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Rafles sur Alger


Migrants réguliers ou irréguliers et autres réfugiés expulsés en pleine nuit sans autre forme de procès



“Aidez- nous s'il vous plaît, nous avons peur. Ce qui se passe aujourd’hui  en Algérie est déplorable voire catastrophique. Le pire, c’est que personne n'en parle ». Tel est le cri de détresse que nous a lancé  Alpha, migrant irrégulier guinéen. « Les forces de police nous réveillent en plein sommeil pour nous rapatrier chez-nous. Non pas via des vols directs vers nos pays mais plutôt en nous lâchant en plein milieu du désert du Niger. Deux de mes amis se sont brisé les jambes après avoir sauté du deuxième étage d’un immeuble en construction pour fuir les policiers venus les arrêter. Aujourd’hui,  ils vivent dans la peur d’être appréhendés et rapatriés ».
En effet, la chasse aux migrants subsahariens  a repris de plus belle. Des centaines de migrants maliens, nigériens et guinéens  ont été interpellés à Alger avant d’être reconduits vers Tamanrasset, à 2.000 km au sud de la capitale algérienne et expulsés vers la frontière avec le Niger. Des réfugiés sous mandat du HCR, et aussi des personnes en situation régulière se trouvent parmi eux. 
Vendredi dernier, un convoi d'une dizaine de bus, escorté par les forces de sécurité algérienne, avait  fait route en direction de Tamanrasset, dans l'extrême-sud du pays, selon le site d’information de RFI qui a pu entrer en contact avec plusieurs migrants alors qu'ils se trouvaient à bord de ces véhicules.  
« Effectivement,  la chasse aux migrants a été relancée il y a près de 10 jours.  Pas plus tard que jeudi dernier, 300 à 350 Subsahariens ont été arrêtés et  embarqués de force dans des autocars avant d’être conduits vers Tamanrasset.  Il s’agit d’expulsions illégales menées sans  décision administrative et sans jugement du tribunal et elles ne concernent que les Africains, quelles qu’en soient la nationalité ou la situation administrative. A notre connaissance, ces arrestations touchent uniquement la capitale », nous a indiqué Fouad Hassam, chargé du dossier migration au Syndicat SNAPAP/CGATA (Confédération  générale autonome des travailleurs en Algérie).  Et de poursuivre : « Le pire, c’est la manière avec laquelle ces expulsions sont menées et qui est totalement en contradiction avec les dispositions de la loi 08-11. Les migrants sont refoulés sans assistance judiciaire, sans même passer par un tribunal et sans leur permettre de prendre leurs  affaires.  Ils sont souvent emmenés manu militari des rues algéroises à Agadez. C'est terrible et inhumain.». 
A ce propos, notre source nous a indiqué que ces expulsions massives sont interdites par les conventions et accords internationaux et par la charte des Déclarations des droits de l’Homme. Pis, elles sont aux antipodes de la politique étrangère du gouvernement algérien comme nous pouvons le constater à travers le rapport  remis par l'Algérie au Comité des travailleurs migrants (CMW) en janvier 2015. « Les expulsions massives et violentes sont à l’opposé des arguments présentés au Comité. Les rafles et les expulsions de migrants subsahariens sont contraires même aux lois nationales, sans parler des textes contraignants ratifiés par l’Algérie», nous a-t-elle affirmé. Dans ce sens, un communiqué de la CGATA publié récemment, a indiqué que ce syndicat compte saisir le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour enclencher le mécanisme des procédures spéciales. Le document en question a rappelé que le CMW des Nations unies a adressé au mois d’avril dernier, un questionnaire à l’Etat algérien relatif, entre autres, au commentaire de ce dernier sur l’information concernant l’expulsion collective de plusieurs centaines de migrants lors d’une opération de police qui s’est déroulée en décembre 2016. A noter que l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune,  a même annoncé devant le Parlement le lancement d’une opération de recensement des migrants dans l’objectif de leur délivrer “une carte de résidence qui leur ouvre le droit au travail ”. Selon des chiffres non-officiels, l’Algérie compte près de 100.000 migrants en provenance de l’Afrique noire issus majoritairement du Mali, du Niger et du Burkina Faso.  Plusieurs rapports d’ONG œuvrant dans le domaine de la défense des droits de l’Homme révèlent que ces migrants travaillent illégalement et sont très souvent sous-payés.  
Fouad Hassam estime dans ce sens que les expulsions des étrangers en cours sont des actes politiques, surtout qu’elles sont massives. «Lesdites arrestations s’inscrivent parfaitement dans la compagne médiatique de juillet 2017 au cours de laquelle l’actuel Premier ministre avait tenu des propos racistes sur les migrants originaires d'Afrique». Et de se demander : « Plusieurs zones d’ombre entourent cette politique de refoulement. Surtout que le donneur d'ordre en est resté caché. On ne sait même pas qui a pris la décision, le ministère de l'Intérieur ou celui des Affaires étrangère ». 
Est ce que ces refoulements en masse ont un rapport avec le contexte régional, à savoir les dernières actions menées par la France et l’Allemagne pour arrêter l’afflux de migrants subsahariens? « Non, je ne crois pas puisque ces expulsions ne concernent que les migrants installés à Alger.  Et ces derniers ne constituent pas un risque migratoire vers l'Europe.  Ce sont les migrants d’Oran et de Tlemcen qui représentent pareil risque », nous a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « Si l'Algérie avait voulu profiter des fonds européens, elle aurait créé des hotspots sur son territoire national ». 
Et qu’en est-il de l'opinion publique algérienne ? Cautionne-t-elle cette campagne ou pas? « Les expulsions se font en cachette et le départ des autocars se fait souvent la nuit, surtout le jeudi puisque le vendredi est un jour férié où il y a peu de circulation. Mais en règle générale, les Algériens sont opposés à ces agissements », a conclu Hassam Fouad. 


Hassan Bentaleb
Lundi 9 Octobre 2017

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