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Mehdi Alaoui, vice-président de l’Apebi : Les start-up ont été impactées de manière foudroyante par les difficultés financières


L’onde de choc provoquée par la crise sanitaire du coronavirus n’a épargné aucune composante de l’économie marocaine. Les start-up, ces structures aussi agiles et novatrices qu’elles soient, en accusent lourdement le coup. Si certaines ont brillé de mille feux en contribuant à l’effort national de lutte contre le Covid-19, d’autres sont au bout du gouffre.
Dans une interview accordée à Safaa Bennour de l’agence MAP, Mehdi Alaoui, vice-président de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (Apebi) et fondateur de la start-up Factory, dresse un bilan de l’impact de la crise sanitaire sur les start-up et propose des solutions leur permettant de s’adapter et d’agir en parfaite synergie.



Comment les start-up marocaines ont été impactées par la crise de Covid-19 ? Quelle incidence sur les modalités de financement ?
Les start-up marocaines ont su démontrer leur capacité à évoluer dans les contextes les plus difficiles. Selon une étude menée par la start-up Square, la quasi-totalité des entrepreneurs sondés (87%) assurent avoir sans grande difficulté adapté leur travail au contexte. Une résilience et une adaptation qui varient tout de même selon le stade de développement commercial des start-up ou des secteurs d’activité.
De même, certains secteurs ont connu une importante croissance durant cette période. C’est bien connu: toute crise est source d’opportunité. Une opportunité que les start-up actives dans l’industrie du e-commerce ou encore la fintech ont su saisir.
Néanmoins, 13% des start-up interrogées (dont une sur cinq ayant plus de 2 ans) ne pensent pas pouvoir survivre à la crise.
Par ailleurs, les start-up ont été impactées de manière foudroyante par les difficultés financières: 64% d’entre elles déclarent disposer de moins de trois mois de trésorerie. Elles conçoivent leur stratégie de développement à flux tendu commercialement, et les imprévus financiers pèsent lourd sur leur avenir.
Trop souvent, le Covid-19 a suscité malheureusement des retards voire l’annulation des contrats. On a également assisté à une détérioration des modalités de financement, alors qu’on aurait dû saisir l’occasion et profiter du savoir-faire des start-up pour se renouveler et se digitaliser notamment pendant cette crise.

Justement, dans quelle mesure les start-up marocaines pourront-elles accompagner la transformation digitale du pays, devenue plus pressante avec la crise de Covid-19 ?
  Les start-up sont bien placées pour répondre à cette crise. On a remarqué ces derniers mois que plusieurs start-up ont créé des prototypes et des solutions contre le Covid. Ces solutions permettent aux grandes entreprises de se digitaliser de manière plus rapide, plus disruptive et beaucoup moins chère.
On a vu également des start-up actives dans le domaine médical et qui ont développé des solutions permettant aux citoyens d’avoir accès à des consultations à distance, ou encore dans le domaine de l’éducation pour des solutions de formation à distance.
Aujourd’hui, on peut être fier d’avoir des jeunes start-up qui sont capables de réinventer les choses de manière plus rapide et moins chère. Il faut qu’on leur fasse confiance, sans cette confiance on ne peut pas aller loin. Il faut également leur donner les outils pour qu’ils puissent travailler, grandir et émerger à partir du Maroc.
Par rapport à quelques initiatives menées depuis le déclenchement du Covid, je rappelle que l’Apebi a monté un programme “Hackcovid” avec plusieurs corporates et institutions nationales et internationales avec pour objectif d’encourager un nombre de start-up à innover et les aider sur quatre niveaux: 
1) les financer, 
2) les connecter aux ministères pour déployer leurs solutions,
3) les mentorer 
4) les médiatiser.
Nous avons reçu à l’Apebi plus de 200 projets, dont 25 ont été accompagnés et 5 ont fait l’objet de success stories.
En outre, plein d’autres initiatives ont vu le jour comme “Hackathon” ou encore le programme de Bootcamp réalisé par l’Association Maghreb start-up network avec plus de 16 corporates et 16 start-up et qui a découlé vers une trentaine de RDV entre ces institutions, ainsi que d’autres programmes en cours ou à venir.

Comment le programme “Intelaka” pourra-t-il jouer son rôle dans l’accompagnement et la relance des start-up durant cette crise ?
Justement le Programme intégré d’appui et de financement des entreprises “Intelaka”, lancé par SM le Roi, est un excellent programme. Initié avant le Covid, ce programme arrive dans un moment où les start-up en ont besoin.
Sachant que le Covid mènera à une hausse de chômage, le programme “Intelaka” va naturellement permettre à plusieurs jeunes de se lancer dans l’entrepreneuriat et pourquoi pas dans les start-up et l’innovation, d’autant plus que le digital a pris une place énorme grâce au Covid. C’est le moment de lancer des start-up.
Avec le programme Intelaka, on règle le problème du financement. Je rappelle qu’on peut aller jusqu’à 1,2 million de dirhams avec un taux de 2%, ce qui est juste une aubaine pour ceux qui veulent se lancer dans le digital et dans les start-up. C’est une occasion à ne pas rater !
D’habitude le financement est l’un des premiers problèmes bloquant pour l’ensemble des jeunes startupeurs. Donc là, il y a une vraie opportunité.
Maintenant, il faudrait que les banques puissent opérationnaliser ce programme, donner ce crédit aux personnes qui le demandent et qui remplissent bien sûr les conditions nécessaires. Il faut que les jeunes en profitent pour créer une nouvelle génération d’entrepreneurs.

Que recommanderiez-vous pour aider les start-up à se relancer et survivre à cette crise inédite ?
Tout d’abord, le conseil à donner aux startupeurs, c’est d’être encore plus agiles que d’habitude, on passe par une phase extrêmement difficile. Certes de cette crise il y aura des perdants et des gagnants, mais je pense que les start-up auront des opportunités à saisir.
Il y a un autre élément très important relatif au cadre juridique et fiscal des start-up au Maroc, aujourd’hui, on n’en dispose pas encore. Intégré dans la future charte d’investissement, ce cadre serait de nature à aider et appuyer l’action des start-up  marocaines à l’instar de ce qui se fait dans plusieurs autres pays africains, en particulier.
La question de confiance est aussi fondamentale. Il faut que les grandes entreprises ou les entreprises en général fassent confiance aux start-up parce que, in fine, le plus important pour une start-up c’est de trouver son marché. La prise de conscience est là, mais la confiance n’est pas encore bien installée. On commence à travailler avec les start-up, mais les délais de paiement restent excessivement longs. Il faut donc concevoir et recourir à des contrats adaptés pour les start-up.
La start-up doit être aussi accompagnée. Il existe différents types d’acteurs dans l’écosystème qui sont à même de les aider dont les incubateurs/accélérateurs. Au Maroc 16 incubateurs sont labellisés et il existe plus d’une cinquantaine, mais je pense qu’il faut les multiplier encore pour pouvoir accompagner ces start-up.
Ces incubateurs sont uniquement et malheureusement financés par des structures de coopération internationale mais très peu aidés localement.
S’agissant du financement, au-delà des crédits, il y a d’autres catégories de financement comme les business angels.
On a démarré avec la création de près de 4 réseaux au Maroc. Ces réseaux doivent être accompagnés et se doivent de gagner en termes d’investisseurs. Cette catégorie de business angels est cruciale et déterminante pour la réussite de l’écosystème des start-up.
Il s’agit donc d’un écosystème où chaque acteur est lié à l’autre. Il faut fonctionner de manière plus globale et faire la boucle de A à Z.

Jeudi 27 Août 2020

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