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Le service militaire obligatoire s’invite au Conseil de gouvernement




Le service militaire obligatoire s’invite au Conseil de gouvernement
Aboli en 2006, le service militaire obligatoire s’est invité au Conseil de gouvernement tenu hier. Le fait que ce fut le seul point inscrit à l’ordre du jour a fait accroire que son rétablissement était imminent.
« La réhabilitation du service militaire obligatoire était à l’étude depuis au moins un an », ont fait état des sources gouvernementales citées sous le sceau de l’anonymat par certains organes de presse.
D’autres ont modéré le propos : «Une décision aussi lourde de conséquences économiques et sécuritaires ne se prend pas du jour au lendemain. La réinstauration de service militaire obligatoire nécessite un travail minutieux et une préparation de plusieurs années».
En effet, financièrement, la mise en place du service militaire coûtera énormément aux finances publiques car il faudra nourrir, loger, armer, former et entraîner plusieurs jeunes Marocains. «L’armée ne pourra pas le faire avec son budget actuel. Il en faudra plus, voire le double», ont estimé ces mêmes sources.
Il n’en demeure pas moins que le fait même d’avoir mis sur la table du gouvernement le projet de loi n° 44.18 atteste d’une volonté manifeste de remettre sur les rails ce service et d’en  envisager la réinstauration à plus ou moins long terme. Ce qui constitue une décision d’importance qu’il faut analyser sous plusieurs angles pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Et surtout de rappeler que le décret  Royal  n°  137-66  du  9 juin  1966 qui l’avait institué lui avait fixé comme objectifs de «donner au citoyen marocain   une formation de base qui lui permettra de contribuer efficacement et en toute circonstance à la défense de la patrie», «une  formation technique et professionnelle de nature à élever son niveau social et à le faire participer au développement du pays» et «de développer chez nos sujets soumis à l'obligation de servir sous les drapeaux, le sens de la discipline ainsi que les qualités de dévouement, d'abnégation et de sacrifice pour les causes qui, transcendant, les intérêts particuliers, se confondent  avec l'intérêt  national ».
D’une durée de 18 mois, il concernait tous les Marocains âgés de 18 ans révolus, mais des exemptions, des dispenses et des sursis, pouvaient être accor¬dés pour cause d’inaptitude physique, de charges de famille et de poursuite d’études, ou pour cause de situations particulières ou d'intérêt général, de nature à empêcher l'accomplissement du service militaire actif, étant entendu que les individus condamnés à des peines afflictives et infâmantes en étaient exclus.
Préalablement à sa suppression, il s’est vu flanqué d’un service civil obligatoire particulièrement destiné aux lauréats des universités et grandes écoles et sa disparition avait été annoncée par le porte-parole officiel du gouvernement d’alors qui avait affirmé que "cette décision n'a aucun rapport avec les événements que connaît le Maroc", faisant allusion au démantèlement récemment d'une cellule terroriste qui projetait de perpétrer des attentats dans le Royaume, faisant remarquer que certains pays avaient déjà pris une mesure similaire qu'il a qualifiée de « tout à fait normale ».
Il n’en demeure pas moins que les conditions objectives ayant motivé la décision d’instaurer le service militaire obligatoire et de le supprimer quarante ans après ne sont pas les mêmes que celles qui existent de nos jours. En effet, le 23 mars 1965, Casablanca avait été secouée par l’une des révoltes estudiantines les plus sanglantes de l’histoire du Maroc et dont le nombre de morts n’a jamais été établi avec certitude.
Trois mois plus tard, Feu S.M le Roi Hassan II dissout le Parlement et décrète l'état d'exception, signant ainsi le début d’une période sombre de l'histoire du Maroc qui s'est étalée  des années 1970 à 1999 et qui a été marquée par une violence et une répression sans égal  contre les opposants politiques et les activistes démocrates.
C’est en pareille circonstances que le défunt Souverain avait pris sa décision d’appeler les jeunes sous les drapeaux pour leur inculquer le sens de la discipline, le dévouement, l’abnégation et le sacrifice pour défendre l'intérêt  national, ainsi que mentionné dans le décret  Royal  du  9 juin  1966.
Des fournées d’entre eux furent donc appelées à servir sous les drapeaux durant une quarantaine d’années. Du moins jusqu’à l’adoption en août 2006 du décret-loi n° 2-06-420.
Que disait ce décret-loi? Que le service militaire est supprimé à partir du 4 août 2006 et que les conscrits qui effectuent leur service militaire, resteront sous les drapeaux jusqu’à expiration du temps  réglementaire de leur enrôlement.
La question qui demeure en suspens donc est la suivante : y a-t-il une quelconque similitude entre ces temps jadis et actuellement ? Pas tellement, ne serait-ce qu’au niveau des droits fondamentaux de la deuxième génération que constituent, entre autres, les droits au travail, au logement, à la santé.
Si la situation n’était pas rose aux temps jadis de la fleur au fusil, elle l’est beaucoup moins en ces temps, ce qui induit une perte de repères et de valeurs chez nombre de jeunes qui n’ont, parfois, d’autre voie que de s’arrimer à ces valeurs-refuge que sont la religion et les traditions ou d’alimenter leurs rêves de volutes de drogues qui les consumeront doucement mais sûrement.
Alors, l’appel sous les drapeaux leur permettra-t-il de forger leur personnalité sur le socle de la rigueur, de l’attachement aux principes, au sens civique, à l’ordre, à la sécurité du pays, des biens et des personnes et à la nation qu’il faut défendre contre tous les dangers ? Il faut l’espérer.   

H.T
Mardi 21 Août 2018

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