Depuis le début des années 2020, et plus encore après les bouleversements économiques et géopolitiques liés à la pandémie, aux conflits armés et aux crises énergétiques, les grandes fortunes ont connu une croissance fulgurante. En 2025, la richesse des milliardaires a augmenté à un rythme trois fois supérieur à la moyenne des cinq années précédentes. Cette dynamique s’est accélérée dans un contexte de déréglementation économique, d’allègement fiscal pour les plus riches et d’affaiblissement des mécanismes de redistribution.
Aux Etats-Unis, l’élection de Donald Trump en 2024 a marqué un tournant emblématique. Les politiques favorables aux grandes entreprises et aux ultra-riches ont non seulement renforcé les inégalités internes, mais ont aussi eu des répercussions à l’échelle mondiale. L’exemple le plus frappant reste celui d’Elon Musk, devenu en 2025 la première personne à dépasser les 500 milliards de dollars de fortune personnelle.
L’enjeu n’est plus seulement économique, il est profondément politique. Les données internationales montrent une corrélation claire entre inégalités de richesse et érosion démocratique. Plus les écarts économiques se creusent, plus le pouvoir politique se concentre. Les milliardaires ne se contentent plus d’influencer les décisions publiques : ils financent des campagnes électorales, possèdent des médias, contrôlent des plateformes numériques et, dans de nombreux cas, accèdent directement aux plus hautes fonctions de l’Etat.
Aujourd’hui, les milliardaires ont des milliers de fois plus de chances d’occuper un poste politique qu’un citoyen ordinaire. Dans plusieurs pays, les gouvernements reflètent davantage les intérêts des élites économiques que ceux de la majorité de la population. Ce phénomène nourrit une crise de confiance profonde envers les institutions et alimente l’abstention électorale, le populisme et parfois l’autoritarisme.
Pendant que les fortunes explosent, la vie quotidienne devient de plus en plus difficile pour des milliards de personnes. Depuis 2020, la réduction de la pauvreté mondiale marque le pas, et dans certaines régions, notamment en Afrique, la pauvreté est de nouveau en hausse. L’inflation des prix alimentaires, la précarisation du travail et le recul des services publics frappent de plein fouet les classes populaires et moyennes.
Les femmes, les communautés racisées, les personnes en situation de handicap et les minorités sexuelles sont particulièrement touchées. Elles occupent majoritairement les emplois les plus précaires, assument l’essentiel du travail de soin non rémunéré et disposent de moins de ressources pour faire entendre leur voix dans l’espace public.
Face à la colère sociale provoquée par le coût de la vie et l’injustice fiscale, de nombreux gouvernements ont fait le choix de la répression plutôt que celui de la redistribution. Les manifestations contre l’austérité, la dette ou les hausses d’impôts ont souvent été accueillies par une violence policière accrue, des restrictions du droit de manifester et des atteintes à la liberté d’expression.
Dans ce contexte, les discours politiques tendent à désigner des boucs émissaires, notamment les migrant.es, accusé.es d’être responsables de la crise économique et sociale. Cette stratégie détourne l’attention de la véritable source des déséquilibres : l’extrême concentration des richesses et du pouvoir.
Pour Oxfam, la situation actuelle n’est pas une fatalité. Elle résulte de choix politiques précis, qui peuvent être remis en cause. L’organisation plaide pour une réduction radicale des inégalités économiques, à travers des systèmes fiscaux plus justes, une taxation effective des grandes fortunes, la régulation du lobbying et le renforcement de l’indépendance des médias.
Le rapport appelle également à bâtir le pouvoir politique du plus grand nombre. Une démocratie vivante suppose un espace civique protégé, des syndicats forts, une société civile active et des institutions capables de résister à l’influence démesurée de l’argent.
A travers le monde, des mouvements citoyens, des organisations syndicales et des collectifs locaux démontrent que la mobilisation peut porter ses fruits. Lorsque les populations s’organisent, votent, manifestent et exigent des comptes, elles peuvent contraindre les gouvernements à changer de cap.
Le choix est désormais clair : soit les sociétés acceptent le règne des ultra-riches et l’érosion progressive des libertés, soit elles s’engagent résolument en faveur de l’égalité, de la justice sociale et d’une démocratie réelle. Résister au pouvoir des milliardaires, c’est défendre la liberté de toutes et de tous.
H.T









