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Nouvel échauffement entre France et Mali après des mois de forte tension


Libé
Jeudi 5 Mai 2022

La junte malienne accentue les différends dans sa relation avec la France et ajoute de la complexité, voire du risque, au retrait de la force française Barkhane en dénonçant les accords de coopération militaire avec Paris.


Voici des éléments éclairant la décision malienne 
Les autorités dominées par les militaires ont annoncé lundi dénoncer trois accords:
- le Status of Forces Agreement (Sofa) fixant en 2013 le cadre juridique de la présence de la force Serval, envoyée par la France à la demande des autorités maliennes de l'époque pour stopper la propagation jihadiste partie l'année précédente du nord et menaçant de submerger le pays. Le Sofa, qui règle des questions comme la liberté de mouvement des forces françaises ou de compétence juridictionnelle en cas de faute des soldats, a été appliqué à Barkhane quand elle a pris la relève de Serval en 2014.


- le protocole additionnel de 2020 au Sofa de 2013, pour encadrer le déploiement alors à venir de Takuba. Takuba, composé de forces spéciales françaises et européennes, a été initié par Paris au nom d'un partage de l'effort consenti au Sahel.
- le traité de coopération en matière de défense de 2014.


La France a déployé jusqu'à plus de 5.000 soldats au Sahel. Ils ont combattu au côté des soldats maliens pendant neuf ans, reprenant les villes du nord en 2013 sans parvenir à enrayer l'expansion jihadiste vers le centre et les pays voisins, malgré l'engagement concomitant de forces onusiennes et étrangères. Le conflit a fait des milliers de morts maliens, civils et combattants. La France a perdu plus de 50 soldats.


Les violences de tous ordres ont précipité une grave crise politique. Des colonels ont chassé le président civil en août 2020. Ils ont achevé de mettre la main sur toutes les commandes du pouvoir lors d'un second coup de force en mai 2021.


Depuis, les rapports n'ont cessé de se dégrader entre une junte de plus en plus intraitable, la France et ses alliés: annonce de la fin progressive de Barkhane en juin 2021, accusation malienne "d'abandon en plein vol" contre Paris, réquisitoire contre la légitimité "nulle" de la junte, charges maliennes contre une instrumentalisation française des organisations régionales, expulsion de l'ambassadeur de France en janvier, annonce en février du retrait sous quelques mois de Barkhane et Takuba, le tout sur fond de sentiment anti-français attisé.


Les relations se détériorent encore à mesure que le Mali se tourne vers la Russie. La France et ses alliés accusent la junte de s'être assuré les services de la société de sécurité russe Wagner, aux agissements controversés, ce que conteste Bamako. La crise diplomatique coïncide avec le bras de fer entre Russes et Occidentaux autour de l'Ukraine.


Le Mali dénonce l'unilatéralisme de décisions prises selon lui par la France. Il argue de la mauvaise volonté affichée face à ses demandes d'amendements, invoque des "atteintes flagrantes" à sa souveraineté. Il met en avant une cinquantaine de violations de son espace aérien par les appareils français en quelques semaines, malgré l'instauration d'une vaste zone d'exclusion aérienne. La France dément.


Un épisode récent jette de l'huile sur le feu: la diffusion par l'armée française d'images prises par un drone montrant, selon elle, des mercenaires russes en train d'enterrer des corps près d'une base tout juste restituée par la France. Il s'agirait de faire accuser la France de crimes de guerre. Les autorités maliennes ont crié à l'"espionnage" et la "subversion".


Quelque 2.400 militaires français sont déployés au Mali. Le désengagement des troupes et des matériels et le démantèlement des bases représentaient déjà en soi un chantier considérable et dangereux.

Avec la dénonciation des accords sur Barkhane et Takuba, qui s'applique immédiatement, la présence française n'a plus de "base légale", a dit mardi soir le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop.


Paris conteste et écarte toute répercussion sur le calendrier de son retrait.
 Des experts notent un risque accru. "Il est à souhaiter qu'il n'y ait pas de dérapage militaire" entre forces françaises et maliennes, dit Niagale Bagayoko, présidente du think-thank African Security Sector Network (ASSN).


C'est aussi une inconnue de plus pour les quelque 15.000 soldats de la force de l'ONU (Minusma). Les forces françaises sont autorisées par le Conseil de sécurité à intervenir en appui des Casques bleus "en cas de menace grave et imminente". Une éventuelle remise en cause de cet appui "important" aurait des "conséquences" auxquelles la Minusma s'adaptera, selon son porte-parole Olivier Salgado.



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