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Les savants de l’Islam : Al-Ghazali


Le rénovateur du Vème siècle de l'Hégire



L’imam Abu Hamid naquit dans la ville de Tus à Khorasan (en Iran) en 450 A.H. Après la mort de son père, le jeune imam, encore mineur, s’installa dans la ville de Jurjan. Parti à la recherche des sciences et du savoir, il apprit «les sciences fondamentales en islam». Il retourna à Tus, puis se dirigea vers Naysabur où il devint un disciple et un compagnon de l’imam Al-Djuwayni, jusqu’en 477 A.H, date du décès de ce dernier. L’imam se dirigea alors vers l’Iraq. Un souverain influent, Nidham Al-Mulk, ayant entendu parler de la valeur de ce jeune imam, l’accueillit en Iraq et lui confia l’enseignement dans Al-Madrasah An-Nidhamiyyah à Bagdad en 484 A.H., Université très réputée à l’époque. Après quatre ans passés dans l’enseignement et l’écriture de précieux ouvrages, l’imam ressentit le besoin de voyager, de se détourner des intérêts terrestres, dans une quête permanente des sciences religieuses. Il quitta l’Iraq et partit pour Al-Hidjaz en Arabie. Il accomplit le pèlerinage et rencontra les savants de la Mecque et de Médine. Il s’installa ensuite en Palestine. Il passa deux ans à Jérusalem avant de visiter l’Egypte et de vivre pendant un certain temps à Alexandrie. De retour à sa ville natale Tus, l’imam consacra sa vie à la prière et l’adoration de Dieu, aux actions pieuses. 

Éducation

Vers l'âge de 15 ans, Al-Ghazali s'installa à Jurjan, centre florissant du savoir à l'époque, situé à 160 km environ de Tus, pour étudier le fiqh auprès de l'imam Al-Ismâ'ili (1084). Ce type de «voyage à la recherche du savoir» en vue de suivre l'enseignement des maîtres réputés du moment, était une des traditions éducatives de l'islam d'apprentissage du Coran par cœur. Il revint l'année suivante à Tus, où il demeura trois années, consacrées à mémoriser et mieux comprendre ce qu'il avait transcrit de l'enseignement de ses maîtres. Il se rendit ensuite à Naysabur (Nichapur), où il séjourna de 1081 à 1085. Il y étudia le fiqh, la théologie dogmatique (kalâm) et la logique, ainsi que, semble-t-il, des éléments de philosophie, auprès de l'imam Abou al-Ma'âlî al-Djuwaynî, le jurisconsulte de rite chaféite le plus célèbre de l'époque. Al-Ghazali avait alors 23 ans. Durant les cinq années qui suivirent, il est l'élève et l'assistant de l'imam Al-Djuwayni, et commença à publier quelques ouvrages et à étudier le soufisme auprès d'un autre cheikh, al-Farmadhi.

Dans les allées du pouvoir

La mort d'al-Djuwaynî en 1085 voit s'achever la période d'apprentissage d'Al-Ghazali - qui a alors 28 ans - et débuter celle de l'immersion dans la politique et de la fréquentation des allées du pouvoir. Il se rend au « camp » du ministre seldjoukide Nizam Al-Mulk, où il mène pendant six années la vie des juristes de cour, faite de combats politiques, de joutes savantes et d'écritures, jusqu'à ce qu'il soit nommé enseignant à la madrasa Nizâmiyya de Bagdad, fondée pour l'enseignement du droit chafiite. Durant les quatre années où il occupe ce poste, il écrit un certain nombre d'ouvrages sur le fiqh — qu'il enseigne — la logique et le Kalâm, les plus importants étant le Mustazhiri et Al-Iqtisad fil-I'tiqad (Le juste milieu dans la croyance), deux ouvrages de jurisprudence à caractère politique.
Durant la période où il enseigne à la Nizamiyya de Bagdad, Al-Ghazali étudie la philosophie (celle des Grecs, Aristote, Platon et Plotin par le biais de traductions en arabe ainsi que les premiers écrits philosophiques islamiques, particulièrement Ibn Sina et Al-Farabi) afin de mieux la réfuter. Le problème essentiel auquel il est confronté est celui de concilier la philosophie et la religion, et il le résout en ces termes : La philosophie est dans le vrai dans la mesure où elle est conforme aux principes de l'islam et dans l'erreur lorsqu'elle est en contradiction avec ces principes. 
En préparation à ses attaques contre la philosophie, Al-Ghazali écrit un ouvrage, Maqasid al-Falasifa (Les intentions des philosophes), dans lequel il expose brièvement l'essentiel de la pensée philosophique connue à son époque suivi de son ouvrage, Tahafut al-Falasifa (L'incohérence des philosophes) (1095). 
Le Tahafut Al-Falasifa a eu un retentissement considérable dans le monde arabo-islamique et lu dans l' Europe chrétienne; cette œuvre et son auteur ont été un des facteurs du déclin inexorable de la pensée philosophique grecque dans le monde islamique, en dépit de défenses de la philosophie par Averroès et d'autres.
Il montra, dans la renaissance de la "science" religieuse, que le fiqh, tel que l'entendaient les juristes littéralistes, n'était qu'une occupation temporelle sans lien avec la religion. Il dénonça les interventions intéressées des foqahâ dans la politique, leur sens de la réclame et leur folie de prétendre assurer, par une vaine gymnastique juridique, le salut de l'âme, alors que la religion est surtout affaire de cœur. 

Crise spirituelle

Vers 1095, Algazel, alors âgé de trente-huit ans, traverse une crise spirituelle en doutant de ses dires précédant et qui dure plus de six mois et que l'on peut résumer à un affrontement violent entre la raison et l'âme, entre le monde d'ici-bas et celui de l'au-delà. Il commence par douter des doctrines et clans existants (c'est-à-dire de la connaissance), puis se met à douter des instruments de la connaissance religieuse. Cette crise l'affecte physiquement au point qu'il perd l'usage de la parole et devient donc incapable psychologiquement d'enseigner ; elle ne prend fin que lorsqu'il renonce à ses fonctions, à sa fortune et à sa célébrité.

Période soufie

Les influences soufies sont nombreuses et fortes dans la vie d'Al-Ghazali. Il vit à l'époque où le soufisme se propage : son père était proche du soufisme, son tuteur est soufi, son frère le devient à un âge précoce, ses maîtres penchent vers le soufisme, le ministre Nizam Al-Mulk est proche des soufis et Al-Ghazali lui-même a étudié le soufisme. Mais le soufisme n'est pas qu'un savoir théorique étudié dans les livres ou enseigné par des maîtres, c'est aussi une action, une pratique et un comportement, dont les principes de base sont, notamment, le renoncement aux attachements de l'ici-bas, la réforme intérieure et la recherche de la proximité de Dieu. C'est ce que fait Al-Ghazali qui, pendant onze ans, mène une vie solitaire en la consacrant à recopier  les pratiques des moines chrétiens de l'époque voués à l'adoration de Dieu, entre Damas, Jérusalem et La Mecque. C'est à cette époque qu'il commence à écrire le plus important de ses livres, Ihya' `Ulum al-Din (Revivification des sciences de la religion) - qu'il termine peut-être ultérieurement.

Retour à Bagdad

Al-Ghazali regagne Bagdad en 1097 et continue à vivre comme un soufi dans le ribat d'Abou Saïd de Naysabur, qui se trouve en face de la Madrasa Nizamiyya. Il reprend pendant un certain temps l'enseignement, qu'il consacre essentiellement à la d'Ihya' `Ulum al-Din, puis se rend à Tus, sa ville natale, où, continuant à vivre en soufi et à écrire, il achève, semble-t-il, son œuvre majeure susmentionnée et produit d'autres ouvrages dont l'inspiration mystique est manifeste.
En 1104, Al-Ghazali reprend ses fonctions à la Madrasa Nizamiyya de Naysabur, à la demande du ministre seldjoukide Fakhr Al-Mulk, après quelque dix années d'absence. Il continue néanmoins à vivre la vie des soufis et à écrire. Il quitte Naysabur et regagne à nouveau Tus, sa ville natale, où il poursuit la vie de renoncement des soufis et l'enseignement.
Près de sa maison, il fait construire un Khangah (sorte d'ermitage soufi) où il écrit à cette époque Minhaj Al-'Abidin (La voie de la dévotion), qui semble être une description de sa vie et de celle de ses élèves : renoncement au monde d'ici-bas, solitude et éducation de l'âme. C'est ainsi qu'il coule le reste de ses jours, jusqu'à sa mort en 1111.

Libé
Mardi 7 Juin 2016

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