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Migrants économiques ou Rohingyas en détresse ?


Une embarcation de fortune arraisonnée par la Marine Royale



Des refugiés rohingyas au Maroc ! C’est ce que nous a affirmé  Mohamed Benaïssa, président de l'Observatoire du Nord des droits de l'Homme en indiquant que la marine Royale a intercepté aux larges des côtes du Nord une embarcation de fortune transportant des migrants irréguliers dont cinq Birmans de la minorité Rohingya. Il s’agit d’une population musulmane qui a vu sa situation empirer depuis juin 2012 suite aux attaques meurtrières de la communauté bouddhiste. Les Rohingyas sont considérés par celle-ci comme des Bengalis auxquels la nationalité birmane ne peut être octroyée. Ils n’ont pas le droit de circuler dans le pays, de fréquenter les bancs de l’école, d’aller à l’université et d’avoir plus de deux enfants. « Il s’agit du premier cas enregistré au Maroc », nous a précisé notre source.
Comment ont-ils pu arriver jusqu’au Royaume et dans quelles conditions  l’ont-ils fait ? « Sincèrement, on ne sait pas grand-chose », nous a répondu Mohamed Benaïssa. De son côté, le site d’info  « Le Desk » a rapporté que l’une des personnes arrêtées a expliqué à la police que « sa famille lui avait donné des bijoux en or pour couvrir les frais de son long périple », ajoutant que « le voyage l’a emmené au Bangladesh, puis en Inde, où il a acheté un passeport falsifié et un visa pour 200 dollars avant de s’envoler pour l’Algérie, où il a rencontré d’autres compatriotes. Ensemble, ils ont franchi la frontière terrestre avec le Maroc, où un passeur d’origine subsaharienne a exigé 1000 euros pour une place sur sa patera qui a été finalement interceptée ».
Pour sa part, Jean-Paul Cavaliéri, représentant du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR au Maroc), nous a confirmé l’arrestation de plusieurs migrants irréguliers à quelques kilomètres de Tanger par la marine Royale. « Parmi ces candidats à l’immigration, il y avait cinq personnes en possession de passeports bangladeshis qui ont été débarquées sur le territoire marocain. Pourtant, HCR-Maroc n’est pas en mesure de confirmer ou d’infirmer que ces personnes appartiennent à la minorité musulmane des Rohingyas», nous a-t-il  indiqué. Et de poursuivre : «Ces personnes n’ont pas encore déposé de demande d’asile auprès du HCR. D’ailleurs, nous n’avons jamais eu de cas de Rohingyas ayant demandé l’asile au Maroc. Nous avons plutôt reçu et rejeté les demandes d’asile de plusieurs dizaines de Bangladeshis au motif qu’il s’agit dans la plupart de ces cas de migrants économiques ».
Qu’en sera-t-il du sort qui sera réservé aux éventuelles demandes d’asile des Rohingyas en ces temps où le Bureau des réfugiés et des apatrides (BRA), chargé  de l’octroi de ce statut, a suspendu ses activités depuis mars dernier ? Le représentant du HCR-Maroc nous a indiqué que ce dernier a rouvert ses portes  pour une session avant une nouvelle fermeture.  « Nous sommes en attente, mais nous sommes confiants et nous espérons que le BRA va reprendre ses activités », nous a-t-il déclaré tout en précisant que le HCR est prêt à examiner les dossiers de cinq personnes interceptées  en collaboration avec les autorités marocaines. 
Les origines de ces cinq personnes prétendues être des Rohingyas suscitent également l’interrogation puisqu’un grand nombre de leurs compatriotes fuient leur pays à destination du Bangladesh où ils résident dans des camps de fortune avant de reprendre la route vers la Malaisie et, dans certains cas, l’Indonésie. Ceux d’entre eux se retrouvent même dans des camps gérés par des trafiquants d’êtres humains situés en Thaïlande et leurs  parents sont dans l’obligation de payer des rançons pour les en sortir ou finissent enterrés dans des fosses communes  comme en a attesté la découverte d’un charnier en Thaïlande. Dans d’autres cas, les trafiquants n’ont aucune difficulté à faire passer les migrants à travers la jungle pour les amener vers la Malaisie.
 

Hassan Bentaleb
Jeudi 22 Février 2018

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