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Russie-Ukraine : La position du Maroc est équilibrée et conforme aux principes de l'intégrité territoriale des pays et du non-recours à la force


Libé
Dimanche 6 Mars 2022

Russie-Ukraine : La position du Maroc est équilibrée et conforme aux principes de l'intégrité territoriale des pays et du non-recours à la force
La position du Maroc à l'égard du conflit russo-ukrainien est équilibrée. Elle est favorable à l'intégrité territoriale des Etats membres de l’ONU et s'en tient au principe de non-recours à la force pour régler les différends internationaux, a écrit Abdelhamid Jmahri, directeur de publication du quotidien "Al Ittihad Al Ichtiraki".

Dans un éditorial paru ce samedi, Jmahri souligne que le Maroc, depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, a fait preuve de temporisation, sans rester silencieux, la diplomatie marocaine ayant donné sa lecture du conflit à trois reprises.

Et de rappeler que, dans un premier temps, "le ministère des Affaires étrangères a publié, juste après le déclenchement de la guerre, un communiqué marqué du seau de l'équilibre entre une position de principe à l’égard de tous et l’intérêt propre, dont il est responsable à l'égard de soi, dans une pondération subtile et délicate en faveur de l'intégrité territoriale des pays membres de l'ONU, du principe de non-recours à la force pour régler les différends et de toutes les initiatives visant à promouvoir la résolution pacifique des différends".

L’éditorialiste a noté que le Maroc a décidé par la suite de ne pas assister à l'Assemblée générale des Nations unies, lors du vote d’une résolution à laquelle la Russie avait auparavant opposé son veto au Conseil de sécurité, après des amendements.

Il a ajouté à ce propos que "le recours à l'Assemblée générale mérite réflexion, avant d’interpréter la présence ou l'absence à la réunion, parce qu’il s’agit d’une approche rare dans les annales de l'instance internationale qui visait à contourner le veto russe, sans pouvoir imposer une décision".

Dans un troisième pas, poursuit l'auteur de l’éditorial, le Maroc a fait part d’une position pour donner sens à sa non-participation à l'Assemblée générale soulignant, que l’absence du Royaume "ne saurait faire l’objet d’aucune interprétation par rapport à sa position de principe concernant la situation entre la Fédération de Russie et l’Ukraine".

Ainsi, explique-t-il, "nous ne pouvons aucunement morceler la position marocaine et choisir ce que nous voulons selon nos propres caprices, nos humeurs ou nos intentions, au détriment d’un pays à la diplomatie séculaire".

Pour Jmahri, il ne faut pas oublier que la position du Maroc est encadrée par une doctrine diplomatique, qu'il pratique envers luimême, à savoir la résolution pacifique des différends, qu'il s'agisse des différends qui placent son territoire entre les tenailles d'intérêts adverses, ou envers les autres, à travers ses contributions à des solutions pacifiques aux conflits au Maghreb, en Afrique ou encore au Moyen-Orient. Les positions du Maroc sont encadrées aussi par un choix stratégique de diversifier ses partenariats avec la Russie, la Chine et d'autres puissances, qui ont leur mot à dire aujourd'hui et demain et avec lesquelles il traite d'égal à égal, attendant de ces puissances qu’elles partagent avec lui leurs décisions liées à ce choix stratégique.

Dans ce sillage, l’éditorialiste rappelle le sommet du Golfe de 2016 (Maroc-Pays du Golfe à Ryad), où ses orientations étaient limpides, puis le sommet Union Européenne Union Africaine, où Sa Majesté le Roi a souligné que "la vraie richesse du partenariat (…) n’est pas de réunir 81 pays ; c’est de les engager résolument vers la paix, la stabilité et la prospérité partagée".

Il a noté que le Maroc n'ignorait pas qu'une partie du pari européen derrière ce sommet était la concurrence de la Chine dans des domaines où le Maroc et son partenaire chinois avaient franchi d'importantes étapes, telles la bio-santé, les vaccinations et d'autres priorités.

Le Maroc, a-t-il relevé, n'a pas sacrifié une alliance au profit d'une autre, dans la mesure où ses démarches étaient équilibrées dans un domaine marqué par d'intenses rivalités et belligérances M. Jmahri a précisé que l'équilibre et la morale des conventions internationales sont les deux principaux éléments qui fondent toute position, ajoutant que du point de vue du Maroc, cette réalité est le point d'équilibre entre deux logiques contradictoires : celle de "qui est avec moi et qui est contre moi" et celle de "qui est avec l'autre et qui est contre lui".

Le Maroc n'a pas à être embarrassé du fait qu'il a choisi une position qui sert ce principe et sert aussi ses intérêts. Le Royaume, a-t-il enchainé, n'est pas tenu d'entrer dans un débat pour expliquer le vote, comme certains l'entendent, mais l’exprime en harmonie avec sa doctrine qui veut que le Royaume soit compris aussi bien par ses ennemis que par ses amis.

Selon l’éditorialiste, le Maroc a l'habitude d’être clair avec des blocs internationaux et des puissances mondiales, quand il choisit ou quand ses intérêts le lui imposent, comme c'est le cas de l’Union européenne, théâtre actuellement d’une guerre entre la Russie et l’Ukraine.

"Que vous ayez des alliés occidentaux qui mènent la guerre contre la Russie et vous décidez de ne pas cautionner ce qu’ils proposent pour la planète et ses habitants, c'est aussi du courage, ou du moins un rare cachet diplomatique. L'audace ne consiste pas non plus à lever la main avec une minorité d'opposants, dont certains sont vos propres ennemis", a-t-il martelé.

Le courage, a-t-il poursuivi, "c'est d'être en harmonie avec soi-même, et que les personnes concernées comprennent que vous dites, par l’absence, que vous avez un intérêt et des principes, et qu'il n'y a pas d'avenir pour une polarisation imposée".

D'autre part, le journaliste a noté que le Maroc contribuera aux efforts humanitaires de la communauté internationale, afin de faire face aux répercussions de ce conflit. Il s’agit là d’un choix fait au milieu de la tempête et qui détermine le vrai sens de cette position. 

Abdelhamid Jmahri
Abdelhamid Jmahri
Le Maroc proclame que sa position est positive. Il s'agit d'une forme active d’assumer la responsabilité, l'absence étant un message politique à un moment de bouleversement majeur des équilibres internationaux, et non une fuite devant la responsabilité.

M. Jmahri a conclu qu'il faut faire le distingo entre la non-participation et l'abstention, car bien qu'elles puissent suggérer le même sens, la non-participation et l'abstention sont deux concepts distincts et ne mènent pas au même résultat, d'autant plus que le règlement intérieur de l’AG de l’ONU stipule que "les membres qui s'abstiennent de voter sont considérés comme non votants".


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