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Les pateras reprennent du service avec leur lot de drames : 20 migrants irréguliers ont péri en mer entre le 1er et le 17 janvier




Il y a certes le temps des cerises mais il y a aussi celui des pateras. Si le premier est fortement associé à la Commune de Paris, le second l’est à la Méditerranée. Les deux ont néanmoins pour point commun : la mort. Sanglante pour les communards de jadis et par noyade pour les actuels harraga.
20 migrants irréguliers ont ainsi péri sur les côtes espagnoles entre le 1er et le 17 janvier (25 à la même période en 2017), indiquent les statistiques publiées récemment par l’Organisation mondiale des migrations (OMI). Des décès qui s’ajoutent aux 179 enregistrés sur les côtes italiennes, soit un total de 199 contre 228 recensés durant l’année écoulée à la même période. En 2016, l’ONU avait révélé que plus de 5.000 migrants  contre 3.771 l’an dernier,  avaient trouvé la mort en traversant la Méditerranée pour rejoindre les côtes européennes. Qu’en est-t-il du sort réservé aux dépouilles de ces migrants malchanceux? Sont-elles enterrées comme il se doit ou traitées avec indifférence ?
Selon Ahmed Khalifa, vice-président de l’Association marocaine de l’intégration des migrants en Espagne (AMIM), les cadavres repêchés sur les côtes espagnoles sont souvent gardés dans des morgues en attente d’une réclamation de la part des familles ou des représentations diplomatiques. Le cas échéant, les dépouilles sont enterrées avec des stèles portant la date de leur découverte et une inscription indiquant leur nationalité. « S’il s’avère qu’il s’agit bel et bien de cadavres de migrants musulmans, ils seront enterrés selon le rite islamique comme le stipule l’accord de 1992 entre l’Etat espagnol et la Commission islamique d’Espagne », nous a-t-il indiqué. De son côté, Khadija Izadi El Arrabi, présidente de l’Association Emir Abdelkader, a révélé au site d’information « algeriepart », que les cadavres ayant séjourné plus de six mois dans les morgues et non-identifiés ou en état de décomposition avancée sont soit  incinérés, soit exploités par des scientifiques avant d’être rejetés en mer.
Pour sa part, Hassan Ammari, militant d’Alarmephone, nous a déclaré que l’enterrement des corps des migrants a beaucoup évolué. « Aujourd’hui, les corps sont gardés de 72 heures à 15 jours voire un mois au maximum. Par la suite, ils sont enterrés. Il y a également la menace des réseaux de trafiquants d’organes humains qui rôdent en Méditerranée », nous a-t-il indiqué. Et de préciser : « On assiste actuellement à Alméria et Tarifa à l’enterrement de ces migrants dans des fosses communes dans l’anonymat le plus total ». Des propos qui ont été confirmés par un rapport espagnol cité par la station radio RFI qui indique  que depuis août 2017 et compte tenu du dernier boom des arrivées, il n'y a plus de place pour eux dans les cimetières et ils sont anonymement enterrés dans des fosses communes.
« Au Maroc, les dépouilles sont traitées avec humanité et gardées de 7 à 8 mois. Les autorités marocaines essaient avant toute mise en terre d’identifier les défunts en faisant appel à leurs  proches, à leurs familles ou aux ONG. A l’inverse, l’Espagne tente aujourd’hui de se débarrasser des cadavres le plus rapidement possible. En fait, elle les traite comme s’il s’agissait de simples numéros», a conclu Hassan Ammari.

Hassan Bentaleb
Samedi 20 Janvier 2018

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