Faire de Tétouan un pôle attrayant : Volonté Royale que les politiques tardent à mettre en œuvre
Cet intérêt dont les citoyens de la ville se réjouissent devra, à lui seul, suffire pour inciter tout un chacun à retrousser les manches et à s'inscrire pleinement dans la mise en œuvre des programmes et des projets devant changer en profondeur le devenir de la ville et de sa région.
Cela implique un engagement sans faille des politiques et de l’ensemble des acteurs institutionnels et élus à traduire cette symbolique en projets structurants, en investissements durables et en décisions visibles.
Or, à Tétouan, cette symbolique est aujourd’hui instrumentalisée dans le discours mais neutralisée dans l’action. Le fossé entre l’attention Royale affichée et la faiblesse des réalisations concrètes révèle une défaillance grave : non pas un manque de vision au sommet de l’Etat, mais un défaut d’exécution politique aux niveaux gouvernemental, régional et local. A ce stade, l’inaction ne peut plus être excusée par la complexité administrative; elle devient une responsabilité politique assumée par ceux qui détiennent le pouvoir décisionnel.
Un poids démographique ignoré par les choix budgétaires
Inscrite au cœur de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Tétouan appartient à l’un des espaces les plus stratégiques du pays. Plus de 4 millions d’habitants à l’échelle régionale, 610.000 habitants au niveau provincial, un taux d’urbanisation dépassant 70%: tous les indicateurs plaident pour une ville appelée à jouer un rôle moteur.
Pourtant, ces données sont systématiquement ignorées dans la hiérarchisation des investissements publics. La planification territoriale actuelle fonctionne à rebours des réalités démographiques: elle concentre les projets là où ils sont déjà nombreux, et marginalise les villes qui auraient le plus besoin d’un effet de levier structurant. Ce déséquilibre n’est pas neutre : il produit de la frustration sociale, affaiblit la cohésion territoriale et mine la crédibilité du discours sur la régionalisation avancée.
Projets structurants: L’art de différer, ou comment gouverner sans décider
Le projet du complexe sportif de football à Tétouan est devenu le symbole d’une politique du report permanent. Annoncé en 2015, adossé à une inauguration Royale, doté d’une ambition claire (plus de 40.000 places), il n’a jamais franchi le seuil de la décision opérationnelle. Plus préoccupant encore: aucune solution intermédiaire n’a été envisagée, comme si l’objectif n’était plus de réaliser le projet, mais de gérer son attente.
Cette inertie est politiquement indéfendable alors que le Maroc vit l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations. Partout ailleurs, cette échéance a servi de catalyseur pour accélérer les chantiers, mobiliser les budgets et repositionner les villes concernées. A Tétouan, elle agit comme un révélateur cruel : celui d’un territoire laissé à l’écart, non par manque de potentiel, mais par défaillance de l’action de la majorité gouvernementale .
Le même schéma se répète pour la mobilité. L’autoroute Tanger–Tétouan et la liaison ferroviaire sont enfermées dans un cycle sans fin d’études et de promesses, malgré une distance inférieure à 60 km et une congestion quotidienne des axes existants. Ce blocage n’est plus technique : il est politique.
Loi de Finances 2026 : Le budget comme aveu
La loi de Finances 2026 vient lever toute ambiguïté. Aucune ligne budgétaire pour l’autoroute, aucune pour le rail, aucune pour le complexe sportif. Ce silence budgétaire vaut aveu politique. Il signifie que Tétouan n’est pas une priorité gouvernementale, malgré son statut, ses besoins et les discours répétés sur la justice territoriale.
Dans un Etat sérieux, le budget est l’acte politique par excellence. Lorsqu’un projet n’y figure pas, il est de facto relégué. Reporter systématiquement à 2027, puis à 2028, revient à organiser l’inaction tout en maintenant l’illusion de l’engagement.
Gouvernance, chômage et colère sociale : Le prix de l’inaction
Les conséquences sociales de cette non-décision sont lourdes. En 2024, le taux de chômage national atteint 13,3%, avec des niveaux nettement supérieurs chez les jeunes et les diplômés. A Tétouan, l’absence de projets structurants prive le territoire de moteurs d’emploi capables d’absorber cette pression sociale.
Ce vide économique nourrit l’émigration contrainte, la défiance vis-à-vis des institutions élues et un sentiment d’abandon territorial. Le plus inquiétant est que cette situation se produit alors même que les conseils élus locaux, provinciaux et régionaux appartiennent à la majorité gouvernementale. L’argument de l’opposition ou du blocage institutionnel ne tient donc pas. Il s’agit bien d’un échec interne de gouvernance, d’une incapacité à transformer le pouvoir politique en capacité d’agir.
Attente qui suscite interrogations et reddition des comptes
Tétouan n’a plus le luxe d’attendre. A l’approche de la Coupe du monde 2030, chaque report, chaque hésitation supplémentaire consacre un peu plus le risque d’une marginalisation durable de la ville et de sa province dans la dynamique nationale.
La question n’est désormais plus celle des intentions, mais bien celle de la responsabilité politique. Gouverner ne consiste pas à gérer le temps ou à ajourner les décisions, mais à assumer des choix clairs. Or, à Tétouan, toutes les conditions objectives sont réunies et agissent en véritable symbiose : des ressources financières mobilisables, un positionnement stratégique au nord du Royaume, un capital humain qualifié, un patrimoine culturel et historique exceptionnel, un potentiel touristique avéré, ainsi qu’un engagement réel et constant de l’Autorité territoriale.
Un seul maillon fait défaut : la volonté politique au sein des majorités dirigeant les institutions élues. En persistant dans l’indécision, celles-ci transforment un contexte favorable en occasion manquée. Ce refus de décider, alors que tous les atouts sont réunis, ne relève plus de la prudence mais d’une faute politique majeure, dont les citoyennes et les citoyens de Tétouan finiront inévitablement par demander des comptes.
Par Mohamed Assouali
Secrétaire provincial de l’USFP à Tétouan










