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Régis Debray : Fin de la graphosphère ou fin de l’ère des croyances !

Les livres, désormais, ne peuvent plus changer le monde





Régis Debray : Fin de la graphosphère ou fin de l’ère des croyances !
«Je ne renie rien, je ne me désavoue pas…». Voilà un homme qui assume pleinement ses choix … Bien plus, il pense, sans le moindre doute, que ses «meilleurs moments ont été les moments de croyance»… semble dire le grand voyageur ! Régis Debray, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est revenu ces derniers temps sur son long parcours dans la pensée comme dans la vie. Le contexte prétexte n’est autre que la sortie de son dernier livre «Bilan d’une faillite» (Gallimard 2018) qui se décline comme une réponse à son fils qui lui a demandé quel chemin prendre !
La faillite qu’il invoque est d’essence transformationnelle : la fin de la graphosphère et le terminus d’un périple de grandes croyances. «Il ne s’agit pas de moi, il s’agit d’une période qui a tourné la page de la page et veut de l’image». Du haut de ses 76 ans, le médiologue, puisque désormais il parle principalement sous cette casquette, avoue appartenir à un temps révolu, à une période en extinction, qui est celle où il y avait une promesse crédible … un temps où il y avait une autre ingénierie du symbolique… le temps de la graphosphère. Lui qui sait bien les méfaits des temps de la communication par rapport au temps de la transmission s'est quand même livré à un exercice de promotion à son nouveau livre où il entreprend un retour profond et réfléchi sur nombre de questions actuelles.
Il évoque ainsi la faillite d’un projet où les protagonistes étaient en relation étroite avec le monde du livre généralement. Parcourant Gide, Sartre, Zola et même Mao, le bibliothécaire, Régis Debray se rappelle le temps où l’influence passait par l’écrit, la réflexion, le débat, la délibération ou encore l’argumentation…
 «Je constate que les mots ont perdu leur charge active, et aujourd’hui il faut être vu, c'est-à-dire passer par un tout autre canal… qui vous force très vite à devenir un «show man» … j’ai vécu dans un monde où ce qui était possible ne l’est plus», souligne-t-il dans un entretien accordé au site électronique « Médias».
Les livres, désormais, ne peuvent plus changer le monde. Une conviction, bien ancrée, qui pousse Debray à cogiter sur son avenir dans le contexte actuel. «Pour qu’il change le monde, il faut que de ce livre naissent une série, un film ; il faut qu’il soit illustré, et que l’auteur de l’ouvrage soit présent sur les réseaux sociaux et comptabilise des centaines de milliers de vues»… pas moins que cela… Le bilan est tangible et il n’y pas l’ombre d’un doute sur le devenir d’un médium ayant pour longtemps constitué la référence de tout acte public.
L’ingénierie de la pensée axée hier sur le texte écrit, imprimé et diffusé, change d’objet puisque même si ce monde continue d’exister, mais il fait dans un monde dominé par les chiffres et l’économie… fait remarquer le "compagnero" du Che.
Et d’ajouter qu’en 1964, il avait écrit un texte sur le castrisme, qui tombe par hasard entre les mains du Che à Alger et une fois à la Havane, le texte attire l’attention des dirigeants cubains ! Mais aujourd’hui, «si vous donnez une revue à un dirigeant politique, ça l’amuse et se tourne vers son directeur de com pour lui dire est-ce qu’on a la «couv de ParisMatch » !»…
Et pour conclure son long et important conseil à son fils, Régis Debray lui conseille de «croire en quelque chose et non seulement d’accumuler des connaissances». Voilà en bref ce qu’il est advenu d’un monde que beaucoup pensaient changer … ce n'est que partie remise, pense-t-il.

Mustapha Elouizi
Mercredi 30 Mai 2018

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