Liz Truss. Une battante aux ambitions en ruines

Née le 26 juillet 1975 dans une famille très à gauche, elle manifeste enfant contre Margaret Thatcher, avant d'en devenir une admiratrice


Libé
Jeudi 20 Octobre 2022

Liz Truss se voyait en héritière de Margaret Thatcher, prête à assumer des décisions impopulaires. Un mois après son arrivée à Downing Street, nul n'assure qu'elle pourra y rester : son ambitieux plan économique a fait long feu, et elle a dû congédier son ministre des Finances et ami Kwasi Kwarteng.

Mme Truss, 47 ans, avait été élue par les militants du parti conservateur début septembre, succédant à Boris Johnson après une campagne très à droite, promettant des baisses massives d'impôts qui selon elle allaient relancer la croissance.

Moins d'impôts, moins d'Etat, plus de libre-échange : celle qui était depuis un an la cheffe de la diplomatie du Royaume-Uni, s'était imposée avec un message clair et séduisant pour la base du parti. Son expérience au sein de plusieurs ministères, sa loyauté à Boris Johnson avaient aussi rassuré.

Pourtant elle n'avait pas les faveurs des députés conservateurs, qui lui auraient préféré son rival Rishi Sunak, l'ancien ministre des Finances jugé plus à même de diriger le pays en pleine crise économique et sociale.

Mais le dernier mot revenait aux quelque 170.000 membres du parti, qui à 57% avaient préféré cette blonde énergique qui promettait des lendemains qui chantent, à un Rishi Sunak défenseur de l'orthodoxie budgétaire. Elle avait ainsi été portée à Downing Street par 0,2% du corps électoral. 52% des Britanniques pensaient déjà à l'époque qu'elle serait une mauvaise ou terrible Première ministre.
 
 Son début de mandat est particulièrement perturbé. La reine Elizabeth II meurt deux jours après sa prise de fonctions. Après 10 jours de deuil national, Liz Truss n'aura que quelques jours de répit: le 23 septembre Kwasi Kwarteng annonce son plan de baisses d'impôts massifs. Les marchés s'affolent, la livre plonge, la Banque d'Angleterre intervient pour stabiliser la situation.

A la conférence du parti conservateur début octobre, l'ambiance est morose, les dissensions au sein des +tories+ s'exposent au grand jour. Dans une première volte-face, Liz Truss renonce à baisser le taux d'imposition des plus riches, son autorité et son contrôle du parti semblent déjà évaporés. "J'ai compris, j'ai écouté", dira-t-elle alors.

Ecouté peut-être, mais compris pas vraiment, s'inquiètent ses détracteurs face à celle qui répète "croissance, croissance, croissance", et semble imperméable aux critiques.

Vendredi, lors d'une conférence de presse de 7 minutes, où elle n'a pris que quatre questions après avoir limogé son ministre des Finances, elle s'est dite "absolument déterminée" à poursuivre sa politique de soutien à la croissance pourtant critiquée de tous bords.

Les sondages sont catastrophiques à deux ans des élections législatives. Avant le limogeage de M. Kwarteng, 59% des Britanniques pensaient qu'elle devrait démissionner, selon une enquête YouGov, et 43% des électeurs conservateurs.
Un autre sondage People Polling pour GB News donnait mercredi aux travaillistes 29 points d'avance sur les conservateurs pour les législatives (42% à 13%).

Avant Downing Street, Mary Elizabeth Truss a eu une carrière politique changeante. Née le 26 juillet 1975 dans une famille très à gauche - son père est professeur de mathématiques et sa mère milite pour le désarmement nucléaire - elle manifeste enfant contre Margaret Thatcher, avant d'en devenir une admiratrice.

Etudiante, elle milite au sein du parti centriste libéral-démocrate. Dans une intervention publique devenue célèbre, elle appelle alors à l'abolition de la monarchie.

"Elle a toujours fait preuve de franc-parler, elle a toujours aimé ruer dans les brancards", se souvient Mark Littlewood, le directeur de l'Institute of Economic Affairs qui l'a rencontrée quand elle étudiait la politique et l'économie à Oxford. "A l'université, on ne doutait jamais de ses positions, quel que soit le sujet".

"Elle est instinctivement favorable aux baisses d'impôts, est sceptique quant aux réglementations, pense que l'Etat a trop de pouvoir et que les hommes et les femmes n'en ont pas assez" ajoute-t-il.
Après avoir rejoint les "Tories", au grand dam de sa famille, elle devient députée en 2010, pour la circonscription de South West Norfolk (est de l'Angleterre).
Depuis 2012, cette mère de deux filles a enchaîné les postes dans les ministères (Education, Environnement, Justice, puis secrétaire en chef du Trésor).

Elle a connu défaites et revers : elle a failli perdre l'investiture aux législatives en raison d'une aventure extraconjugale et a été rétrogradée par Theresa May après un passage difficile à la Justice.

Elle aurait pu aussi payer son vote contre le Brexit en 2016. Mais elle en est devenue l'un de ses plus fervents défenseurs, négociant et vantant de nouveaux accords de libre-échange au ministère du Commerce international.

Nommée en septembre 2021 à la tête de la diplomatie britannique -manière pour Boris Johnson de contrôler ses ambitions-, elle se montre intransigeante face à l'Union européenne sur l'Irlande du Nord et incarne avec Boris Johnson la fermeté contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine.


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