
Abou Djara Soltani, dont la formation fait partie du gouvernement, dans le cadre de l'alliance présidentielle, estime que la percée historique des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte aura "un effet inducteur positif" sur la mouvance islamiste en Algérie.
Mohamed Said, responsable d'une autre formation islamiste modérée (non encore agréée), le Parti pour la Justice et la liberté (PJL), partage cette analyse et cet optimisme quant à l'impact positif que pourraient avoir sur la mouvance islamiste algérienne, les victoires d'islamistes en Tunisie et au Maroc. "Je pense que les pays arabes ont essayé toutes les théories politiques, à commencer par le communisme au Soudan, le marxisme au Yémen du Sud, le Baas un peu partout, l'économie libérale; maintenant il y a les mouvements islamistes qu'on voit arriver sur la scène. Je pense que les sociétés arabo-islamiques sont aujourd'hui prêtes à laisser ces mouvements tenter leurs chances", a déclaré samedi devant les militants de son parti cet ex-journaliste de la télévision nationale dans les années 1970. Il y croit d'autant plus que "les islamistes modérés ont, selon lui, tiré les leçons par rapport à l'échec des tendances salafistes radicales, partisanes des Etats théocratiques" et qu'"aujourd'hui ils sont prêts à partager le pouvoir avec les partis laïques".
Tout en admettant que "l'air du temps pourrait jouer dans une certaine proportion en faveur de la mouvance islamiste en Algérie", le professeur de sciences politiques Mohamed Sadji, interrogé samedi par l'Associated Press, rappelle que "cette mouvance est trop clivée". "Il y a trop de rancoeurs entre ses différentes tendances pour croire à une alliance à quelques mois des élections législatives", dit-il.
De plus, souligne l'universitaire, "il n'est pas dit que ceux qui ont l'habitude d'écrire à l'avance, en Algérie, les scénarios électoraux (référence aux services de sécurité qui répartissent les quotas), accepteront le libre jeu des urnes".
Pour sa part, Louisa Hanoun, dirigeante du parti des travailleurs (trotskiste), ne croit pas du tout à ce qu'elle appelle "un effet miroir" de ce qui s'est passé au Tunisie et au Maroc sur les islamistes algériens.
"Chaque pays a ses spécificités, chaque pays a sa propre expérience, quand bien même nous sommes dans le même espace géostratégique avec les frères marocains et tunisiens", dit-elle. "Les Algériens ne sont pas encore guéris de la tragédie nationale dont la responsabilité incombe au FIS".
Ils "n'ont pas la mémoire courte", insiste-t-elle encore en rappelant par ailleurs qu'en Algérie, des partis islamistes dits "modérés " comme le MSP, Nahda, le MRN participent depuis 1997 au jeu politique à travers leur présence dans les assemblées élues et dans le gouvernement.
Actuellement, ces trois partis ne comptent pas moins de 72 députés à l'Assemblée nationale populaire qui en compte 289, alors que le MSP est présent dans le gouvernement avec quatre ministres, dans le cadre de l'alliance présidentielle avec le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND).
De son côté, interrogé jeudi par l'AP lors d'un point de presse, un haut responsable du ministère algérien des Affaires étrangères, qui a requis l'anonymat, n'a pas exprimé d'inquiétude particulière quant au risque de voir les islamistes reproduire les mêmes performances électorales que leurs homologues marocains et tunisiens.
"Nous n'avons pas de souci à nous faire, c'est à nos frères tunisiens et marocains de se référer à notre expérience, de profiter de notre expertise. Chez nous, les islamistes sont présents depuis 1997 dans les assemblées élues et dans le gouvernement", a-t-il souligné.