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Opérationnalisation du caractère officiel de l’amazigh: Un défi à relever


Mourad Tabet
Jeudi 28 Juillet 2022

Opérationnalisation du caractère officiel de l’amazigh:  Un défi à relever
Abderrahim Chahid : L’USFP est l' un des fervents défenseurs des revendications du mouvement amazigh pour la consolidation de la culture et de la langue amazighes dans leurs différentes dimensions

L’USFP a toujours fait siennes la défense et la promotion de la langue et l'identité de la culture amazighe. La table ronde organisée par le Groupe socialiste à la Chambre des représentants, en partenariat avec le Réseau amazigh pour la citoyenneté Azetta Amazigh, mardi dernier au siège du Parlement, sur la question amazighe conforte cette inébranlable conviction. « L'USFP, en tant qu'acteur historique et démocratique dans la vie politique et culturelle, a été l'un des initiateurs du débat public sur la promotion de la culture nationale, l'intégration institutionnelle de l’amazigh et la gestion rationnelle de la diversité culturelle et linguistique. Il a également été l'un des fervents défenseurs des revendications du mouvement amazigh liées à la consolidation de la culture et de la langue amazighes dans leurs différentes dimensions : politique, économique, sociale et culturelle », a tenu d’emblée à préciser Abderrahim Chahid dans son intervention au nom du Groupe socialiste lors de la séance d’ouverture de cette table ronde modérée par la députée ittihadie Malika Zakhnini. Et le président du Groupe socialiste d’ajouter : « Nous, en tant que socio-démocrates, étions et sommes toujours partisans de l'approche participative pour mettre en place les différents mécanismes législatifs, organisationnels et institutionnels nécessaires afin de renforcer la place de l’amazigh dans notre société. Cela nous pousse à mettre toujours en garde contre le relâchement et la perte du temps politique et public dans la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles ayant trait à l'amazigh pour établir la justice linguistique et culturelle et adopter des politiques publiques à même d’établir l'égalité entre l'amazigh et l'arabe dans la vie institutionnelle et les divers services publics ». La Constitution de 2011 a constitué une avancée de grande taille dans l’officialisation de la langue amazighe en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. Mais depuis, le processus de mise en œuvre des dispositions constitutionnelles concernant la question amazighe piétine. «Malheureusement, depuis 2011, nous n'avons pas été en mesure d'accélérer le processus de mise en œuvre du caractère amazigh et de consolider les acquis obtenus sur les plans des droits humains et de la culture en raison de la montée du courant conservateur, réactionnaire et sclérosé. Malheureusement, nous n'avons pas encore été en mesure d’élaborer une politique stratégique intégrée à même de placer la culture et la langue amazighes dans le cadre institutionnel approprié ». Pour le député socialiste « il est nécessaire de rompre définitivement avec les pratiques antérieures dans l'approche de la question amazighe, et d'adopter une nouvelle méthodologie basée sur la préservation des droits humains et culturels, et l'accélération du processus de mise en œuvre du caractère officiel de l'amazigh. Cela ne se fera qu'à travers une structure législative intégrée et un cadre institutionnel en mesure d'apporter le changement souhaité ». Par ailleurs, Abderrahim Chahid a souligné que le Groupe socialiste sera toujours ouvert aux composantes de la société civile dans les différents dossiers nationaux, notamment le renforcement de la place de l'amazigh dans la vie publique, la défense des droits politiques et culturels et le choix démocratique moderniste, et l’accompagnement des diverses initiatives prises par le mouvement amazigh dans ce sens. Pour sa part, Malika AlZakhnini, membre du Groupe socialiste, a souligné que la question linguistique « n'est pas un slogan électoral que l'on brandit pour s’attirer la sympathie de certaines composantes de la société, mais nous la considérons plutôt comme la quintessence de la sécurité sociétale et un prélude au développement qui ne peut pas être négligé ». Et d’ajouter : « Nous n'avons d'autre choix en tant que société que d'être une société moderniste, solidaire, qui accueille toutes ses composantes, et il n'y a pas d'autre choix que de mettre en œuvre les dispositions constitutionnelles ayant trait à la question linguistique, ce qui nécessite de prendre les mesures nécessaires, dont notamment la révision du cadre législatif relatif aux langues, et la promotion des deux langues officielles (arabe et amazigh), en accélérant la mise en place du Conseil national des langues et de la culture marocaine ». Youssef Laarej, président du Réseau amazigh pour la citoyenneté, Azetta Amazigh, a, quant à lui, tiré à boulets rouges sur le gouvernement, tout en dénonçant « la poursuite du recul et des tergiversations dans la mise en œuvre de l’article 5 de la Constitution et de la loi organique n° 26-16 fixant les étapes de la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe ». Et le même intervenant de marteler que «malgré toutes les bonnes initiatives prises en faveur de l’amazigh, le gouvernement se dérobe à appliquer tous les engagements gouvernementaux antérieurs, et manque de clarté dans ses orientations ». Il a également critiqué «les atermoiements du gouvernement dans la mise en place du plan gouvernemental de mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh, ainsi que le retard dans la mise en place du Conseil national des langues et de la culture marocaine ». Lors de la deuxième séance de cette table ronde, Mohammed Almou, avocat au barreau de Rabat, a axé son intervention sur la problématique de la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh dans le domaine de la justice. D’après lui, la langue de la justice est l'un des principaux obstacles entravant l’application du principe du droit d'accès à la justice pour de larges catégories de Marocains qui ne parlent que la langue amazighe, notant que les Marocains ne connaissant que la darija rencontrent également des difficultés pour comprendre le jargon abscons utilisé dans les tribunaux et les décisions judiciaires rédigées en arabe. Mohammed Almou a affirmé que la loi organique fixant les étapes de la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe dispose que l’Etat assure un service de traduction à titre gratuit pour les justiciables et les témoins. Il a estimé que cette procédure «consacre la discrimination et le mépris des citoyens et nourrit le sentiment chez le citoyen, depuis son entrée au tribunal, qu'il y a un hiatus entre lui et la justice». Il a également noté que le domaine de la justice arrive en tête des secteurs dans lesquels il est urgent d’introduire la langue amazighe, car «nous constatons que les droits des justiciables se perdent» à cause de cela, soulignant que la traduction ne doit pas se limiter à faciliter la communication entre le citoyen et les magistrats, mais plutôt permettre de plaider en langue amazighe, notamment dans les zones où prédomine cette langue, rappelant qu'un procès équitable ne peut être obtenu que si la personne qui fait l'objet du procès comprend les débats. Pour sa part, Hicham Madaacha, professeur vacataire à la Faculté de droit de Casablanca et à l’Institut supérieur de l'information et de la communication, la création de médias amazighs, que ce soit dans la presse écrite, électronique ou dans l’audiovisuel, contribuera à la promotion de l’amazigh et à son enracinement dans l’identité culturelle nationale. Dans son intervention axée sur «La mise en œuvre du caractère officiel de l'amazigh et les lois encadrant le secteur des médias», Hicham Madaacha a rappelé que le domaine des médias et de la communication a été l'un des premiers domaines dans lesquels il y a eu des tentatives d'intégration de la langue amazighe, avant même qu’elle ne soit officialisée et constitutionnalisée en 2011. Dans ce sens, Hicham Madaacha a présenté plusieurs recommandations dont notamment la révision des cahiers des charges des deux sociétés nationales que sont la SNRT et la Soread 2M pour permettre l’application de la mesure n° 19 proposée dans le plan gouvernemental de mise en œuvre du caractère officiel de l'amazigh, qui prévoit son achèvement au cours des années 2022-2023, et ce à l'horizon de consacrer la présence de la langue et de la culture amazighes dans les médias publics. Il a également mis l’accent sur la nécessité d'évaluer l'expérience de la chaîne Tamazight TV afin d'identifier les points forts et les points faibles pour développer l'expérience et en faire une locomotive dans le domaine des médias audiovisuels amazighs, tout en appelant à ouvrir le chantier des médias locaux, régionaux, publics et privés et les relier au projet de régionalisation avancée, ainsi qu’à évaluer l'expérience des radios privées et encourager l'initiative privée dans les médias amazighs en fixant des conditions incitatives à l'investissement dans ce domaine. Dans son intervention axée sur la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe dans le domaine de l’enseignement, Ali Kouillal, enseignant chercheur au Centre régional des métiers de l'éducation et de la formation à Inezgane, a affirmé qu’aucune étude n’a été faite pour évaluer l’enseignement de l’amazigh depuis 20 ans, déplorant que le but fixé pour la généralisation de l'enseignement de l’amazigh n’a pas été atteint. Il a souligné qu’au Maroc, il n’y a que 1.200 enseignants spécialisés dans la langue amazighe, alors que huit Centres régionaux des métiers de l'éducation et de la formation sur douze disposent d’un département dédié à la langue amazighe. Elhabib Stati Zineddine, professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques à la Faculté de droit de Marrakech, a fait une lecture juridique des lois régissant les collectivités territoriales notamment la loi organique relative aux régions. Il a affirmé que même si ces lois ne font aucune allusion à l’amazigh, il y a des articles qui permettent aux collectivités territoriales de promouvoir la culture et la langue amazighes.


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