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Parole aux artistes : Réalisateur et critique Abdelilah Eljaouhari


Pour une industrie cinématographique au service des valeurs artistiques 2/2




Il est très important d’ouvrir grandes les portes de la contribution aux artistes, en leur permettant de s’exprimer sur des questions d’ordre public ! Leur regard est certes singulier et leur manière d’évaluer est libérée des apriori, en général, ce qui donne à leurs propos une valeur essentielle à la critique publique.
Avec le réalisateur Abdelilah Eljaouhari, il y a toujours certains dépassements des lignes de démarcation. Il évoque ces jeunes qui ont appris le cinéma aux cinéclubs d’abord, à travers les magazines critiques, puis par le practice du visionnement/critique, pour enfin arriver à se mettre derrière la caméra et se voir juger de la part des autres ! Le plus important, c’est qu’il s’agit d’une présence à part… le parcours d’Eljaouhari ne ressemble à aucun autre des profils de réalisateurs marocains… Tant mieux donc ! Entretien. 

L’industrialisation de la culture sert-elle vraiment l’action artistique, ou au contraire, la réduit-elle à une marchandise consommable et éphémère ? 
L’industrie culturelle consciente de son potentiel et de ses rôles dans la consécration du développement régional créatif contribue grandement au triomphe des arts porteurs de valeurs d’amour, de tolérance et du beau. L’industrie culturelle n’est pas automatiquement synonyme d’esprit mercantiliste comme c’est le cas dans d’autres domaines. Dans le domaine artistique, l’industrie culturelle serait plutôt un signe d’organisation et de bonne gouvernance, à même d’ériger l’action artistique publique en action créative et rentable, laquelle rentabilité devrait plutôt servir les milieux artistiques et culturels. 
Cela dit, il n’est pas acceptable non plus d’ouvrir les portes du domaine artistique à tous les vents, notamment pour ces mercantilistes dont le seul souci est l’appât du gain, abstraction faite des aspects artistiques. C’est ce qui incite les créateurs à vouloir s’unir et défendre leurs intérêts… en faisant triompher les valeurs culturelles et artistiques avant toute chose. Bref, oui à une industrie culturelle qui prône des valeurs artistiques et favorise les retombées culturelles. 
De quelle nature est votre présence sur les réseaux sociaux  (personnelle, professionnelle, les deux …) ? 
Ma présence se décline entre le personnel et le professionnel. Je saisis cette belle opportunité pour communiquer avec les nouveaux univers sociaux, prendre connaissance des nouveautés artistiques, culturelles et publiques, et en même temps je profite de leur rayonnement pour publier mes articles, promouvoir mes films et mettre en avant mon parcours artistique. En dépit de leurs inconvénients, notamment le grand danger de diffusion de discours populistes et même de fausses informations, les réseaux sociaux sont aussi et surtout un champ de communication avec l’Autre et un espace de découvertes des cultures et productions artistiques des autres créateurs… bref, c’est un mal nécessaire ! 
Quel est votre dernier travail artistique ? 
Je peux m’estimer chanceux dans ce sens, étant donné ma forte présence dans le milieu artistique marocain, à travers la couverture médiatique des différentes activités cinématographiques dans notre pays, à travers l’émission «Chachat» (Ecrans) que je prépare  pour la chaîne Al Oula,  et qui est diffusée chaque mardi. 
Je suis également chanceux puisque j’ai pu préserver un certain équilibre en matière de création artistique, avec la production d’un film tous les deux ans. Après «Clic déclic» (court’) réalisé en 2011 et «La danseuse» (documentaire) (2013), «Eau et sang» (2014), «Rahaa bent Lmellah», un documentaire réalisé en 2016, ainsi que mon premier long-métrage «Walwaltou rrouh»  sorti en 2018, je prépare  à sortir un autre long-métrage pour 2019 «Hala Madrid Visca Barça».
Mais avant tout vous êtes un critique ? 
Effectivement, je travaille en parallèle sur un autre chantier : la publication de mes articles écrits sur le cinéma et la littérature pour les éditer en deux ouvrages séparés. Le premier sera  sous forme de témoignages brossant, des portraits de différentes figures du cinéma marocain, et le second portera sur le roman d’expression arabe. 
Comment réagissez-vous aux questions de l’opinion publique ? 
Personnellement, je suis pour toutes les causes sociales, puisqu’avant d’être artiste, je suis fils du peuple.  J’aime mon pays et je défends les nobles valeurs : le droit à la vie, le vivre-ensemble et le droit à la paix et la sécurité. Cela ne peut se réaliser sans démocratie et liberté.
Mon interactivité avec la société marocaine ne se traduit pas par des slogans et des discours creux. L’artiste s’engage sur deux fronts. Le premier est d’être  corps et âme aux côtés du peuple et au cœur de ses combats sociaux et politiques légitimes. Le second exprime les préoccupations du peuple à travers un art authentique. L’artiste se doit de refléter  les problèmes de la société mais il doit reconstruire les faits pour décliner une réalité revue et revisitée de manière artistique avec un nouveau regard… le regard poétique de l’artiste.
 

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Lundi 28 Mai 2018

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