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Nancy Pelosi, une main de fer dans un gant de velours





La démocrate Nancy Pelosi a été réélue de justesse dimanche présidente de la Chambre des représentants, lors de la première session de travail du 117ème Congrès américain, qui affiche de profondes divisions. A80 ans, l'habile tacticienne, qui a été la principale opposante au président Donald Trump durant la deuxième partie de son mandat, a été reconduite comme "speaker" pour les deux ans à venir, malgré les réticences de certaines voix à la gauche de son parti. L'élue deCalifornie a obtenu 216 voix contre 209 pour son rival républicain Kevin McCarthy. Tous les élus républicains présents ont voté pour ce dernier, tandis que cinq élus démocrates n'ont pas donné leur vote à Nancy Pelosi. Elle emmènera derrière elle une courte majorité à la Chambre, rétrécie après les élections de novembre. Les 435 sièges des élus de laChambre basse ont été renouvelés en même temps que le scrutin présidentiel. La majorité au Sénat reste pour le momentsuspendue à deux élections partielles en Géorgie, qui décideront ainsi de l'équilibre du pouvoir à Washington pour le début du mandat de Joe Biden. Le démocrate prendra ses fonctions le 20 janvier. Ce sera son quatrième au perchoir, qu'elle avait déjà occupé entre 2007 et 2010, alors première femme de l'histoire américaine à accéder à ce poste crucial. Elle avait ensuite repris la tête de la Chambre en janvier 2019, après les élections de mi-mandat. Septième enfant de Thomas d'Alessandro, élu au Congrès puis maire de Baltimore, Nancy Pelosi côtoie très tôt le gratin de la ville. Dans un carnet, elle inscrit le nom des gens ayant des requêtes pour son père, ceux-là mêmes qui lui seront utiles quand viendra le moment de la réélection. De distributions de tracts en conventions démocrates, la future speaker de la Chambre observe de l'intérieurle processus politique. Pelosi, une cheffe "vraiment coriace" Cette intime connaissance du parti ne lui servira pourtant pas immédiatement. Adulte, elle étudie à l'université catholique de Trinity College. Elle y rencontre son futur mari, Paul Pelosi, et déménage avec lui à San Francisco. Femme au foyer, mère de 5 enfants, sa tribu ne l'empêche pas de se mêler de politique locale. Aidée de sa fortune - aujourd'hui évaluée entre 16 et 30millions de dollars- elle organise des évènements pour récolter desfonds,se fait connaître dansla région, jusqu'à devenir présidente du parti démocrate de Californie. Son entrée dans la vie publique ne se fait qu'à 47 ans, aprèsle décès de la représentante Sala Burton. Elle devient d'abordwhip, c'est-à-dire chargée de veiller à ce que les représentants du parti soient présents à la Chambre et votentselon une ligne bien définie. "C'est le genre de cheffe qui est vraiment coriace, confiera plus tard à la NPR l'ancienne représentante Donna Edwards. Mais elle est aussi, en même temps, vraiment sympa, et donc vous ne savez pas quand elle essaie d'obtenir quelque chose de vous". Ce sens politique lui permet de devenirla première femme leader du parti démocrate au Congrès, puisspeaker de la Chambre en 2006. Tout au long de sa carrière, Pelosi est critiquée pour être trop à gauche, puis pas assez. Trop d'abord, au début de sa carrière.Avec son plaidoyer pourles malades du Sida dès son entrée au Congrès, puis, 15 ans plustard,son opposition farouche à la guerre en Irak, l'élue démocrate devient la bête noire du parti républicain. Pelosi défend depuis l'accès à l'IVG, les droits des LGBT, ceux des immigrés. En 2008, elle devient le fer de lance de la bataille d'Obama pour la réforme de l'assurance maladie. Cette dernière passe, mais les démocrates perdent leCongrès au passage. Nancy Pelosi doit quitterson poste de speaker à la Chambre. Après toutes ces années de bataille, elle reste un épouvantail de choix pourles républicains, qui n'hésitent pas à moquer ses faibles talents d'oratrice en public comme en privé. "Vous l'avez vue ? C'est un désastre, se moquait récemment Paul Ryan, speaker à la Chambre de 2015 à 2019. A chaque fois qu'elle ouvre la bouche, un autre républicain est élu." Côté démocrate aussi, Pelosi finit par susciter l'aigreur. Après la victoire à la Chambre des démocrates aux élections de mi-mandat en novembre 2018, elle rencontre d'abord une opposition à sa candidature au poste de speaker. Trop âgée pour certains, trop à gauche pour d'autres. Si cette progressiste dans l'âme retrouve bien son ancien poste, elle se fait dépasser sur sa gauche par le "Squad", quatre jeunes représentantes du Congrès : Alexandria OcasioCortez,Ilhan Ohmar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib. Ces dernières réclament pendant des mois la destitution de Donald Trump, l'accusant de mettre en danger la démocratie. "Il n'en vaut simplement pas la peine", répond Pelosi dans les colonnes du Washington Post. Traumatisée par l'impeachment annulé des républicains contre Bill Clinton - qui avait ensuite contribué à leur perte de majorité au Congrès -, Pelosi se montre toujours prudente. Ayant déjà empêché les démocrates de lancer une procédure contre Bush aprèsl'invasion de l'Irak en 2003, elle veut éviter que son parti ne s'embourbe dans une situation similaire pour des motifs partisans avec Donald Trump. Elle privilégie d'ailleurs de l'attaquer sur son propre terrain : celui des médias. En janvier 2019, alors qu'ils s'écharpent au sujet d'un désaccord surle budget ayant entraîné la fermeture des administrations fédérales, Nancy Pelosi explique vouloir retarder le traditionnel discours présidentiel sur l'Etat de l'Union. Son marché est simple : pas de budget, pas de discours. Trump est furieux, maisfinira par céder.Il ne prononcera son discours que le mois suivant, une fois le shutdown terminé. "Elle le nargue. C'est le matador, il est le taureau",résumait Michael Cornfield, professeur à l'université George Washington dans le Guardian. Cette stratégie n'a duré qu'un temps. Dix mois plus tard, ses positions ont radicalement évolué. Poussée par des figures très populaires du parti comme Elizabeth Warren, candidate à la primaire démocrate, Pelosi finit parse laisser convaincre. Fin septembre, motivée par la plainte d'un lanceur d'alerte accusant Donald Trump d'avoir fait pression sur le président ukrainien pour qu'il enquête sur Joe Biden, ex-viceprésident et favori de l'investiture démocrate, elle annonce l'ouverture d'une enquête au Congrès. "J'ai dit que nous attendions d'avoir desfaits concrets, et nous les avons", estime-t-elle. Les républicains étant majoritaires au Sénat, elle sait que la procédure n'a que très peu de chances d'aboutir. Mais qu'importe. Fine tacticienne, elle comprend qu'elle doit satisfaire les demandes de sa base militante, pour les mobiliser en prévision de l'élection de 2020. Sa bonne connaissance des arcanes législatifs,sa maîtrise des dossiers dansles moindres détails, son pouvoir de conviction et son autorité fondent son talent de politicienne habile et aguerrie.«Elle pourrait vous couper la tête et vous ne vous apercevriez même pas que voussaignez», avait plaisanté sa filleAlexandra surCNN il y a quelques années de cela..

Libé
Lundi 4 Janvier 2021

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