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Pour un impact plutôt palliatif: Les transferts des MRE bravent le Covid

L’accroissement des envois dépend cependant de la politique de reprise prônée par les pays émetteurs de fonds



Crise ou pas, les transferts d’argent des Marocains résidant à l’étranger (MRE) se sont poursuivis de plus belle. Mieux, ces transferts ont augmenté comme c’est le cas pour l’ensemble de la région de l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. En effet, le volume des transferts vers ces régions a augmenté de 2,3% en 2020, soit 56 milliards de dollars — une évolution à imputer essentiellement à la solidité des transferts vers l’Egypte (+11%), le Maroc (+6,5%) et dans une moindre mesure, la Tunisie (+2,5 %). Des pays comme Djibouti, le Liban, l’Irak et la Jordanie ont connu une dynamique inverse. En 2021, les remises migratoires vers la région devraient progresser de 2,6 %, à la faveur d’une reprise modeste dans la zone euro, a indiqué la nouvelle édition de Migrations et développement, du Partenariat mondial pour la connaissance sur les migrations et le développement (Knomad, groupe Banque mondiale). Comment peut-on expliquer cette résistance des envois de fonds malgré le contexte de crise liée à la Covid-19 ? Les rédacteurs dudit document expliquent cette situation par « les mesures de soutien à l’économie des pays d’accueil, qui ont permis de soutenir l’activité et les revenus des migrants ». Ainsi que « la généralisation des transactions par voie numérique plutôt qu’en liquide, ainsi que le recours accru aux canaux formels. De même que les fluctuations des prix du pétrole et des taux de change ». Ils précisent, cependant, que « le volume réel des transferts, formels et informels reste probablement supérieur aux données officielles, bien que l’impact de la pandémie sur les flux informels soit difficile à apprécier ». Pourtant, Hicham Attouch, professeur d’économie à l’Université Mohammed V-Rabat, estime que les envois d’argent des MRE exigent certaines précisions. D’abord au niveau des sources de ces transferts. « Il s’agit bien d’un transfert de l’épargne et d’autres transferts (transferts de retrait,…) et non pas celui classique, à savoir le transfert des revenus. Les MRE ont épuisé dans leurs comptes bancaires pour envoyer des fonds à leurs familles au Maroc », nous at-il expliqué. Au niveau des motivations sous-tendant ces envoies, notre interlocuteur estime que le contexte de méfiance et de panique lié à la pandémie de Covid-19, a beaucoup joué dans le maintien des transferts. « Les ressortissants marocains comme le cas pour d’autres migrants ont été pris de panique vu l’instabilité économique des pays de résidence et la hausse du taux de chômage. A ne pas oublier que certains transferts ont été opérés par solidarité comme en attestent les envois accordés par les MRE au Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du coronavirus», a-t-il observé. Ces transferts demeurent-ils importants pour l’économie nationale ? « Aujourd’hui, ils jouent le rôle d’un palliatif conjoncturel notamment au niveau de l’équilibre de la balance de paiement. En effet, ces envois améliorent les réserves de la banque centrale puisqu’ils sont en devises et cela aide à équilibrer les pertes en devises issus du secteur du tourisme », nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : « Concernant leur impact sur les efforts déployés pour réduire les effets néfastes de la crise liée à la Covid-19, nous sommes loin du compte puisqu’il s’agit de simples transferts et non pas de véritables investissements ou transferts en capital ». Ces transferts vont-ils se poursuivre dans les années à venir ? « Tout dépend de la conjecture économique dans les pays de résidence des MRE. Il faut noter, toutefois, que 2020 reste une année exceptionnelle», a noté Hicham Attouch. Et d’expliquer : « Si la crise perdure dans les pays émetteurs des fonds, le problème des transferts sera posé. En effet, les fonds sont envoyés en majorité par des individus en activité et si la reprise économique n’est pas au rendez-vous en Europe où il y a une grande concentration des Marocains du monde, la situation risque de s’empirer. En d’autres termes, nous sommes à la merci des politiques de reprise des pays partenaires pour les transferts des MRE comme le cas pour les IDE, mais, rien n’est sûr dans un contexte où le jeu du nationalisme est de retour ». A noter que la nouvelle édition de Migrations et développement a révélé que « les envois de fonds officiellement enregistrés vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 540 milliards de dollars en 2020 », soit un recul de 1,6 % en un an. Pourtant, ce repli est moins net que lors de la crise financière de 2009, où la baisse des remises migratoires avait atteint 4,8 %. De plus, le fléchissement est nettement moins brutal que pour d’autres indicateurs comme celui des IDE (Investissements directs étrangers) qui a chuté de 30% (hors Chine). D’ailleurs, le montant des «remises migratoires» a, l’an dernier, dépassé celui des IDE (259 milliards $) et celui de l’aide publique au développement (179 milliards). Selon le rapport, les envois de fonds de la diaspora représentent pas moins de 10,5% du PIB du Sénégal, 5,9% de celui du Togo, 5,6% de celui du Mali et 5,3% pour le PIB de la Tunisie. Le «record» étant détenu par le Lesotho, qui dépend des envois de fonds à hauteur de 20,6% de son PIB. 

Hassan Bentaleb
Mercredi 26 Mai 2021

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