Facebook
Rss
Twitter







Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Privés d'eau chaude chez eux, des Alépins optent pour le hammam


Libé
Vendredi 7 Janvier 2022

Si Mohammed attend son tour dans un hammam d'Alep, ce n'est pas le signe d'un retour à la mode des bains turcs en Syrie mais parce que c'est le seul moyen de pouvoir se laver avec de l'eau chaude.

Populaires depuis des centaines d'années au Levant, les hammams étaient des lieux de rencontres pour les habitants et les voyageurs désireux de se détendre et se laver dans une atmosphère chaleureuse.

Aujourd'hui, à cause des coupures de courant en Syrie, dont les infrastructures énergétiques ont été ravagées par dix ans de guerre, les bains publics sont de nouveaux prisés par les habitants des grandes villes souhaitant profiter d'eau chaude.

"A la maison, nous utilisons principalement l'électricité pour chauffer l'eau, mais le courant est coupé la plupart du temps", explique à l'AFP Mohammed Hariri, 31 ans, dans le hammam El-Qawwas, à Alep, dans le nord de la Syrie.

Le peu d'eau chaude dont il dispose suffit à peine à satisfaire les besoins des cinq membres de sa famille.

Mais dans les hammams, l'eau est chauffée en continu dans un grand réservoir grâce au bois ou au mazout.

"Ici, on prend notre temps pour se baigner, mais aussi pour manger, chanter et danser", confie l'homme qui a attendu son tour une demi-heure dans le hammam qui grouille de monde.

Ce bain public fait partie d'une cinquantaine de hammams de la vieille ville d'Alep, inscrite au patrimoine de l'Unesco. La plupart ont été endommagés pendant les violents affrontements entre forces du régime et insurgés que la deuxième ville du pays a connus entre 2012 et 2016.

Depuis, seuls dix hammams ont rouvert.

Sous une coupole en pierres dans le hammam, Omar Radwane, le fils du gérant, jette un oeil sur la liste des réservations pour les jours suivants.

"Nous avons rouvert le hammam en 2017 après la fin des combats à Alep, mais on n'aurait jamais imaginé une telle affluence", dit-il.

Les rationnements de courant peuvent atteindre près de 20 heures par jour dans certaines zones du pays tenues par le régime, en raison du manque de fioul et de gaz pour faire fonctionner ses centrales.

Le conflit en Syrie, qui a débuté en 2011, a ravagé les réseaux d'électricité et les infrastructures gazières et pétrolières à travers le pays. Le régime de Bachar al-Assad a par ailleurs perdu le contrôle des principaux champs pétroliers tandis que les sanctions occidentales empêchent les importations d'hydrocarbures de l'étranger.

Jalal el-Helou, 53 ans, est un habitué du hammam El-Qawwas. "Je viens ici au moins une fois par mois pour purifier mon corps et me détendre", déclare ce père de trois enfants. Chez lui, il ne peut se laver que rapidement à l'eau tiède ou froide ou alors la chauffer avec le bois disponible, en l'absence de carburant.

Le brouhaha s'intensifie dans le hammam à mesure qu'affluent les clients drapés de leur serviette. Près d'une fontaine en marbre, certains se changent avant un massage et un bain chaud.

Après le bain, ils boivent un thé et parfois même dînent sur des airs de chants traditionnels alépins.

"Autrefois, le hammam était un lieu de loisir, mais aujourd'hui c'est devenu une nécessité au moins une ou deux fois par mois", explique à l'AFP Nader Meshleh, fonctionnaire de 58 ans.

Ce père de six enfants a attendu longtemps son tour pour entrer dans la salle chaude. "Ma dernière douche remonte à deux semaines parce que les enfants ont la priorité" à la maison, dit l'homme, en fumant son narguilé près de la fontaine.



Lu 419 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.
br

Dans la même rubrique :
< >

Lundi 24 Janvier 2022 - 12:15 Un député offre son salaire par tirage au sort

Dossiers du weekend | Actualité | Spécial élections | Les cancres de la campagne | Libé + Eté | Spécial Eté | Rétrospective 2010 | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif | RETROSPECTIVE 2020 | RETROSPECTIVE ECO 2020 | RETROSPECTIVE USFP 2020 | RETROSPECTIVE SPORT 2020 | RETROSPECTIVE CULTURE 2020 | RETROSPECTIVE SOCIETE 2020 | RETROSPECTIVE MONDE 2020





Flux RSS