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Quand José Guirao vient expliquer les enjeux de la politique culturelle espagnole au Maroc

“Visages, culture espagnole aujourd’hui” prévoit l’organisation d’une centaine de manifestations dans 12 villes du Royaume




José Guirao… un nom qui, pour le moins, ne serait pas connu pour la plus grande majorité des Marocains. Mais ce nom le rapprocherait plutôt du plus proche voisin ibérique : l’Espagne. Là-bas, tout le monde ou presque vous dirait que c’est le ministre de la Culture et des Sports dans le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez. Mais, désormais, son nom sera de plus en plus cité à la faveur des multiples activités en perspective au Maroc. Il compte, en effet, booster les relations culturelles maroco-espagnoles qui ne reflètent aucunement, jusqu’ici, l’aspiration des deux peuples à mieux se connaître et coexister, pour mieux se comprendre. On se demande qui pourrait donc mettre la lumière sur des siècles de vie commune, sur un patrimoine commun toujours révélateur, sur une mémoire commune avec ses hauts et ses bas, ainsi que sur un destin commun de deux voisins séparés par une dizaine de kilomètres et condamnés à penser ensemble l’avenir, sinon la culture.
Bien qu’insuffisante, l’action culturelle que mène José Guirao semble s’inscrire dans ces défis. Le ministre s’est rendu récemment au Maroc, pour la première fois, avec pour objectif déclaré : donner le coup d’envoi de plusieurs projets culturels dans différentes régions du Maroc. Une nécessité tant oubliée, reportée, marginalisée … eu égard à l’actualité dominée surtout par un quotidien marqué par l’impact de l’immigration, les malentendus politiques et évidemment par la constante réalité d’une occupation jamais assimilée des deux présides Sebta et Mellilia.
L’acte culturel aussi riche que diversifié pourrait, cependant, éclaircir les zones d’ombre de ces relations jamais totalement au beau fixe. La deuxième édition du programme culturel, “Visages, culture espagnole aujourd’hui”, lancé par José Guirao et son homologue marocain, Mohamed Laraj, à Rabat, prévoit l’organisation d’une centaine de manifestations artistiques et culturelles dans douze villes du Royaume.
Le projet est prometteur. Mais pour devenir réaliste, il faut surmonter un grand handicap majeur entravant la bonne mise en œuvre de ces programmes. C’est la langue espagnole au Maroc, qui reste quelque peu marginale au niveau de l’usage linguistique, par rapport au français et à l’anglais, prisés ces dernières années. Les Instituts culturels espagnols ne sont pas tellement sollicités pour l’apprentissage de la langue espagnole, à cause du climat général certes, mais aussi de la fonctionnalité de la langue elle-même (affaires, enseignement …). Cela est dû aussi à la capacité d’accueil de ces centres et aux prix imposés au public désireux d’apprendre la langue de Cervantès.
Le succès des programmes lancés dépend certainement de leurs impacts sur les usagers potentiels qui restent peu nombreux pour l’instant, ainsi que leur capacité à investir l’espace public.
De ce fait, les relations institutionnelles ne peuvent aucunement aller au-delà des déclarations de bonnes intentions. Et c’est là où, même important, l’accord conclu entre José Guirao et Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées (FNM) au sujet de la possibilité d’emprunter des œuvres d’arts de grands artistes espagnols modernes et de les exposer durant les deux prochaines années reste insuffisant.
Il faut donc aller plus en profondeur, à la faveur d’initiatives menées en partenariat avec la société civile, et du coup toucher le plus grand nombre de bénéficiaires. Entre-temps, une question taraude les esprits : ne doit-on pas penser également à une politique culturelle marocaine dédiée aux Espagnols ?

Mustapha Elouizi
Samedi 29 Septembre 2018

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