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Progrès notables dans certains cas et régression dans d’autres : La Guinée se démocratise et la Côte d’Ivoire faitun saut dans l’inconnu




Le processus de démocratisation et de pacification de l’Afrique de l’Ouest s’est poursuivi en 2010 avec des progrès notables dans plusieurs pays, mais la crise en Côte d’Ivoire et le trafic de cocaïne en provenance de l’Amérique Latine risquent de saper ces fragiles acquis.
La Guinée tourne la page de 26 ans de pouvoir militaire
Après 26 ans de pouvoir des militaires, la Guinée a ouvert une nouvelle page de son histoire avec l’organisation, sans grands dégâts, de l’élection présidentielle qui a pourtant déchainé toutes les passions et fait craindre une explosion de violences, susceptibles de rejaillir sur tous les autres pays de l’Afrique de l’Ouest.
Le premier tour s’est passé dans le calme et placé en tête l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo et l’opposant historique Alpha Condé.
Reporté à plusieurs reprises à cause des violences et de problèmes de préparatifs, le second tour consacre la victoire d’Alpha Condé.
La transition, ouverte après le décès du général Lansana Conté en décembre 2008 et la prise du pouvoir par les militaires, a pris fin le 21 décembre avec l’investiture du premier président démocratiquement élu.
Le chantier prioritaire du nouveau chef de l’Etat est de réconcilier un pays où les clivages communautaires ont été exacerbés par les affrontements meurtriers qui ont marqué la campagne pour l’élection présidentielle entre les peuls et les madinké, les grandes ethnies d’où sont originaires les deux candidats.
La mise en place d’un gouvernement d’union nationale, promise par le nouveau président, pourrait panser les blessures nées de cette élection et mettre sur les rails l’économie d’un pays, doté d’immenses ressources naturelles et minières mais qui reste très pauvre et où l’eau et l’électricité restent des produits de luxe.
La période de grâce risque d’être très courte pour Alpha Condé puisque les Guinéens ont beaucoup souffert et sont assoiffés de changement.
Côte d’Ivoire : une élection
qui tourne mal
Après plusieurs reports depuis 2005, l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire a finalement été programmée pour le 31 octobre avec l’espoir de mettre fin à une décennie de grave crise politico-militaire, née de la tentative de coup d’Etat contre le président Laurent Gbagbo en septembre 2002.
Depuis, la Côte d’Ivoire est divisée en deux : Le Nord contrôlé par les ex-rebelles des Forces Nouvelles (FN) du Premier ministre Guillaume Soro, et le Sud fidèle au président Gbagbo.
Un deuxième tour était nécessaire pour départager le président sortant Laurent Gbagbo et l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara.
Alors que le processus touchait à sa fin, la querelle sur le vote dans certaines régions du nord du pays est venue jeter le trouble avec des accusations de fraude formulées par le camp du président sortant.
La Commission nationale électorale proclame solennellement la victoire d’Alassane Ouattara, mais le Conseil constitutionnel, dirigé par un proche de son rival, annonce celle de Gbagbo et revoilà le pays avec deux présidents, qui ont chacun formé un gouvernement.
Certifiée par l’ONU, la victoire de l’ancien Premier ministre a été reconnue par quasiment toute la communauté internationale, mais son rival refuse de reconnaitre sa défaite et de céder le pouvoir.
Après les sanctions diplomatiques imposées par l’Union européenne et les Etats-Unis, qui ont interdit de visa Gbagbo et ses proches, et financières par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui ne reconnait plus la signature du président sortant, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), qui a déjà suspendu la Côte d’Ivoire, a fait augmenter la pression en menaçant de recourir à la force pour déloger le président sortant.
L’élection présidentielle, censée donc permettre à la Côte d’Ivoire de retrouver son unité et son rôle de locomotive de l’Afrique de l’Ouest, a replongé le pays dans la crise avec les risques d’une guerre civile déstabilisatrice pour tous les pays de la région.
La Cocaïne, une sérieuse menace pour la paix en Afrique de l’Ouest
L’Afrique de l’Ouest est devenue ces dernières années une plaque tournante pour le trafic de cocaïne d’Amérique latine vers l’Europe, avec de sérieuses menaces sur la paix et la stabilité dans la région.
Selon l’office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), 100 tonnes de cocaïne auraient transité par cette région en 2009. La découverte d’un avion dans le nord du Mali, abandonné par les trafiquants de drogue sud américains, et les importantes saisies de cocaïne en Guinée-Bissau, au Mali et au Sénégal ont tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur et le danger de ce trafic.
Face à l’intensification du contrôle dans les aéroports et ports en Europe, les puissants réseaux de trafic de drogue en Amérique Latine ont imaginé de nouveaux itinéraires pour faire acheminer la marchandise à bon port.
L’Afrique apparait comme le maillon faible en raison de la pauvreté ambiante et de sa position géographique entre l’Europe et l’Amérique Latine.
Selon le directeur exécutif de l’ONUDC, Yury Fedotov, l’Afrique de l’Ouest «risque de devenir un havre pour les terroristes si le problème du trafic de stupéfiants reste sans réponse», car l’argent de la drogue alimente les réseaux criminels et terroristes.
La prolifération du trafic de drogue hypothèque sérieusement les progrès démocratiques enregistrés ces dernières années en Afrique de l’Ouest et pose avec acuité le renforcement de l’aide internationale destinée à cette région pour lutter efficacement contre ce phénomène. 

MAP
Jeudi 30 Décembre 2010

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