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Meryem Benm’Barek représente le Maroc à Cannes

J’aime les films sensibles et sensitifs




Son film «Sofia» est sélectionné dans la catégorie «Un certain regard»

Après sa consécration en 2014 au Festival de Rhode Island (USA) dans la catégorie court-métrage et une participation aux Oscars, l’année suivante, la réalisatrice Meryem Benm’Barek représentera le Maroc au Festival de Cannes dans la catégorie «Un certain regard» (hors-compétition) avec son premier long métrage «Sofia».  Dans ce film, la jeune cinéaste aborde plusieurs thèmes de société, dont le déni de grossesse, la fraction sociale au Maroc, ou encore le regard condescendant porté par l’Occident sur les femmes du monde arabe. «J’ai fait ce film parce qu’il me manquait quelque chose dans la représentation des femmes du monde arabe», explique Meryem Benm’Barek. «Souvent, dans l’art, elles sont représentées comme des femmes victimes du patriarcat et du machisme. C’est en partie vrai, mais penser cette condition ne peut se faire non plus en dehors d’une réflexion sur le contexte économique et social de ces femmes-là», souligne celle qui a su construire son casting où l’on retrouve notamment Sara Elmhamdi Elalaoui qui s’est fait connaître grâce à «Much Loved» de Nabil Ayouch, Sarah Perles qui a participé à «Burnout» de Nour-Eddine Lakmari, en plus de la célèbre maroco-belge Lubna Azabal et Hamza Khafif.
Dans un entretien accordé à nos confrères de FDM, Meryem Benm’Barek explique qu’elle n’a aucune limite quant à ses choix de thème dans l’écriture et la conception d’un film. «La patte d’un artiste c’est plutôt la manière dont il s’approprie une thématique. Si, par exemple, on aborde un sujet aussi universel que l’amour, on peut observer qu’entre Roméo et Juliette, Bonnie and Clyde ou encore Harry et Sally, l’histoire se répète mais toujours avec un point de vue, une interprétation du monde et une sensibilité unique et propre à chaque auteur», souligne-t-elle. Et d’ajouter: «Mais il est vrai que je suis en général assez portée sur des sujets qui font appel aux sens. J’aime les films sensibles et sensitifs. Je n’ai pas de thématique “fétiche”, tout dépend des questionnements et des émotions dans lesquels je me trouve à un moment précis de ma vie. Le tout est d’en faire une fiction et de la raconter avec un recul nécessaire qui permet d’universaliser le propos, même s’il s’agit toujours de sa propre interprétation d’une réalité donnée». Concernant les cinéastes qui l’inspirent, Meryem Benm’Barek dit qu’elle est portée par beaucoup d’artistes en général mais ceux qui la fascinent le plus défendent un cinéma sensitif et organique. «Pour moi, le maître en la matière reste John Cassavetes. Mais je suis tout aussi subjuguée par l’écriture scénaristique d’Asghar Farhadi, par les découpages proches de la dentelle d’Hitchcock, l’insolence de Xavier Dolan ou la véracité du réalisme des films d’Andréa Arnold», précise-t-elle, avant d’ajouter : «Après, je ne vous cache pas que je suis davantage inspirée par la vraie vie plus que par le cinéma. Je crois que dans les métiers d’arts, il faut s’autoriser à se mettre en danger, c’est-à-dire affronter le monde et les gens et faire face aux risques que ça implique». La jeune cinéaste explique également que «le rêve est essentiel à la création mais les rencontres aussi, car l’autre a le pouvoir de nous faire aimer, souffrir, découvrir, douter et vivre!». «Cette curiosité-là est à mon sens la plus importante lorsqu’on veut faire une œuvre. C’est elle qui permet de se plonger dans une vraie énergie créative», conclut l’artiste.

Mehdi Ouassat
Mardi 17 Avril 2018

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