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Saïd Taghmaoui en veut à Mathieu Kassovitz pour s’être approprié leur oeuvre collective

“La haine au centre d’ une polémique”


Saïd Taghmaoui en veut à Mathieu Kassovitz pour s’être approprié leur oeuvre collective
Quelques mois après l’avoir fait à l’encontre de Vincent Cassel, Saïd Taghmaoui s'en prend aujourd'hui à Mathieu Kassovitz. Invité dans l'émission «Oui Hustle» sur YouTube, l'une des têtes d’affiche de «La Haine» est revenu sur la fabrication du film culte et a expliqué en vouloir énormément au réalisateur, notamment pour la façon dont ce dernier s'est totalement approprié une œuvre collective.

L'acteur pointe du doigt un manque de reconnaissance de son travail et de sa contribution dans le scénario. Il explique que le scénario original a été grandement modifié par lui-même, basé sur sa propre expérience et sa vie à l'époque. «Le film parle d'un sujet que je connais particulièrement bien, en tout cas beaucoup plus que Mathieu, que Vincent et encore plus qu'Hubert à l'époque, puisque je suis le truc. Je vois les erreurs et quand ça sonne juste, puisque moi c'est ma réalité»,  explique-t-il. Et d’ajouter : «je réagissais alors au fur et à mesure, je réécris les dialogues, les textes et les situations, c'est un apport considérable en réalité, parce que les dialogues les plus cultes ou les plus mémorables, ils sortent de ma vie, de mon quartier, de ma réalité. [...] Tu aurais quand même nous créditer, sur les dialogues, on a quand même écrit la moitié. Les dialogues qui ont du sens, ils viennent pas de toi, ils viennent de mon quartier».

Une indignation qui résulte d’un événement en particulier. En 2020, «La Haine» fêtait son 25ème anniversaire. À cette occasion, une exposition sur le long-métrage s’était installée au Palais de Tokyo de Paris. «Ils n’ont ni invité Hubert (Koundé, ndlr), ni moi. Je ne sais pas pour Vincent, on n’a pas de contact avec lui» s’est offusqué le comédien encore proche d’Hubert Koundé.

Mais ce n’est pas tout. Pour l’acteur franco-marocain, «La Haine» est «le fond de commerce» de Mathieu Kassovitz. Selon lui, le réalisateur engrange encore de grands bénéfices grâce à la fiction, mais refuserait d'en faire profiter ses stars. «Tu fêtes les 25 ans mais tu veux tout garder pour toi (…) Ils ont ressorti le film en 4K, donc il y a une nouvelle exploitation du film avec, j’imagine, plein de bénéfices. On n’a pas touché un euro ! Ce n’était pas très bien intentionné, très maladroitement fait (…) c’est une mascarade !», souligne Said Taghmaoui. Aujourd’hui, il dit garder un «bon souvenir» du tournage mais n’en démord pas : «Je crois qu’il n’y a que Mathieu Kassovitz qui gagne de l’argent» n’a-t-il cessé de marteler.
 
Samy Naceri également dans le viseur

Dans cet entretien, le natif d'Aulnay-sous-Bois, en France,  affirmait également avoir lancé la carrière de Samy Naceri dans «Frères : la roulette rouge». Une exposition que ce dernier ne lui aurait pas renvoyé, précisait Saïd Taghmaoui : « Samy, effectivement, après, il a explosé avec Taxi (…) Et il n’a jamais renvoyé la balle, et il aurait pu le faire quinze fois». Une déclaration loin de plaire au principal intéressé.

Admettre que son « premier vrai gros rôle » était avec lui n'est pas un problème mais hors de question de lui attribuer sa réussite: «Je n’ai pas attendu après lui pour faire du cinéma. La personne qui m’a présenté à Olivier Dahan, c’est Bruno Delahaye, qui est directeur de casting depuis 35 ans, qui fait aujourd’hui des castings pour TF1, France 2», a déclaré Samy Naceri dans un entretien accordé à nos confrères de Télé Loisirs. «Saïd Taghmaoui n’a rien à voir du tout dans cette histoire. Je ne vois pas pourquoi il s’approprie le fait de m’avoir mis le pied à l’étrier», a-t-il précisé
 
Une autobiographie pour raviver l’espoir des jeunes maghrébins de France

Celui qui a su se construire une belle carrière à Hollywood et enchaîne les rôles avec des films qui ont une résonance internationale, comme «Wonder Woman» (2017), «Les Rois du désert» (1999), ou encore «John Wick Parabellum» (2019), a récemment  publié son autobiographie «De la haine à Hollywood», aux éditions Cherche-Midi.

L’acteur franco-marocain naturalisé américain depuis 2008 y revient sur sa carrière ponctuée par plusieurs difficultés et retrace, sans gêne, son passage d’un jeune de banlieue à la vie rêvée des stars de cinéma. «C’est une autobiographie que j’ai mis quatre ans à écrire. Il y a plein d’artistes et d’acteurs qui racontent leur vie de façon édulcorée, un peu à l’eau de rose. Moi, ce n’est pas une success story, c’est plus une introspection, proche d’une psychanalyse», explique Said Taghmaoui dans un entretien accordé à Franceinfo.

«Ça a été très, très douloureux, très délicat et je suis encore un peu fragile et un peu fébrile par rapport à tout cela. Mais on commence à voir la lumière au bout du tunnel. Ça a vraiment été une aventure complexe», ajoute-t-il. L’idée derrière ce livre qui constitue un vrai message d’espoir,«c’est c’est de partager les expériences», souligne l’acteur franco-marocain. Et d’ajouter : «l’émigration est quelque chose de compliqué et j’ai essayé d’aborder les choses à travers moi en étant le cobaye de ma propre vie, puisque c’est mon œuvre. J’espère que ça va parler à plein de gens, et pas qu’à la communauté maghrébine, mais à toutes les personnes, toutes catégories confondues, parce que c’est avant tout une histoire humaine».

Celui qui dit ne pas avoir de bons souvenirs d’enfance explique dans cet entretien réalisé par Élodie Suigo que la boxe a été son vrai mode d’expression. «La boxe, c’est un relais de l’éducation, littéralement, dit-il. C’est peut-être la pire et la meilleure chose qui me soit arrivée parce que c’est très dur, très douloureux. Et puis, il y a aussi une forme d’autodestruction là-dedans, c’est-à-dire que tu y vas et plus tu prends des coups, plus tu en donnes. Tu t’aperçois que la douleur est réelle. Elle est tellement réelle que tu as besoin de te faire mal pour exister, alors tu te fais mal pour te rappeler que tu es vivant».

Concernant sa relation tendue avec Olivier Dahan, l’homme qui lui a permis d’accomplir ses premiers pas au cinéma avec «Frères: La Roulette rouge»(1994), Said Taghmaoui affirme que ce dernier lui a quand même asséné un coup très dur qui lui reste encore aujourd’hui à travers la gorge. «C’était très violent parce que j’étais conscient que j’étais jeune Arabe en France et que c’était compliqué, que beaucoup avaient essayé avant moi et n’avaient pas réussi pour des raisons pas très lumineuses», explique-t-il.

«Donc j’ai très vite compris que la seule façon de faire ce métier correctement c’était d’appartenir à une famille cinématographique. D’où cette volonté dès le début, très tôt, de m’attacher à des metteurs en scène et faire partie de leur famille, c’est-à-dire vivre avec eux, changer les couches de leurs enfants et Olivier Dahan fait partie de ces gens à qui j’ai dédié ma vie à un moment donné», précise-t-il. Et d’expliquer :«Et qu’est-ce qui va se passer? La personne la plus intime, la famille absolue te trahit comme le dernier des traîtres. Quand j’ai fini d’écrire ce passage, la première chose que j’ai faite c’est de l’envoyer à Olivier et il m’a dit : “Oui, tout est vrai, j’ai été le plus grand des connards”».

C’est à ce moment que l’acteur dit avoir pris conscience de sa condition d’Arabe et de ses conséquences sur sa vie d’acteur. «Je savais que ça me pendait au nez, mais tant que tu ne le vis pas, tu te dis que tu passes entre les mailles du filet jusqu’au jour où ça arrive. Et c’est longtemps après que j’ai réfléchi et me suis demandé pourquoi Vincent avait deux nominations, pour le même boulot, fait de la même façon. Et tu t’expliques cela par la famille. C’est là que je sais ce que je deviendrai ou pas», raconte-t-il. Abordant son parcours à Hollywood, l’artiste révèle qu’il est très heureux d’être dans cette position parce que «tout le monde pense que pour réussir, il faut faire des rôles principaux», dit-il. «Quand tu es acteur à mon niveau, t’as qu’une seule envie, c’est de travailler. Alors, ça ne s’est pas fait en une nuit, la position que j’ai là-bas est très difficile à obtenir. Ça reste un miracle parce que je ne parle pas leur langue, je n’y suis pas né. Je suis un immigré !», conclut l’acteur qui s’est toujours montré fier de ses origines marocaines.

Mehdi Ouassat

Libé
Jeudi 7 Octobre 2021

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