Novak Djokovic ou l’histoire du “Docteur Djoko” et “Mister Djoker”


Libé
Lundi 17 Janvier 2022

Enormément de titres, beaucoup de records, mais également trop de polémiques: le sombre “Mister Djoker”, qui a été expulsé dimanche d’Australie, a trop souvent pris le pas sur le brillant “Docteur Djoko” pour que Novak Djokovic s’impose comme l’indiscutable plus grand joueur de tous les temps. Il peut encore le devenir statistiquement, en s’adjugeant seul le record de titres du Grand Chelem qu’il partage pour le moment (20) avec ses grands rivaux Rafael Nadal et Roger Federer. Mais son rocambolesque voyage en Australie, où il comptait justement remporter son 21e Majeur le 30 janvier, s’ajoute à une trop longue liste de mésaventures, de faux pas, d’attitudes incomprises, pour qu’il espère désormais arriver un jour à la cheville de l’Espagnol et du Suisse en terme de popularité. D’autant que c’est à Melbourne, où il était le roi avec son record de neuf titres, qu’il a chuté de son piédestal. Devenu “risque sanitaire”, il a été expulsé après avoir passé plusieurs jours dans un centre de rétention. Il a tout pour être une idole: affable, respectueux, disponible, drôle, patriote mais ouvert sur le monde, intelligent, cultivé, polyglotte... Et pourtant il a couru toute sa carrière derrière la popularité, hors Serbie et Balkans où il est sanctifié. Une minorité est même parfois allée jusqu’à le huer. Trop mécanique? Trop prévisible? Trop défensif? Un peu comédien? Un peu arrogant ? Peut-être trop fort, tout simplement. “Le fait est que 90% du temps, voire plus, je joue contre mon adversaire et aussi contre le stade. J’ai l’habitude, mais je suis humain, j’ai des émotions, et il m’arrive d’être agacé quand on me provoque”, disait-il en juillet dernier à Wimbledon. Alors le soutien appuyé reçu en finale de l’US Open 2021 où, après s’être imposé à l’Open d’Australie, à RolandGarros et à Wimbledon, il visait l’exploit ultime du tennis, à savoir le Grand Chelem, a semblé marquer ce tournant tant attendu dans le coeur du public. Au point que le chasseur froid a pleuré en plein match. Il a ensuite perdu face à Daniil Medvedev, dans l’un des très rares moments de sa carrière où il s’est laissé écraser par la pression. Ce moment de grâce avec le public a été très éphémère puisque, quelques semaines plus tard, il a été rattrapé par les polémiques lorsque la question de la vaccination obligatoire pour entrer en Australie est revenue sur le tapis et qu’il n’a opposé qu’un silence d’abord mystérieux, puis agaçant. Jusqu’au triste épilogue. Né à Belgrade le 22 mai 1987, Djokovic s’est hissé à 34 ans au sommet du tennis et de la renommée. Mais si, avec 20 titres du Grand Chelem, 86 tournois remportés dont 37 Masters 1000, il détient le record des gains sur le circuit avec près de 155 millions de dollars, Djokovic n’a rien d’un enfant gâté. A 12 ans, pour échapper aux bombardements de l’Otan pendant la guerre dans les Balkans, il a passé pendant deux mois et demi ses nuits dans des abris antiaériens et ses journées... sur un court de tennis, car l’école était fermée. Puis, sa famille a fait de gros efforts financiers pour envoyer le prodige dans une école de tennis pendant trois ans en Allemagne, avant qu’il ne devienne professionnel en 2003. La recette de son succès sportif est un mélange d’ingrédients évidents comme le talent et le travail, de composants plus recherchés (régime sans gluten pour la résistance, yoga pour la souplesse et le relâchement mental) et d’éléments plus ou moins étranges: une chambre à oxygène pour la récupération, un gourou pour le mental, des visites à une mystérieuse “pyramide” en Bosnie pour l’”énergie”... Il a aussi beaucoup travaillé sa popularité, mais avec beaucoup moins de réussite. Comme ses signes de gratitudes envoyés à chacune des quatre tribunes après chacune de ses victoires, ou ses déclarations sur le court qu’il fait dans la langue du public local (notamment en français, en italien et en allemand, en plus de son excellent anglais). Auprès de ses pairs aussi, il tente de se faire aimer, avec la création du syndicat des joueurs PTPA (Professional Tennis Players Association) avec lequel il entend défendre les intérêts des joueurs face aux tournois et à l’ATP. Sans grand succès de ce côté-là non plus. Tous ces efforts ont été sabordés au long de sa carrière par des initiatives malheureuses. Dernièrement, sa position contre le vaccin anti-Covid, mais également l’organisation d’une tournée en ex-Yougoslavie en pleine pandémie et qui a viré au “cluster”. Mais il y a également eu la disqualification en 8es de finale de l’US Open 2020 après avoir involontairement touché une juge de ligne avec une balle dans un geste de colère. Ou encore des jets de raquette.


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