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Regards croisés sur l'après Covid-19

Le Maroc appelé à renforcer davantage ses relations avec les pays africains et l'Union européenne




Débat à la Fondation Lafqui Titouani entre une pléiade d'experts

Le Maroc de l’après Covid-19 a été le thème d’un débat organisé jeudi par la Fondation Lafqui Titouani en présence de Moussaoui Ajlaoui (chercheur au Centre d'études pour l'Afrique et le Moyen-Orient), Larbi Jaidi (économiste et membre de la Commission spéciale chargée de l’élaboration du nouveau modèle de développement), Driss Azami El Idrissi (membre dirigeant du PJD) et Driss Bensaid (professeur de sociologie à l’Université Mohammed V à Rabat).
Pour Larbi Jaidi, il y a deux sources de financement de l’économie : la politique financière et la politique monétaire. Pour dépasser les effets négatifs sur son économie, le Maroc a donc besoin « d’une politique de régulation et d’orientation fondée sur une finance publique forte et audacieuse et sur une politique monétaire équilibrée ».
S’agissant de la problématique de l'informel, il a souligné qu’il n’y a pas de critères pour bien définir les catégories sociales travaillant dans ce secteur, leurs activités, etc. Cela permettra, selon lui, de trouver des solutions à cette problématique et de l'intégrer dans l’économie formelle.
Il a, par ailleurs, plaidé pour un modèle de développement inclusif, c’est-à-dire "un modèle qui créerait des postes d’emploi essentiellement pour les jeunes, un modèle qui réduirait les disparités sociales et spatiales, un modèle qui réaliserait le développement et garantirait les droits économiques et sociaux fondamentaux".
Dans son intervention, Moussaoui Ajlaoui a, pour sa part, souligné que la crise sanitaire du Covid-19 qui a frappé de plein fouet l’humanité tout entière pourrait avoir des conséquences sur les relations internationales, soulignant que le Maroc devrait revoir sa stratégie sur le plan international en renforçant ses relations avec les pays africains et avec l’UE, ce qui devrait faire l’équilibre entre deux blocs : les Etats-Unis ,d’une part, et le bloc asiatique qui pourrait voir le jour en cas d’alliance entre la Chine, la Russie, le Japon et la Corée du Sud, d’autre part.
Concernant le Grand Maghreb, Moussaoui Ajlaoui s’est montré pessimiste quant à une redynamisation de cette organisation régionale paralysée depuis des années. Selon lui, l’Algérie est plongée depuis plus d’une année dans une crise sociale, politique couplée à une crise économique (la baisse du prix du pétrole) et à la crise sanitaire actuelle. La Libye, quant à elle, est devenue une proie pour des forces régionales et internationales.
Pour sa part, Driss Azami El Idrissi a mis en avant le fait que la crise sanitaire du Covid-19 a permis la rationalisation du discours des acteurs politiques, car « nous étions tous en face d’un ennemi commun et imprévisible », soulignant qu’il faut considérer que la gestion des effets de cette épidémie nécessiterait que tous les acteurs du champ politique considèrent  la reconstruction du Maroc de l’après Covid-19 comme un problème commun nécessitant un effort commun, c’est-à-dire que la coalition gouvernementale propose des plans et des stratégies pour la relance économique et les partis de l’opposition assument leurs fonctions de critique et de proposition.
Pour lui, le projet de budget rectificatif est une nécessité impérieuse dans la situation actuelle, car la loi de Finances est théoriquement basée sur des prévisions, des principes et indicateurs que la crise sanitaire a rendus caducs.
En plus, le projet de loi de Finances rectificative est nécessaire pour donner un cadre légal à certaines mesures prises par le gouvernement durant cette crise et qui n’étaient pas inscrites dans la loi des Finances comme celles  prises en faveur des entreprises en détresse (report de l’impôt sur les sociétés par exemple).
Cette loi permettrait également au gouvernement de mettre en place un plan de relance de l’économie nationale fortement impactée par la crise sanitaire.
L’analyse de Driss Bensaid a porté ,quant à elle, sur les effets de la crise du Covid-19 sur la société marocaine.
Selon lui, cette crise a mis à nu quelques dysfonctionnements et maux de la société marocaine. Elle a montré  que « la société n’est pas structurée (importance du secteur informel) » et qu’il y a un gap entre « les groupes sociaux » (le sociologue évite d’utiliser le terme classes) et chaque groupe a son  propre mode de vie et de pensée, ce qui  conduit inévitablement à la diversité des référentiels, des valeurs et des stratégies.
Il a, par ailleurs, affirmé que la crise sanitaire a montré l'existence d'une solidarité nationale –qui est un point positif- et a réhabilité le rôle de l’Etat qui a été jusqu’à récemment remis en question.
La pandémie a montré également que « nous avons intégré une nouvelle ère et une nouvelle société » surtout au niveau de la communication virtuelle.
La preuve en est cette conférence organisée par la Fondation Lafqui Titouani dont la modération a été assurée par Boubker Lafqui Titouani avec la participation du journaliste Abdelhak Belachguar.

Mourad Tabet
Samedi 23 Mai 2020

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