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Les arrivées de migrants en Italie en baisse d'un tiers en 2017

Au moins 2.833 hommes, femmes et enfants sont morts ou portés disparus au large de la Libye




L'année 2017 a été celle d'un tournant "historique" en matière d'immigration pour l'Italie, qui est passée d'arrivées toujours plus massives les premiers mois aux prémices d'une immigration choisie, au prix d'accords controversés en Libye.
Le chef du gouvernement italien, Paolo Gentiloni, a parlé cette semaine d'une "année tournant" dans le "processus historique de transition d'une immigration incontrôlée et gérée par des criminels à une immigration contrôlée, légale et sûre".
Entre janvier et juin, l'Italie a enregistré une hausse de près de 20% des arrivées de migrants sur ses côtes, qui ont alors franchi la barre des 600.000 depuis 2014, tandis que les demandes d'asile explosaient du fait du blocage des frontières française, suisse et autrichienne au nord de la péninsule.
Rien que sur les trois derniers jours de juin, l'Italie a ainsi vu débarquer un total de 10.400 personnes, alors que ses partenaires européens, sollicités avec insistance, refusaient d'accueillir même un seul navire de migrants secourus au large de la Libye.
A moins d'un an des élections législatives où la droite comme les populistes du Mouvement 5 étoiles pointaient déjà l'immigration comme cheval de bataille, le ministre de l'Intérieur, Marco Minniti, a raconté avoir pris peur ces jours-là.
"Affronter et gouverner les flux migratoires est crucial" pour maintenir le tissu social et la démocratie, martèle désormais cet ancien communiste passé par les services secrets.
D'autant que malgré les efforts du gouvernement pour privilégier les petites structures d'accueil plus propices à l'intégration, des dizaines de milliers de demandeurs d'asile meurent d'ennui dans de grands centres d'hébergement alimentant une méfiance réciproque avec le voisinage.
Or, tout a changé courant juillet: les départs de Libye ont subitement chuté et la tendance s'est maintenue, au point que les arrivées sur les six derniers mois de l'année ont baissé de 70% par rapport à la même période en 2016, limitant le total de l'année à 119.000 personnes.
Les garde-côtes libyens que l'Italie avait commencé fin 2016 à former et à équiper ont accentué leurs contrôles, épaulés depuis août par des navires militaires italiens: début décembre, la marine libyenne a annoncé un total de 80.000 migrants secourus ou interceptés cette année.
Parallèlement, l'Italie a multiplié dans son ancienne colonie les accords avec les autorités locales, les tribus et les milices pour limiter les départs.
Mais les migrants se jetant à l'eau pour tenter d'éviter d'être renvoyés dans le chaos libyen, les récits hallucinants des violences subies aux mains des trafiquants et les images de marchés aux esclaves ont jeté une lumière crue sur un calvaire récurrent depuis des années.
Résumant les nombreuses voix critiques, le Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a qualifié mi-novembre d'"inhumaine" la coopération entre l'UE, Italie en tête, et la Libye.
Mais l'Italie a continué à faire valoir ses contacts en Libye pour avancer sur l'autre volet de sa politique: la prise en charge sur place des migrants, en collaboration avec le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), avec un programme de rapatriement des migrants économiques et de transfert des plus fragiles.
Dans la première catégorie, les rapatriements sont passés de 1.200 en 2016 à plus de 19.000 en 2017, et dans la seconde, l'Italie a été le 22 décembre la première à accueillir un groupe de 162 réfugiés éthiopiens, somaliens et yéménites arrivés en avion directement de Libye.
Elle bénéficiait pour cela de l'expérience des couloirs humanitaires mis en place depuis 2016 par des communautés religieuses ayant ainsi accueilli et accompagné des centaines de Syriens.
Selon M. Minniti, jusqu'à 10.000 réfugiés pourraient bénéficier de ces couloirs humanitaires en 2018... à condition de pouvoir être répartis entre les partenaires européens.
"Il y existe une voie sérieuse, que l'on peut emprunter. Non pas pour faire semblant que le problème n'existe pas mais pour le gérer de manière humaine, et sûre pour nos concitoyens" comme pour les migrants, a insisté M. Gentiloni cette semaine.
Parce que la traversée reste mortelle: selon l'OIM, au moins 2.833 hommes, femmes et enfants sont morts ou portés disparus au large de la Libye l’année dernière, contre 4.581 en 2016, soit une proportion relativement constante d'environ 1 sur 40.

Mercredi 3 Janvier 2018

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