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Dans un communiqué, le Secrétariat national du secteur des pharmaciens ittihadis tire la sonnette d’alarme. Le ton est grave, la mise en garde sans ambiguïté. Les pharmaciens ittihadis affirment suivre «avec une vive inquiétude toutes les tentatives visant à reconfigurer le secteur pharmaceutique en dehors de toute logique de justice professionnelle et d’équilibre institutionnel, et sans une implication effective et responsable des instances professionnelles représentatives des pharmaciens ».
Derrière ces mots, une crainte claire se dessine. Celle de voir s’installer une réforme pensée loin du terrain, sans concertation réelle avec celles et ceux qui assurent, chaque jour, la continuité du service pharmaceutique. Dans un pays où la pharmacie de proximité demeure souvent le premier recours sanitaire, en particulier dans les zones rurales et semi-urbaines, marginaliser la profession revient à fragiliser l’un des piliers silencieux de la santé publique.
Le communiqué rappelle avec force une vérité que certains choix politiques semblent oublier. « Le pharmacien n’est pas un commerçant du médicament, mais un acteur de santé qui accomplit une noble mission sociale ». Cette phrase, traduite du texte original, condense toute la philosophie défendue par les pharmaciens ittihadis. Elle renvoie à une conception éthique du médicament, envisagé non comme une simple marchandise soumise aux lois de l’offre et de la demande, mais comme un bien essentiel, indissociable du droit fondamental à la santé.
Réduire le médicament à une logique de marché ouvert, de spéculation ou de concentration capitalistique serait, selon le communiqué, une dérive lourde de conséquences. Une telle orientation «frappe au cœur la philosophie du système de santé et vide la pharmacie de sa dimension humaine et préventive ». L’analyse mérite d’être prise au sérieux. La pharmacie marocaine ne se limite pas à un point de vente. Elle est un espace de conseil, de vigilance thérapeutique, d’orientation et de suivi. Elle est parfois le seul lieu où le patient peut poser ses questions, obtenir des explications sur son traitement, être alerté sur des interactions médicamenteuses ou sur une mauvaise observance.
En érigeant la dignité du pharmacien en principe non négociable, le Secrétariat national du secteur des pharmaciens ittihadis affirme qu’il en va directement du droit du citoyen à un service de santé sécurisé et accessible. La stabilité des petites et moyennes officines, souvent implantées au cœur des quartiers populaires ou dans des territoires enclavés, constitue un enjeu stratégique. Toute politique qui favoriserait la concentration du marché entre les mains de grands acteurs au détriment des pharmacies indépendantes risquerait d’accentuer les inégalités territoriales et de transformer le médicament en produit de rente.
Au-delà de la défense corporatiste que certains pourraient hâtivement invoquer, la position des pharmaciens ittihadis s’inscrit dans une vision plus large. Elle interroge la nature même de la réforme en cours. Peut-on prétendre moderniser le système de santé sans associer réellement les instances élues de la profession à la définition des règles du jeu? Peut-on parler de cohérence institutionnelle si les décisions sont prises de manière unilatérale? Pour le Secrétariat, toute réforme qui ne passe pas par une implication effective des organes représentatifs et qui ne garantit pas un véritable équilibre est «dépourvue de légitimité sociale».
La dimension politique de cette prise de position est assumée. Fidèle à son ancrage historique dans les luttes sociales et professionnelles, l’Union socialiste des forces populaires réaffirme qu’il restera la voix des pharmaciens au sein des institutions constitutionnelles. Il promet de porter leurs revendications au Parlement et dans tous les espaces du débat public, refusant de rester spectateur face à toute tentative d’affaiblissement de leur rôle dans le système de santé.
Ce positionnement s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté médicamenteuse nationale et sur la protection de la sécurité sanitaire des Marocains. A l’heure où les crises internationales ont révélé la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement et la dépendance excessive aux logiques de profit mondialisées, la question du contrôle, de la régulation et de l’équité dans l’accès au médicament prend une dimension stratégique.
La bataille engagée aujourd’hui par les pharmaciens ne saurait donc être réduite à une revendication sectorielle. Elle touche au cœur du modèle social que nous voulons pour notre pays. Souhaitons-nous un système où le médicament devient un produit comme un autre, soumis à la seule logique du rendement ? Ou un système où la pharmacie demeure une institution de proximité, insérée dans un réseau solidaire, garantissant à chaque citoyen un accompagnement responsable ?
En appelant à une mobilisation professionnelle et à une vigilance collective, le Secrétariat national du secteur des pharmaciens ittihadis lance un signal qui dépasse largement la profession. Il rappelle que la réforme de la santé ne peut être crédible que si elle est juste, concertée et ancrée dans l’intérêt général. A défaut, elle risque de creuser davantage la fracture entre les décideurs et les acteurs de terrain.
Mehdi Ouassat













