plus de 6 millions ; un pays d’accueil pour des milliers de personnes et un espace incontournable de transit pour ceux qui sont à la recherche de l’eldorado européen. L’Etat marocain a dû faire face aux pesanteurs de ces évolutions. 
En 2015, et au plus fort de la crise qui a secoué les pays du pourtour méditerranéen, on a estimé le nombre de personnes qui sont arrivées illégalement en Europe en empruntant différentes voies, dont un passage par le Maroc, à plus de 1.800.000. Cette forte pression était un défi. Elle révèle toute une histoire, avec ses tragédies, ses zones de passe-droit, mais également des atouts et des facettes positives pour le vivre-ensemble et le développement du pays.
 

Propos recueillis par Youssef Lahlali
Lundi 27 Mai 2019

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