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Quand cette graine de folie éclot dans un terreau fertile de création, elle fait bien des fous-heureux





Dans cette envie inexpliquée d’expliquer le monde, une idée survient, se partage, se déploie, s’enrichit, s’affine et prend la valeur d’un mot, d’un seul. Cette année, le mot a été pris en grippe de la folie, un mot capricieux, susceptible de se distendre sur tous les domaines, et loin de s’exacerber, il a résolu la joie de plusieurs chercheurs soumis à leur appétence à délier les choses de la vie dans les firmaments de la pensée.
Cette année, et dans sa cinquième édition, la Faculté polydisciplinaire d’Errachidia a organisé un congrès international autour du thème : «La folie dans la philosophie, la littérature et les arts».
Pendant deux jours, la ville accueillait allègrement de nouvelles gens, venues du Maroc, du Maghreb, du Moyen-Orient, d’Europe, d’Amérique latine ; quatorze nations se rendaient au rendez-vous galant d’une folie de rencontres, de partages, de découvertes, de surprises… 
Chaque moment avait son droit d’exister dans une temporalité qui ne trompe pas, car elle sortait du prosaïsme du monde pour aller se loger dans la prospérité des textes lus et débattus. On sentait bien l’engouement des congressistes, ils étaient emportés doublement par le thème du congrès qui s’ouvrait à toutes les latitudes : intellectuelle, spirituelle, créatrice, théâtrale… et par l’instant de dire leur communication, car chacun avait délié un corpus pour y lire et ressortir le thème de la folie.
Parfois, et même souvent, la folie-mot échappait des papiers des intervenants pour se permettre des égarements jouissifs qui ne sortaient guère de l’esprit du mot. Nous étions fous de la bonne folie créatrice, cette folie au graine de folie qui avait une présence heureuse chez les Grecs, et même si elle est passée malencontreusement par la voie clinique, elle n’a pas perdu de sa qualité inhérente à l’homme qui lui rappelle sa fragilité et le rapproche de sa dimension humaine. 
Nous avons pendant deux jours, et ce par le truchement des communications, entrevu la possibilité de quitter les lignes bien tracées de la raison, pour donner d’autres attributs à la folie, en dehors du carcan clinique marqué surtout par la longue période étalée de 1800 à 1860 où de nouveaux médecins appelés aliénistes avaient construit la folie dans des asiles par un travail de terrain très rapproché. D’ailleurs, Michel Foucault dans son célèbre livre Histoire de la folie à l’âge classique, publié en 1961, avait dénoncé ces pratiques en insistant sur le fait que la folie s’est construite à travers une structure d’exclusion. Le fou tombait sous le pouvoir du discours clinique et des institutions. Foucault n’en démordait pas, pour lui, en rejetant le fou du plasma social, en le marginalisant, il caractérise et révèle cette partie exclue qui ne cache pas ce qu’est devenu l’homme : incapable de comprendre sa fragilité car pris sous le coup de boutoir d’une rationalité outrancière.
Penser le mot folie c’est se permettre d’investir son humanité, nous étions plusieurs à s’interroger sur la folie chez nombre de penseurs et écrivains depuis les Grecs jusqu’à aujourd’hui, et les mots qui revenaient le plus souvent étaient : folie créatrice, salvatrice, subterfuge, refuge, dionysiaque … cela explique bien que la littérature, la philosophie et les arts ont été les garants attestés d’une folie capable d’appréhender le monde dans ses dimensions physique et sensible.

Soumia Mejtia
Jeudi 28 Novembre 2019

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