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Radioscopie d’un flux migratoire sans précédent




• Les tentatives se multiplient
tout en se faisant de moins
en moins concluantes

• Le pourcentage des mineurs
bat tous les records

• Le go fast, c’est facile
et ça rapporte gros


14.700 est le nombre de migrants en situation irrégulière arrivés en Espagne au premier semestre de 2018, soit le double de l’effectif enregistré durant la même période de l’année précédente.  Les Marocains, les Guinéens et les Maliens se classent en tête des nationalités arrivées en Espagne. Une tendance à la hausse qui n’a rien de nouveau mais qui s’observe depuis ces dernières années. C’est ce qui ressort d’un document de l’Agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes (Frontex).  
En fait, l’année 2017 a enregistré un record au niveau du nombre de migrants irréguliers détectés en Espagne jamais enregistré depuis 2009. Les migrants originaires de Côte d'Ivoire, de Guinée et de Gambie ont représenté le plus grand nombre d'arrivées. Les ressortissants marocains et algériens dont le nombre est en hausse depuis le milieu de 2017 ont constitué près de 40% du total. La plupart des migrants ayant emprunté cette route provenaient d'Afrique de l'Ouest. Les ressortissants africains représentaient près des deux tiers des migrants en situation irrégulière arrivés sur les côtes de l'UE.
Les experts de Frontex soutiennent que le contexte politique de protestation dans la région du Rif a ouvert la voie à de nouveaux départs en provenance de la côte ouest marocaine ainsi que l'utilisation récente de puissants bateaux à moteur (des go fast généralement impliqués dans la contrebande de cannabis), qui peuvent transporter un grand nombre de migrants en fort peu de temps. En outre, le démantèlement des camps de migrants de fortune au Maroc et en Algérie pourrait constituer un facteur d'incitation à la ruée des migrants vers l’Europe.
L’année 2016 a battu le record dépassant le total annuel de toutes les années précédentes. Ce record a été atteint malgré les activités de patrouille intenses et les entraves au départ des Marocains et des Algériens.  Les détections à la frontière maritime en provenance des côtes marocaines et algériennes ont augmenté pour atteindre plus de 8.000 en 2016. La plupart de ces détections ont été signalées autour du détroit de Gibraltar, où la majorité des migrants ont opté pour de dangereux petits canots pneumatiques en caoutchouc pour effectuer la traversée, certains équipés d'un petit moteur.
Sur les 9.444 détections effectuées sur la voie maritime et terrestre, 8.662 (92%) ont déclaré être des mineurs majoritairement masculins et issus du Maroc ou de l’Algérie.  Les enquêtes menées auprès de ces mineurs ont révélé qu’ils ont été envoyés par leurs familles pour gagner leur vie en Europe. En revanche, sur la route terrestre de la Méditerranée occidentale, le nombre de passages frontaliers irréguliers est tombé au minimum record de 47 détections seulement.
Pourtant, et malgré ces hausses, les chiffres du Frontex indiquent que les Etats membres, dont le Maroc, ont signalé une baisse du séjour illégal entre 2016 et 2017, la deuxième année consécutive où une diminution du nombre de séjours irréguliers a été enregistrée. Cette tendance reflétait la diminution du nombre de passages irréguliers aux frontières extérieures de l'UE.

Evolution du nombre des tentatives des passages irréguliers sur la route de la Méditerranée Occidentale.

Frontex reconnaît, en outre,  que le resserrement des contrôles aux frontières a eu pour conséquence la hausse des tarifs de passage qui ont atteint plus de 1.000 euro, soit le double du prix moyen qui avoisinait les 500 euros il y a une année. Les passeurs proposent différents moyens en fonction des capacités financières de leurs clients - certains incluent même plusieurs tentatives. Les passeurs proposent souvent des passages à bord de petits canots pneumatiques qui demeurent les moins chers, de canots pneumatiques plus grands, de bateaux pneumatiques à moteurs puissants, de  bateaux à moteur ou même de jet-skis. Ces derniers coûtent très cher. Il faut compter en moyenne 3.000 euros pour se rendre en Europe en 30 minutes environ. Habituellement, le passeur laisse le migrant sur le rivage puis revient rapidement sur la côte ouest africaine. Les Marocains choisissent généralement une option plus onéreuse, à savoir les bateaux pneumatiques équipés de puissants moteurs, capables d’effectuer rapidement la traversée vers l’Espagne et pouvant transporter de 30 à 60 migrants. Dans le détroit de Gibraltar, certains migrants subsahariens organisent eux-mêmes la traversée sur des canots pneumatiques en caoutchouc, le moyen de transport le moins cher et le plus dangereux utilisé sur cette voie. Certains se cachent même dans des ferries dans l’objectif d'atteindre l'Espagne. Dans cette partie de la mer Méditerranée, la traversée dépend fortement des conditions météorologiques. Les lieux de départ et les types de navires utilisés changent donc constamment.

Radioscopie d’un flux migratoire sans précédent


Hassan Bentaleb
Mercredi 10 Octobre 2018

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