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Le tour d’horizon de Driss Lachguar : L’USFP est en passe de retrouver la place qui a toujours été la sienne

Les déclarations de Benkirane sont en déphasage avec l’approche éthique dont il se réclame




L’entretien accordé par le Premier secrétaire de l’USFP, mercredi dernier, à la chaîne française «France 24», fait assurément partie de ces rares moments de télé riches en enseignements. Driss Lachguar s’est, comme à son habitude, livré à ce jeu de questions-réponses avec le franc-parler qui est le sien. En aucun moment, il n’a cherché à éluder quelque question que ce soit, ni user de langue de bois. L’entretien vaut également par les sujets sur lesquels il a porté, que cela concerne la situation de l’USFP et sa position sur l’échiquier national, la question de l’héritage et de la parité en général, les relations Maroc-pays du Golfe, la retraite des députés, sujet faisant particulièrement l’actualité ces derniers temps.     


France 24 : Que pourriez-vous nous dire sur la situation actuelle de l’USFP ?
Driss Lachguar : L’USFP a un référentiel de gauche. Cette appartenance fait qu’aujourd’hui le socialisme est au centre d’une grande question sur le devenir et les perspectives. Vous n’êtes pas sans remarquer que dans notre environnement tant à l’est, au nord ou au sud, bien des partis connaissent une situation identique à celle de l’USFP. Mais et malgré tout cela, nous sommes aujourd’hui en mesure d’affirmer que  nous avons dépassé la phase marquée par certaines régressions.
Aujourd’hui, les institutions et les organes de l’USFP fonctionnement normalement. Sans doute y a-t-il des gens qui critiqueraient …

Justement, il y en a qui avancent que le parti est toujours en baisse de régime,  que l’on n’entend pas parler de lui sur la scène politique et qu’il n’émerge que quand il s’agit de se répartir des postes…
Certes nous avons besoin de critiques quand celles-ci contribuent à corriger ce qui doit l’être. Mais quand ces critiques sont imprégnées d’égoïsme et d’oscillations, elles ne peuvent bien évidemment pas être utiles.
A ceux-là, je devrais rappeler que les élections  accomplies au sein des organes professionnels, des syndicats ou autres ont consacré l’USFP en le plaçant à une position distinguée. C’est le cas, entre autres, pour les ingénieurs, les médecins, les journalistes, les écrivains, les professeurs du supérieur.
C’est là la preuve, on ne peut plus, édifiante que l’USFP recouvre les positions qui ont toujours été les siennes. Cela s’applique même à l’université dont notre parti avait été écarté par les forces conservatrices durant les années 90.

J’ai même eu vent de quelques critiques internes soutenant que l’USFP a tourné le dos à ses principes depuis que Driss Lachguar est devenu premier secrétaire.
Que Dieu leur pardonne. Il va sans dire que les principes sont définis par les Congrès du parti et son référentiel. Driss Lachguar est un membre au sein d’une institution où tout obéit à la démocratie. Nous aspirons à ce que les postes soient un moyen pour exécuter nos programmes via les personnes qui s’en chargent.

Ces problèmes ne sont-ils pas apparus lors des élections communales, comme c’était le cas à Mohammedia ?
Maintenant, le concept de l’action politique s’est développé. Pour ceux qui pensent que l’on peut adopter le même mode de fonctionnement que celui des années 60, 70 et 80, je leur réponds qu’il n’y a  aucun rapport avec les difficultés actuelles et les évolutions enregistrées par les sociétés. A titre d’exemple, qu’ils considèrent ce qui se passe ailleurs, au Nord comme au Moyen-Orient . Lors de la précédente législature, le Parti socialiste français avait la majorité absolue et maintenant nous constatons ce qu’il est devenu: il vend ses sièges. Aujourd’hui à l’USFP, nous sommes fiers de pouvoir récupérer l’ensemble de nos sièges.

Sur un autre sujet, quelle est votre opinion en ce qui concerne les dernières déclarations de l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane sur sa retraite exceptionnelle ?
En toute vérité et comme le pense l’opinion publique, l’approche éthique sur laquelle ce parti a  basé ses acquis politiques signifie que les dernières déclarations faites par le concerné doivent donner lieu à une grande révision. Comment un ancien chef de gouvernement peut-il conserver sa retraite de parlementaire alors qu’il l’a refusée aux autres députés? J’étais surpris de voir l’ex-chef du gouvernement continuer à percevoir sa pension de retraite de parlementaire jusqu’au mois de septembre 2017.  En tant que parlementaire durant quatre mandats, et avec tous ceux qui n’ont pas fait partie du dernier, nous avons adhéré au débat sur ladite retraite soutenu par l’opinion publique, ce qui a fait que nous ne bénéficions plus de retraite en tant que députés.

 Vous dites que cela est en déphasage avec les principes prônés par le PJD mais Abdelillah Benkirane avoue, lui-même, qu’il n’est pas le seul à bénéficier de cette pension de retraite exceptionnelle et qu’il ne saurait  la refuser, puisqu’elle est accordée par Sa Majesté le Roi.
On ne parle pas ici de retraite exceptionnelle dont peuvent bénéficier de grands enseignants universitaires ou des chefs de gouvernement... Nous parlons de la retraire parlementaire qui est une seconde retraite. Quand il était chef de gouvernement, Abdelillah Benkirane se permettait de la percevoir alors qu’il en privait les autres députés pour contribuer au sauvetage de leur caisse qui a connu des dysfonctionnements. Alors que ce sont le chef du gouvernement et les ministres, eux-mêmes, qui devaient s’en passer en premier.    

Dans ses dernières sorties médiatiques, Benkirane a beaucoup critiqué l’USFP.
Nous sommes conscients que la responsabilité exige la reddition des comptes. L’alternance en tant qu’approche démocratique de gestion a été adoptée pour consolider  la démocratie.  Un parti qui a gouverné pendant deux ou trois mandats ne peut  pas garder la même cote auprès de l’opinion publique.

Dans le champ politique marocain, il y a une rivalité entre votre parti et le PSU. Est-ce qu’il ya un conflit larvé entre les deux partis ?
Il s’agit d’une crise de la gauche en général. Nous veillons à nous ouvrir sur tous les projets de la gauche et nous affirmons que le projet démocratique socialiste n’a pas réussi au cours de la dernière décennie parce que les rapports de force étaient déséquilibrés. Il faut donc que nous dépassions nos égoïsmes. Nous sommes au sein de l’USFP ouverts et  sommes convaincus que la société n’a pas besoin de 10 projets socialistes. D’où l’intégration du Parti travailliste (PT) et du Parti socialiste (PS) au sein de l'USFP. Nous avons tenté également de nous ouvrir sur d’autres formations politiques de gauche.

D’aucuns prétendent que vous accusez Nabila Mounib de brouiller les cartes de l’USFP et de le déstabiliser. Qu’en pensez-vous ?
Ce ne sont que des allégations. L’USFP, ses militants et ses cadres ont d’autres chats à fouetter au lieu de perdre du temps à répondre à des balivernes et à des allégations infondées.

Une autre question concernant le récent débat en Tunisie portant sur la loi pour l'égalité homme-femme en héritage et je sais que vous avez un point de vue là-dessus. Est-ce que vous croyez qu’il est temps de réaliser cette égalité ?
A l’USFP, nous adoptons un projet de société démocratique et moderniste. Nous croyons qu’il est temps d’ouvrir un vrai débat sur toutes les questions. Le Maroc a ses oulémas, ses traditions et son référentiel islamique. Je crois que le débat engagé entre toutes les composantes de la société débouchera inévitablement sur des solutions adéquates à ces questions et qui ne contrediront pas notre religion. Nous sommes sereins, car nous avons au Maroc l’institution de la Commanderie des croyants qui veille scrupuleusement à nos traditions et aux préceptes de notre religion.

Quid de la crise entre le Maroc et l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis ?
 Je crois que la tension n’existe que dans les médias et les réseaux sociaux. La vérité est que les relations entre le Maroc et les pays du Golfe sont encadrées par le discours que S.M le Roi avait prononcé devant ses frères des pays du Golfe (discours prononcé le mercredi 20 avril 2016 à Riyad, au Sommet Maroc-pays du Golfe-NDLR). Ces relations sont stratégiques et essentielles et ne peuvent aucunement être affectées par quelques tentatives que ce soient.

Libé
Vendredi 15 Février 2019

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