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Rachid Taha Rock star made in France

L’homme était tout simplement un des plus grands chanteurs de rock en activité




On le savait diminuer depuis quelques années déjà. Mais il revenait toujours, parfois à bout de souffle, toujours fort en gueule, et on avait fini par le croire increvable : Rachid Taha, chanteur leader du légendaire Carte de Séjour dans les années 1980, notre rockeur arabe préféré, est mort dans la nuit du mardi 11 septembre 2018 d’une crise cardiaque, à l’âge indécent de 59 ans (il aurait eu 60 ans le 18 septembre prochain).
En juillet dernier, la rock star Robert Plant, qui fut le chanteur adulé du groupe Led Zeppelin, demandait encore des nouvelles de Rachid Taha. Le génial Brian Eno, qui a changé plusieurs fois la face de la musique populaire, comptait parmi ses plus grands admirateurs et amis. En Grande-Bretagne aussi, Rachid Taha était apprécié pour ses immenses qualités de musicien. Bien plus qu’en France et dans le Maghreb, où on ne savait pas très bien le situer.
Il pestait, à juste titre, lorsqu’on le plaçait dans la case raï, un style qu’il n’avait jamais pratiqué. Ce qui ne l’avait pas empêché de participer aux côtés de Cheb Khaled et de Faudel, au spectacle 1,2,3 Soleils, qui avait recueilli un triomphe à Bercy.
Né en Algérie, près d’Oran, et arrivé en France à 10 ans, il était encore ouvrier quand il se lança dans l’aventure Carte de Séjour. Incarnant la génération “beur”, le groupe participa notamment à la fameuse Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983. Une chanson illustra l’engagement qui caractérisa Taha jusqu’au bout. “Douce France” (1986), que le chanteur et compositeur français Charles Trénet créa en 1943 pour soutenir les expatriés de force durant la Seconde Guerre mondiale, Taha en fit l’hymne d’une jeunesse française métissée et tolérante.
Pour lutter contre les lois Pasqua visant à réguler l’immigration, Carte de Séjour alla jusqu’à distribuer ce single aux députés à l’Assemblée nationale. Cette chanson fut aussi celle des meetings de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1988.
En solo à partir de 1989, Taha, qui a grandi avec le punk et le rock, ne cessa par la suite de rester fidèle à son choix, tout en les infusant de musique orientale, comme avec sa reprise de “Rock the Casbah” (2004) du Clash. Auparavant, il renoua avec le succès avec “Voilà, voilà” en 1993, un titre fustigeant le retour de la montée des extrêmes dans la “Douce France”.
“Étranger, tu es la cause de nos problèmes/Moi je croyais qu’c’était fini/Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit”, chantait celui qui conserva sa “carte de séjour” jusqu’à la fin et s’en amusait dans son autobiographie “Rock la Casbah” (2008) en écrivant “Algérien pour toujours et Français tous les jours”.
Au rai, Taha donna une exposition hors du monde arabe avec sa reprise en 1997 d’une de ses chansons les plus populaires “Al Rayah”, immortalisée avant lui par Dahman El Harrachi. Un an plus tard, il remplissait la salle parisienne de Bercy avec Khaled et Faudel pour le spectacle “1,2,3 Soleils”. En 2016, Rachid Taha reçut une Victoire de la musique pour l’ensemble de sa carrière. Il s’apprêtait à sortir un nouvel album, dont le premier morceau devait s’intituler “Je suis africain”.
Artistes et hommes de culture ont salué la mémoire du défunt. “C’était un ami pour qui j’avais une grande et profonde affection. Rachid Taha était talentueux, original et généreux. C’était un artiste à la fois créatif et atypique. Il incarnait un idéal, une fraternité en actes, combative et militante. Il était l’esprit de cette France arc-en-ciel et tolérante”, a réagi l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang.
“Que de souvenirs professionnels: le succès de +Ya rayah+, le concert historique de 1, 2, 3 soleils et que de fêtes, de discussions et de rires jusqu’à la fin de la nuit ! Quelle tristesse ..! RIP l’ami”, a pour sa part écrit le producteur Pascal Nègre.
“Rachid Taha était un grand artiste, mon ami et mon frère, il sera dans mon coeur pour la vie”, a twitté le chanteur Axel Bauer.

A.A
Vendredi 14 Septembre 2018

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